MARIT Fernand, Auguste, Marcel [pseudonyme Botêche]

Par Virginie Daudin, Michel Thébault

Né le 11 janvier 1923 à Châtellerault (Vienne), fusillé après condamnation à mort le 11 septembre 1943 au champ de tir de Biard près de Poitiers (Vienne) ; ajusteur fraiseur à la Manufacture nationale d’armes de Châtellerault ; résistant de l’Organisation spéciale (OS) et des FTPF.

Fernand Marit était le fils de Fernand, Émile Marit (né le 21 août 1896 à Loudun, Vienne) ébéniste et d’Henriette Audin (née le 29 juin 1900 à Arvert, Charente-Maritime) couturière. Son père avait été mobilisé en avril 1915 dans le 1er Régiment de Zouaves, mais fut touché par la tuberculose et resta en hôpital de mars 1916 au 20 novembre 1918, date à laquelle il fut réformé (il fut réformé définitivement en 1931 pour tuberculose pleuro-pulmonaire et mourut à Châtellerault le 23 octobre 1941 à l’âge de 45 ans). Ses parents se marièrent le 16 août 1919 à Châtellerault et Fernand fut leur deuxième enfant après Albert né le 17 novembre 1919. Un autre garçon, Gaston, naquit le 21 mai 1924. Sa présence sur la plaque commémorative du collège René Descartes indique qu’il fréquenta dans les années 30 le Vieux Collège, rue de la Taupanne qui regroupait alors le collège secondaire et l’École Primaire Supérieure (il fréquenta vraisemblablement la section industrielle de cette dernière). Il fut ensuite employé à la Manufacture nationale d’armes de Châtellerault comme ajusteur fraiseur. En 1940, célibataire, âgé de 17 ans, il résidait chez ses parents 8 bis Avenue Paul Painlevé.

Avec Camille Blanzat, Maurice Bourgois, Eugène Pinaud, Didier Boizier, et ses deux frères Albert et Gaston Marit, il participa à la structuration de l’OS à Châtellerault dès octobre 1940. Le dossier d’homologation du groupe FTPF de Châtellerault (SHD Vincennes op. cit.) indique dans sa fiche introductive que le groupe se constitua lors d’une première réunion de l’État major de l’OS chez sa mère Henriette Marit le 18 octobre 1940 à Ozon, 8 bis Avenue Paul Painlevé. Les responsabilités furent réparties qui perdurèrent pour l’essentiel lorsque la formation se transforma en FTPF début 1942. Dans le dossier d’homologation des formations FFI au SHD Vincennes (op. cit.) Fernand Marit apparaît dans la liste des membres entre octobre 1940 et décembre 1942 comme responsable militaire du secteur sud, sous les ordres de son frère aîné Albert, responsables aux secteurs. Le dossier contient la description suivante de ses responsabilités : « Marit Fernand alias Botêche ne reçoit des ordres que du responsable aux deux secteurs, et dirige ses groupes constituant son secteur sur les lieux d’opération à effectuer. Il coiffe ses 7 chefs de groupe qui font fonctionner le mécanisme suivant, à savoir un chef de groupe, 3 sous-chefs de groupe ayant sous leurs ordres respectifs 3 ou 4 hommes. Un groupe au complet possédait donc un effectif de 16 ou 13 hommes ».

Il participa aux réunions clandestines de l’état-major et aida à l’hébergement des responsables du Comité national et de l’interrégion. Il eut de nombreux contacts avec l’interrégion Joseph Berthou, fusillé sur le champ de tir de Biard le 3 décembre 1942. Il organisa de multiples sabotages dès février 1941 : sabotage par engins explosifs de la ligne Paris-Bordeaux à hauteur de Souhé (Vienne) à deux reprises, destruction du matériel automobile de l’armée allemande stationné dans un garage situé dans le centre-ville de Châtellerault, sabotage du pont ferroviaire à Nonnes (Vienne) sur la ligne Paris-Bordeaux, sabotage de la ligne de distribution électrique et téléphonique de la Feldkommandantur et de la Feldgendarmerie à Châtellerault, instigateur de la destruction totale des panneaux lumineux de signalisation de l’occupant. À la Manufacture nationale d’armes, il fut l’un des meneurs du mouvement de grève du 26 novembre 1942 pour lutter contre les réquisitions de main-d’œuvre pour travailler en Allemagne. Aux côtés de Jean Chiquet et Eugène Roux, il mobilisa les ouvriers de l’atelier 39. 80 % des ouvriers de la Manufacture d’armes débrayèrent. Réunis à l’extérieur, ils entonnèrent la « Marseillaise ». Éliane Devergne, usineuse à la plaque à l’atelier 39 se souvient : « Profitant de la cohue à l’affichage des listes, l’un d’entre nous coupe le courant. C’est le signal. Dans chaque travée, un ou deux camarades entraînent les ouvriers vers la sortie. [...] C’est formidable [...] Nous sommes près de 2 500 dans la cour [...] De toutes les poitrines une vibrante ``Marseillaise’’ résonne. Nous sommes devant les bureaux de la direction française et allemande. On nous y attend armé et menaçant. [...] Nous parlementons [...] Nous donnons l’ordre de dispersion [...]. La liste suivante de requis fut réduite de trente noms. »

Suite à ces mouvements de grève et à des arrestations extérieures à Angers, Thouars et Paris qui permirent à la SIPO-SD aux SAP d’Angers et de Poitiers de reconstituer les réseaux FTPF, une vague d’arrestations se produisit les 17 et 18 décembre 1942. Les agents de la Sipo-SD, de la Feldgendarmerie et de la Section des affaires politiques de Poitiers l’arrêtèrent à la manufacture le 18 décembre 1942 avec treize autres camarades dont son frère Gaston (son frère Albert avait été arrêté la veille) Jean Chiquet et Eugène Roux. Ces opérations policières décapitèrent l’ensemble du mouvement OS – FTP de Châtellerault qui dut ensuite se reconstituer totalement.

D’abord incarcéré avec tous ses camarades à la prison de la Pierre-Levée (Poitiers, Vienne), Fernand Marit fut transféré au camp de Compiègne-Royallieu le 16 janvier 1943 et immatriculé 7 292. Le 23 janvier suivant, il fut déporté en même temps que son frère Gaston vers le camp de concentration de Sachsenhausen puis rejoignit le Kommando d’Heinkel sous le matricule 58 639. Il fut affecté, dans ces usines, à la production destinée à l’aviation. À Poitiers, les services de la Sipo-SD poursuivirent leurs investigations et ordonnèrent son rapatriement en France. Transféré à la prison de Sarrebruck en Allemagne, il fut interné à la prison de la Pierre-Levée le 13 juin 1943. Le tribunal militaire allemand de la Felkommandantur 677 à Poitiers le condamna à mort le 4 septembre 1943. Il a été fusillé le 11 septembre 1943 sur le champ de tir de Biard.
Son corps, avec celui de ses neuf camarades de la Manu fusillés sur le champ de tir de Biard, fut rapatriés dans le carré des fusillés (rang 2 tombe 2) dans le cimetière de Châteauneuf à Châtellerault par la section du Parti communiste le 10 novembre 1944. Le 30 novembre 1944 furent célébrées des funérailles officielles.

Il obtint la mention mort pour la France, fut homologué sous-lieutenant FFI et obtint le statut Interné-Résistant (DIR). Il reçut à titre posthume la Médaille de la Résistance par décret du 13 juillet 1947 et fut élevé au rang de chevalier de la Légion d’honneur. Son nom est inscrit sur le monument érigé à la mémoire des 128 fusillés sur le champ de tir de Biard, inauguré le 8 mai 1949, et sur le monument des martyrs de la Résistance à Châtellerault.

Son frère Albert fut déporté par un transport parti de Compiègne le 16 avril 1943 vers Mauthausen où il fut libéré par la Croix-Rouge le 23 avril 1945. Son jeune frère Gaston déporté avec lui vers le camp de concentration de Sachsenhausen resta jusqu’à sa libération le 4 mai 1945 dans le Kommando Heinkel. Enfin son oncle Georges Marit (né le 1er juillet 1902 à Châtellerault) également membre des FTPF et arrêté à la même date que ses neveux fut transféré de Compiègne en janvier 1943 vers les prisons de Karlsruhe, Rheinbach, Siegburg, et Lansbergoù il fut libéré à une date inconnue précisément.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article150631, notice MARIT Fernand, Auguste, Marcel [pseudonyme Botêche] par Virginie Daudin, Michel Thébault, version mise en ligne le 28 novembre 2013, dernière modification le 5 décembre 2021.

Par Virginie Daudin, Michel Thébault

SOURCES : SHD AVCC, Caen. Cote AC 21 P 81801 et SHD Vincennes GR 16 P 394954 (nc) — Mémoire des hommes, dossiers d’homologation des formations FFI, groupe FTPF Châtellerault GR 19 P 86/44 — Arch. Dép. Vienne, (état civil, registre matricule, recensements) — Site internet Fondation pour la mémoire de la Déportation — Marie-Claude Albert, Châtellerault sous l’Occupation, Geste Éd., 2005. — Au nom de la Résistance, hommage aux 128 fusillés, coll. Centre régional « Résistance & Liberté » et MIMC Office national des anciens combattants Vienne, Poitiers, 2013. — Site Internet Vienne Résistance Internement Déportation, Arch. FNDIRP 86. — Mémoire des Hommes — Mémorial genweb.

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