BOYER Charles, Albert

Par Jean-Marie Guillon

Né le 23 octobre 1884 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), fusillé par les Allemands le 18 juillet 1944 à Signes (Var) après condamnation à mort ; avocat, puis commerçant ; franc-maçon ; radical-socialiste ; conseiller général du canton d’Aups (Var) de 1913 à 1919 ; chef de secteur du réseau Brutus.

Charles Boyer
Charles Boyer
SOURCE : Arch. privées

Petit-fils de César Boyer, juge de paix à Aups (Var), fils d’Émile Boyer, président de chambre à la cour d’appel d’Aix-en-Provence, marié à Melle Meiffren, Charles Boyer, docteur en droit et licencié en lettres, franc-maçon, fut avocat à la cour d’appel d’Aix-en-Provence, puis chef de cabinet dans diverses préfectures. Il avait été élu conseiller général radical-socialiste du canton d’Aups de 1913 à 1919. Il fut, dans le même temps, à partir de 1913, l’un des collaborateurs du général Lyautey au Maroc, en tant que rédacteur des services civils. Engagé volontaire dans les Bataillons d’Afrique au début de la Première Guerre mondiale, il fut sur le front comme sous-officier (sergent) jusqu’en 1916, ce qui lui valut d’être décoré de la Croix de guerre et de la Légion d’honneur. Rappelé par Lyautey au Maroc, il devint directeur des services des études législatives, puis créa le service du plan de la ville de Rabat. Il collabora avec l’architecte Prost à la réorganisation de l’urbanisme au Maroc. En 1920, il devint directeur de l’Office marocain de Marseille dont le but était de faire connaître en métropole les problèmes de ce pays. Il se partageait entre cette ville, où il gérait aussi un magasin d’objets d’art, et Aups, dans le Var.
Présidant les Amitiés africaines à Marseille, mis à la retraite anticipée en 1939, il se consacra, après l’armistice de 1940, à l’aide aux combattants nord-africains avec sa femme et l’intendant général Lallier du Couray, avec qui il aidait aussi les soldats polonais démobilisés dans la région. Dès juillet 1940, il participa au camouflage d’armes d’origine militaire dans les environs d’Aups. Il participa aussi à la reconstitution clandestine de la franc-maçonnerie. Il fut l’un des créateurs du Comité local de résistance d’Aups en 1943. Depuis mars 1943, en tant qu’agent P2, en liaison avec Lucien Barthélémy, il participait au réseau de renseignement Brutus, fondé par l’avocat marseillais André Boyer. Il était chef de secteur de ce réseau auquel son magasin marseillais, rue de la Palud, servait de boîte aux lettres. Ce réseau étant lié au Parti socialiste clandestin, Charles Boyer fut aussi homologué à la Libération comme membre du réseau « La France au combat ». Son nom et l’adresse de son magasin auraient été transmis au Sipo-SD de Marseille (Bouches-du-Rhône) à la suite de l’affaire Grandclément. Il fut arrêté le 11 juillet par Dunker Delage et ses hommes. Son magasin fut transformé en souricière. C’est là qu’il assista, le 12, à l’arrestation du varois Georges Cisson, membre du directoire des Mouvements unis de Résistance de la R2 et responsable régional Noyautage des administrations publiques (NAP). Affreusement torturé selon le témoignage de Dunker, il fut contraint d’écrire à Lucien Barthélémy. Ces arrestations firent l’objet du rapport de la Sipo-SD connu sous le nom d’« Antoine », daté du 11 août 1944, où Charles Boyer figure en numéro 1. Son épouse, qui figure en numéro 2 et qui avait tapé des rapports pour la Résistance, avait été arrêtée en même temps que lui. Elle fut remise à la police française le 4 août. Son mari a été fusillé avec ses camarades et d’autres résistants, 28 au total, après un jugement sommaire sur place, le 18 juillet, au fond d’un vallon isolé, dans les bois de Signes.
Les corps furent exhumés le 17 septembre 1944. Un monument funéraire fut inauguré le 18 juillet 1946 dans le lieu, connu désormais comme le « Vallon des fusillés » et devenu nécropole nationale en 1996. Les obsèques de Charles Boyer avaient eu lieu le 23 septembre 1994 à Aups. Son nom a été donné à une rue du village au mois de novembre suivant. Ses amis aixois proposèrent que son nom soit donné à la rue Roux-Alphéran où il avait passé sa jeunesse et où résidait sa famille. Ce vœu ne fut pas suivi d’effet. Il fut décoré de la Médaille de la Résistance à titre posthume le 6 septembre 1945.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article150109, notice BOYER Charles, Albert par Jean-Marie Guillon, version mise en ligne le 6 novembre 2013, dernière modification le 12 octobre 2021.

Par Jean-Marie Guillon

Charles Boyer
Charles Boyer
SOURCE : Arch. privées

SOURCES : Mémoire des Hommes SHD Vincennes GR 16 P 86427 et Vincennes GR 28 P 4 8 159 (nc). — Discours imprimé du maire d’Aups du 23 septembre 1944. – Front national no 4 du 23 septembre 1944. – Le Provençal 27 septembre 1944. – Le Var libre, 24 septembre 1944. – Madeleine Baudoin, Témoins de la Résistance en R2, thèse de doctorat d’État, Université de Provence (Aix-Marseille I), 1977 (rapport Antoine). – Daniel Bénédite, Un chemin vers la liberté sous l’Occupation. De Varian Fry au débarquement en Méditerranée, Éd. du Félin, Paris, 2017. – Jean-Marc Binot et Bernard Boyer, Nom de code : Brutus. Histoire d’un réseau de la France Libre, Fayard, 2007. – Jean-Paul Chiny, La Résistance R2 assassinée (mémoire dactylographié, février 2010). – Jean-Marie Guillon, La Résistance dans le Var, thèse de doctorat d’État, Université de Provence (Aix-Marseille I), 1989 et Résistance Var, no 46, septembre 2002. – Robert Mencherini, Midi rouge, ombres et lumières, tome III, Résistance et Occupation (1940-1944), Syllepse, 2011. – André Négis, Marseille sous l’Occupation, Marseille, Éd. du Capricorne, 1947. – Renseignements fournis par Guillaume Vieira.

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