GRÉGOIRE Suzanne, Nelly, Barbe, épouse CLOES. Pseudonymes : Jeanine Mour à Moscou, Vincent en Belgique sous l’Occupation allemande.

Par José Gotovitch

Geraardsbergen (Grammont, pr. Flandre orientale, arr. Alost-Aalst), 28 janvier 1906 – Bruxelles, (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 18 décembre 1982. Ouvrière puis employée, militante communiste, membre du Comité central du Parti communiste belge, dirigeante de l’Union des femmes, conseillère communale à Herstal (pr. et arr. Liège) et à Schaerbeek (aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), députée de l’arrondissement de Bruxelles.

Issue d’une famille ouvrière socialiste, Suzanne Grégoire termine l’école primaire pour devenir apprentie. Elle est ensuite semi-ouvrière dans un atelier de confection, avant d’être ouvrière d’usine, foreuse-fraiseuse, sans doute à la Fabrique nationale (FN) d’armes d’Herstal (pr. et arr. Liège), où les ouvrières sont nombreuses. En 1950, elle devient secrétaire-dactylo au journal communiste, Le Drapeau Rouge, puis secrétaire administrative de l’Association internationale des juristes démocrates de 1954 à 1970.

Le père de Suzanne Grégoire qui travaille aux usines Englebert (caoutchouc, pneus) à Liège, milite au syndicat, dont il devient l’un des dirigeants. Il dirige la grève de 1913 en faveur du suffrage universel. S. Grégoire, adolescente, est membre de diverses organisations sportives et culturelles socialistes (renseignements provenant de son autobiographie politique). En 1924, son père adhère au Parti communiste belge (PCB), elle-même, officiellement, en 1934. La mère de Suzanne Grégoire, active aux Femmes prévoyantes socialistes (FPS), milite ensuite au Comité mondial des femmes pour la paix, proche du PCB.

Suzanne Grégoire devient, à ce moment, secrétaire politique de la cellule communiste de Herstal, ce qui implique un engagement antérieur. Elle devient membre du Comité fédéral de Liège, responsable des femmes et de la Main-d’œuvre immigrée (MOI). En août 1934, elle est déléguée au Congrès international du Comité mondial des femmes (CMF) à Paris. Parcours extrêmement rapide qui souligne la qualité de la nouvelle adhérente et les espoirs du parti placés sur elle. Elle participe ainsi à l’ouverture du parti, après l’abandon de sa politique sectaire à la Conférence nationale de 1935, tout en correspondant au canon valorisé (jeune, ouvrière…), raisons pour lesquelles elle est envoyée à l’École léniniste de Moscou, sous le nom de Jeanine Mour. Elle y séjourne d’octobre 1935 à décembre 1936.

Suzanne Grégoire est active dans l’aide à l’Espagne républicaine. Elle est élue conseillère communale de Herstal en 1938. Elle le demeure jusqu’en 1946. Elle devient membre du Comité central du PCB lors du VIIe Congrès du parti en 1939. Elle y siègera jusqu’en 1951.

Durant la « Drôle de Guerre », Suzanne Grégoire est agent de liaison entre les diverses fédérations francophones. Sous l’Occupation, elle met sur pied en 1941 des comités de chômeurs et de secours, préfiguration de l’Union des femmes et mères de prisonniers de guerre, qui organisent des manifestations de rue. Elle participe à l’organisation de la « Grève des 100.000 » à Liège. Responsable nationale des femmes communistes, elle lance l’organe clandestin, La Voix des femmes (1941-1943). Fin 1942, elle est secrétaire politique de la Fédération bruxelloise du PCB sous le nom de Vincent. Elle est arrêtée le 19 mars 1943.

Déportée à Vught aux Pays-Bas, puis à Ravensbrück en Allemagne, où elle est la représentante belge au Comité international des détenues, Suzanne Grégoire est libérée, en passant par la Suède, en 1945. Elle refuse de partir lors du premier convoi de rapatriement en raison de la décision de renvoyer les déportées d’origine juive en provenance de la Belgique vers leur pays d’origine.

Rentrée en Belgique, Suzanne Grégoire reprend la direction de l’Union des femmes, fait partie de la direction fédérale du parti. Elle est élue députée de l’arrondissement de Bruxelles en février 1946, aux côtés de vingt-deux autres députés communistes. Elle est une parlementaire active, en particulier sur les questions concernant les femmes et les enfants. Elle signe diverses propositions de lois, notamment en faveur du vote des femmes au Parlement en janvier 1948, avec Isabelle Grégoire, épouse Blume du Parti socialiste belge (PSB) et Marguerite De Riemaecker-Legot du Parti social-chrétien (PSC).

C’est sur la question féminine que se cristallisent les difficultés de Suzanne Grégoire avec la direction du PCB. Elle est déchargée de ses responsabilités à la tête de l’Union des femmes par le Comité central du 1er mars 1947, pour avoir défendu l’idée de supprimer les organisations féminines dites « de masse » et d’intégrer les revendications des femmes dans le programme général du parti, afin de mettre fin à l’isolement de ces objectifs. En 1947, la Fédération bruxelloise réaffecte Suzanne Grégoire à la propagande. Elle critique la « pilarisation » du combat féminin, isolé au sein de chaque parti, et propose donc une voie originale pour le PCB (voir GUBIN E., VAN MOLLE L., Femmes et politique en Belgique, Bruxelles, 1998). Le Bureau politique ne propose pas le renouvellement de son mandat au Comité central en 1948, mais elle est réélue par le IXe Congrès, ce qui témoigne de l’influence exercée. Le Bureau arrive à ses fins en 1951 lors du Xe Congrès, en évoquant une erreur technique à sa réélection.

Le reflux communiste en 1949 met fin à au mandat de députée de Suzanne Grégoire. Elle travaille alors comme secrétaire dans l’administration du Drapeau Rouge. Elle devient ensuite la cheville ouvrière administrative de l’Union internationale des juristes démocrates où elle excelle. Elle est conseillère communale à Schaerbeek de 1952 à 1958.

En 1966, S. Grégoire est active au sein du Comité, « À travail égal, salaire égal » , créé pour soutenir la grève des ouvrières de la FN à Herstal, qu’elle contribue à mettre sur pied et dont elle assume la trésorerie.

Parcours étonnant de cette ouvrière devenue députée, traitant avec des avocats de renommée internationale comme Pierre Cot ou D.N Pritt, acceptant sans murmure les sanctions injustes, restant active et fidèle au parti jusqu’à sa disparition.
Divorcée, Suzanne Grégoire vit, après la guerre, avec Rik Heyndels*, rescapé des camps, fils d’Isidore Heyndels*, sénateur communiste disparu dans ces mêmes camps.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article150355, notice GRÉGOIRE Suzanne, Nelly, Barbe, épouse CLOES. Pseudonymes : Jeanine Mour à Moscou, Vincent en Belgique sous l'Occupation allemande. par José Gotovitch, version mise en ligne le 18 novembre 2013, dernière modification le 13 janvier 2020.

Par José Gotovitch

SOURCES : RGASPI, n° 495 193 545 – CArCoB, dossier n° 3050 – Interview de Suzanne Grégoire réalisée en 1967 par José Gotovitch – GOTOVITCH J., Du rouge au tricolore, les communistes belges de 1939 à 1940, Un aspect de la résistance en Belgique, Bruxelles, 1992 – GUBIN E., VAN MOLLE L., Femmes et politique en Belgique, Bruxelles, 1998 – Notice réalisée par D. Dussard, section Journalisme de l’Université libre de Bruxelles, 2005.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément