CHIQUET Jean

Par Virginie Daudin, Michel Thébault

Né le 3 juillet 1906 à Châtellerault (Vienne), fusillé après condamnation à mort le 19 juin 1943 sur le champ de tir de Biard près de Poitiers (Vienne) ; ajusteur à la Manufacture nationale d’armes de Châtellerault ; résistant, membre des FTPF.

Jean Chiquet était né de père inconnu et de Florence, Marie, Mathilde Chiquet âgée de 33 ans (veuve d’Eugène, Augustin Bussereau, décédé le 2 mai 1903). Reconnu par sa mère le 2 juin 1920, il prit alors officiellement le nom de Chiquet. Il se maria à Châtellerault le 6 avril 1929 avec Anne, Aurélie Petit.

Ajusteur à la Manufacture nationale de Châtellerault, Jean Chiquet, s’engagea dans la Résistance rejoignant l’Organisation spéciale (OS) puis les FTPF de Châtellerault. Dans le dossier d’homologation des formations FFI au SHD Vincennes (op. cit.) Jean Chiquet apparaît dans la liste des membres entre octobre 1940 et décembre 1942 comme chef du 5ème groupe, secteur Nord.

La Manufacture nationale de Châtellerault, placée sous une double direction franco-allemande et contrainte de produire pour la machine de guerre allemande, abrita le premier embryon de résistance châtelleraudaise. C’est une minorité, au maximum quarante employés, surtout des jeunes communistes et sympathisants, dont quelques femmes, qui s’engagèrent contre l’occupant à l’automne 1940. Si l’information clandestine constitua leur activité première, ils effectuèrent aussi des sabotages, des collectes de fonds pour les familles d’internés, sans oublier les actes de résistance passive à portée d’un nombre plus conséquent d’ouvriers. La grande manifestation du 26 novembre 1942 est un exemple significatif. Face aux réquisitions de main-d’œuvre toujours plus pressantes pour aller travailler en Allemagne, la fronde monta à la « Manu ». Jean Chiquet, un des meneurs de la grève avec Fernand Marit et Eugène Roux, mobilisa les ouvriers de l’atelier 39. Ce 26 novembre 1942, 80 % des ouvriers de la « Manu » débrayèrent. Réunis à l’extérieur, ils entonnèrent « La Marseillaise ». Éliane Devergne, usineuse à la plaque à l’atelier 39 se souvient : « Profitant de la cohue à l’affichage des listes, l’un d’entre nous coupe le courant. C’est le signal. Dans chaque travée, un ou deux camarades entraînent les ouvriers vers la sortie. [...] C’est formidable. [...] Nous sommes près de 2 500 dans la cour. [...] De toutes les poitrines une vibrante ``Marseillaise’’ » résonne. Nous sommes devant les bureaux de la direction française et allemande. On nous y attend armé et menaçant. [...] Nous parlementons. [...] Nous donnons l’ordre de dispersion [...]. La liste suivante de requis fut réduite de trente noms. »
Les sources divergent sur les circonstances de son arrestation. Certaines affirment qu’il fut arrêté le 18 décembre 1942 avec treize autres personnes suite à la grève du 26 novembre 1942 à la Manufacture nationale ; d’autres le mentionnent comme arrêté à Poitiers le 17 juin 1943 avec Pierre Tavernier, Eugène Roux, Robert Gaillard et Roger Aubugeau au cours d’une mission pour récupérer des tracts. Il fut interné jusqu’à son exécution à la prison de la Pierre-Levée à Poitiers (Vienne).
Condamné à mort par le tribunal militaire allemand de Poitiers (FK 677) le 16 juin 1943, il a été fusillé sur le champ de tir de Biard le 19 juin 1943 avec quatre autres camarades – Pierre Tavernier, Eugène Roux, Robert Gaillard et Roger Aubugeau. Fait exceptionnel, les autorités d’occupation diffusèrent dans la presse locale l’avis d’exécution de ces hommes. Son décès donna lieu à un acte sur le registre de Châtellerault le 28 octobre 1943 ainsi libellé : « est décédé le 22 février 1943à Biard, victime des événements de guerre ».
Son corps, avec celui de ses sept camarades de la Manu fusillés sur le champ de tir de Biard, fut rapatrié dans le carré des fusillés (Rang 1, tombe 4) dans le cimetière de Châteauneuf à Châtellerault par la section du Parti communiste le 10 novembre 1944. Le 30 novembre 1944 furent célébrées des funérailles officielles.

Il obtint la mention mort pour la France le 28 avril 1947, fut homologué FFI et obtint le statut Interné-Résistant (DIR). Il reçut à titre posthume la Médaille de la Résistance par décret du 17 janvier 1962. Son nom est inscrit sur le monument érigé à la mémoire des 128 fusillés sur le champ de tir de Biard, inauguré le 8 mai 1949, et sur le monument des martyrs de la Résistance à Châtellerault.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article150402, notice CHIQUET Jean par Virginie Daudin, Michel Thébault, version mise en ligne le 20 novembre 2013, dernière modification le 21 novembre 2021.

Par Virginie Daudin, Michel Thébault

SOURCES : SHD AVCC, Caen. AC 21 P 727274 et SHD Vincennes GR 16 P 128802 (nc) — Mémoire des hommes, dossiers d’homologation des formations FFI, groupe FTPF Châtellerault GR 19 P 86/44 — Arch. Dép. Vienne, 1921W4 et état civil. — Marie-Claude Albert, Châtellerault sous l’Occupation, La Crèche, Geste Éd., 2005. — Au nom de la Résistance, hommage aux 128 fusillés, coll. Centre régional « Résistance & Liberté » et MIMC Office national des anciens combattants Vienne, Poitiers, 2013. — Mémoire des Hommes — Mémorial genweb.

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