TUCHKLAPER Nonnique [dit Henri le Plombier]

Par Daniel Grason

Né le 8 juillet 1926 à Paris (Xe arr.), fusillé par condamnation le 1er octobre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; magasinier ; membre de la Jeunesse communiste ; résistant FTP-Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI).

Fils de Judka Tuchklaper, manœuvre, et de Chaje, née Stam, ménagère, Nonnique Tuchklaper fut légitimé par le mariage de ses parents le 21 avril 1928 à la mairie du XIe arrondissement de Paris. La famille demeurait dans l’arrondissement, au 152 rue du Chemin-Vert. Nonnique Tuchklaper avait une sœur, Marie. Il alla à l’école primaire, obtint le certificat d’études primaires, devint apprenti chez un plombier de la rue Sedaine (XIe arr.), puis travailla jusqu’à la fin de l’année 1941 comme magasinier à la maison Coulombré 126 avenue du Roule à Neuilly-sur-Seine (Seine, Hauts-de-Seine).
Dans le Xe arrondissement de Paris, des machines furent sabotées dans différents ateliers. Un militant communiste dénonça à ses camarades un contremaître, Rosenberg, l’accusant d’avoir parlé à la police (selon Annette Wieviorka cette accusation était sans fondement). L’homme fut filé par deux jeunes pour connaître ses habitudes, ses horaires. Plusieurs adolescents furent chargés de le corriger. Nonnique Tuchklaper fournit des morceaux de tuyaux de plomb, d’où son surnom d’Henri le Plombier.
Le 16 juillet 1942, des policiers arrêtèrent à leur domicile Nonnique Tuchklaper, sa mère, cinquante ans, et sa sœur, quinze ans et les emmenèrent au gymnase de la rue Japy (Paris, XIe arr.). Nonnique Tuchklaper, de nationalité française, fut relâché le lendemain. Sa mère, internée au camp de Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis), fut déportée le 5 août 1942 par le convoi no 15 à destination d’Auschwitz (Pologne), où elle trouva la mort. Sa sœur fut internée à Beaune-la-Rolande (Loiret), puis déportée le 7 août 1942 au départ de Pithiviers par le convoi no 16 à destination d’Auschwitz où elle mourut. Nonnique Tuchklaper passa probablement à cette époque dans la clandestinité.
Nonnique Tuchklaper rejoignit le deuxième détachement (détachement juif) des FTP-MOI. Il fut repéré pour la première fois par des « fileurs » de la Brigade spéciale no 2 (BS2) le 5 mai 1943.
Après avoir repéré les lieux, Nonnique Tuchklaper participa à une action contre un détachement allemand le 10 mai 1943 ; il accompagnait alors « Le Vert » et André Engros, dit Roger. Ce dernier plaça une bombe à mèche sous un banc à l’angle de l’avenue de La Motte-Picquet et du boulevard de La Tour-Maubourg (VIIe arr.). L’engin explosa vers midi et demi, quand les soldats passaient, mais aucun ne fut touché. Avec les mêmes résistants, Nonnique Tuchklaper plaça de petits engins explosifs et des bombes incendiaires contre des baraques en bois de l’Organisation Todt sur le quai de l’Alma (VIIIe arr.). Des planches des baraques brûlèrent.
Le 28 juin 1943, le commissaire Paul Tissot de la BS2, principal adjoint de Jean Hénoque, fut abattu de deux balles dans le dos. Les policiers étaient persuadés que le coup venait des FTP-MOI. Le 2 juillet, vingt-cinq combattants et militants furent interpellés, soixante-dix-sept le 9 juillet, sur un total de cent trois repérés.
Nonnique Tuchklaper fut arrêté le 2 juillet à 9 heures du matin par quatre inspecteurs de la BS2 dans son logement clandestin du 14 rue de Naples (VIIIe arr.). Ils trouvèrent sous son oreiller un pistolet automatique Savage 7,65 mm muni de son chargeur avec sept cartouches, ainsi que deux cartes d’identité aux noms de Philippe Plantier et Charles Vermont ; furent également saisis une quittance d’abonnement au nom de Plantier, une carte d’électeur, un certificat de recensement, un plan de Paris et la somme de trois mille francs. Nonnique Tuchklaper reconnut louer une autre chambre, 14 rue Donat.
Emmené dans les locaux des BS, il raconta aux policiers qu’après l’arrestation de sa mère et de sa sœur il s’était rendu régulièrement à la permanence de l’Union générale des institutions juives (UGIF), rue de Téhéran (VIIIe arr.). Un homme prénommé André lui avait demandé s’il voulait venger sa mère ; après un temps de réflexion, il avait accepté et été présenté à « Gilbert » pour entrer dans les FTP. Il ne lâcha rien de plus que les tortionnaires ne connussent déjà.
Il comparut le 20 septembre 1943 avec quatre compagnons devant le tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boisssy-d’Anglas (VIIIe arr.). Nonnique Tuchklaper, André Engros, Boruch Lerner et Mayer List furent condamnés à mort pour « menées terroristes et activité de franc-tireur », Hirsch Loberbaum fut condamné aux travaux forcés à perpétuité pour sa complicité avec les FTP-MOI.
Nonnique Tuchklaper, André Engros, Boruch Lerner et Mayer List furent passés par les armes le 1er octobre 1943 au Mont-Valérien. Hirsch Loberbaum fut déporté le 18 octobre 1943 vers l’Allemagne où il fut incarcéré successivement dans cinq prisons ; il fut libéré par les troupes américaines le 17 octobre 1945.
_Nonnique Tuchklaper fut inhumé au cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). Après la Libération, il fut reconnu comme FTP.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article150307, notice TUCHKLAPER Nonnique [dit Henri le Plombier] par Daniel Grason, version mise en ligne le 15 novembre 2013, dernière modification le 15 mars 2022.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo., BA 1752, BA 2298, PCF carton 14, rapports hebdomadaires des Renseignements généraux sur l’activité communiste pendant l’Occupation. – DAVCC, Caen, Boîte 5 B VIII dossier 4 (Notes Thomas Pouty). – Annette Wieviorka, Ils étaient Juifs, résistants, communistes, Denoël, 1986. – S. Courtois, D. Peschanski, A. Rayski, Le sang de l’étranger. Les immigrés de la MOI dans la Résistance, Fayard, 1989. – Boris Holban, Testament. Après quarante-cinq ans de silence, le chef militaire des FTP-MOI de Paris parle..., Calmann-Lévy, 1989. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Site Internet CDJC. – État civil, Paris (Xe arr.).

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément