PERCHE Maurice, Marceau

Par Jacques Girault

Né le 15 octobre 1924 à La Ferté-Villeneuil (Eure-et-Loir), mort le 19 mai 2017 à Houdan (Yvelines) ; instituteur ; militant communiste en Eure-et-Loir ; directeur de L’Ecole et la Nation ; membre du comité central du PCF ; député de l’Eure-et-Loir.

Maurice Perche en 1945
Maurice Perche en 1945

Fils d’un entrepreneur de battage, conseiller municipal de La Ferté-Villeneuil d’opinions radicales, qui possédait aussi une petite exploitation agricole, Maurice Perche avait deux sœurs. Élève de l’école primaire supérieure de Châteaudun, reçu au concours d’élève-maître en 1941 (promotion Lyautey avec notamment Bernard Thireau*, Pierre Chaillou ayant été reçu l’année précédente), il effectua sa scolarité au lycée Marceau à Chartres, tout en prenant pension, avec d’autres normaliens, dans une institution tenue par des religieuses. En contact avec la jeunesse résistante du lycée, il fut arrêté, ainsi que trois élèves, le 18 mai 1944. Emprisonné, transféré à Orléans, il fut libéré peu après et réussit au baccalauréat quelques jours plus tard. Il servit de guide aux troupes américaines et pénétra avec elles à Châteaudun, le 17 août, rejoignant des membres du Front national à l’Hôtel de ville. Il effectua son année de formation à l’École normale d’instituteurs d’Orléans et adhéra au groupe des Forces unies de la jeunesse patriotique.

Appartenant à la classe 1944, Maurice Perche fut dispensé du service militaire et débuta à Cloyes, en octobre 1945, comme instituteur stagiaire ; il épousa en juin 1946 à Marchenoir une institutrice, Alice Proust (voir Alice Perche), fille d’un cultivateur sympathisant communiste. Ils eurent cinq enfants. Membre du Syndicat national des instituteurs, il fut muté à Lutz-en-Dunois de février à l’été 1947, ce qui le rapprochait de son épouse, institutrice à Conie-Molitard. Ces six mois furent déterminants dans sa pratique pédagogique car il succédait à Emmanuel Pichot*, fondateur à la fin des années 1920 d’un groupe appliquant les méthodes de Célestin Freinet. À la rentrée 1947, ils obtinrent un poste double à La Gaudaine, près de Nogent-le-Rotrou où il assura aussi le secrétariat de mairie. Après deux ans, ils postulèrent de nouveau pour Lutz-en-Dunois devenu vacant comme poste double en raison du départ à la retraite de Marthe Pichot. Ce vœu déclencha une campagne contre leur nomination, orchestrée par les gros cultivateurs, au prétexte qu’ils allaient appliquer les méthodes de Célestin Freinet. En fait, Perche s’inspirait seulement de quelques techniques de l’Éducation nouvelle. Il s’agissait avant tout pour les propriétaires exploitants, à l’origine de la protestation, de s’en prendre à l’instituteur communiste. Le couple, étant nommé malgré tout à Lutz en 1949, des parents refusèrent d’envoyer leurs enfants à l’école pendant quelques jours. Menacé de sanctions administratives, soutenu par la section départementale du SNI, accusé notamment en 1951 d’avoir donné un sens favorable à la paix aux travaux scolaires ce qui provoqua de nombreuses protestations dont celle de Freinet, Perche demanda sa mutation. De 1951 à 1955, il fut instituteur à Jallans, village voisin de Lutz. En disponibilité pour mandat parlementaire, il reprit en janvier 1959 un poste à Chartres, qu’il occupa jusqu’à sa mise en disponibilité en 1969.

Maurice Perche adhéra au Parti communiste français à la fin de 1947 à Nogent-le-Rotrou. Favorable au maintien du SNI dans la CGT, il suivit l’école de la FEN-CGT en septembre 1948 à Sèvres (Seine-et-Oise). Secrétaire et trésorier départemental de l’organisation (octobre 1948-juillet 1950), il suivit le stage organisé pour les instituteurs communistes par le PCF en septembre 1952. Il resta membre du bureau départemental de la FEN-CGT jusqu’en 1954, puisque la direction du PCF demanda aux instituteurs communistes de ne militer qu’au SNI.

Membre du comité de la section communiste de Nogent-le-Rotrou en 1948-1949, puis membre du bureau de la section communiste de Châteaudun en 1950, il devint en 1953 secrétaire de cette section. L’année précédente, il avait été arrêté au moment du « complot » dit « des pigeons » et condamné à une peine de prison avec sursis et à une forte amende. Membre des Combattants de la Paix depuis 1949, il fut secrétaire du comité départemental pour la paix au Vietnam au début des années 1950.

Entré au comité de la fédération du PCF en 1951, il devint membre du bureau fédéral en 1953, responsable de l’éducation. En 1955, se posa la question du « redressement de l’orientation politique de la Fédération ». La direction du PCF lui confia le secrétariat fédéral en 1956, comme responsable politique. Non permanent après la fin de son mandat parlementaire, il resta secrétaire fédéral jusqu’en 1959 quand il redevint membre du seul bureau fédéral, responsabilité qu’il conserva jusqu’en 1979. A partir de 1965, il exerçait des responsabilités politiques au bureau fédéral comme responsable des questions de l’Éducation nationale et du travail en direction des instituteurs à partir de 1971. Membre du seul comité fédéral à partir de 1979, il ne fut pas réélu en janvier 1985, ayant quitté la fédération.

Le PCF décida qu’il conduirait la liste communiste aux élections législatives de janvier 1956, qui obtint un siège, arrivant en troisième position derrière deux listes (radicale-socialiste et de droite). Élu député, Maurice Perche fit partie des commissions de l’Éducation nationale et de la Culture, du suffrage universel. Il fut secrétaire de la commission des lois constitutionnelles, du règlement et des pétitions. Candidat aux élections législatives suivantes en novembre 1958, dans la troisième circonscription (Nogent-le-Rotrou-Châteaudun), il obtint 6 265 voix sur 57 067 inscrits, puis, s’étant maintenu au deuxième tour, 6 163 suffrages. Candidat communiste en 1962, Perche, arrivé en tête des candidats de gauche avec 6 921 voix sur 55 453 inscrits, recueillit 13 667 voix au deuxième tour. Il fut à nouveau candidat en 1967 (10 066 puis 19 289 voix sur 58 016 inscrits), en 1968 (7 480 voix sur 57 904 inscrits, le député de droite sortant étant réélu au premier tour) et en 1973 (8 881 puis 19 760 voix sur 60 534 inscrits). Lors de cette dernière candidature, la presse signala sa forte progression de 3 000 voix par rapport aux suffrages des candidats de gauche au premier tour.

Après avoir été proposé à la candidature en 1953, Perche fut plusieurs fois candidat au Conseil général dans le canton de Châteaudun (1961, 1964, élection partielle d’août 1965, 1967). En 1979, il devait être à nouveau candidat mais fut remplacé par Jean Hardy.

Perche conduisait les listes communistes aux élections municipales de Chartres en 1965, puis celles de Châteaudun en 1977.

Correspondant départemental du mensuel L’École et le Nation, au début des années 1950, Perche entra à son comité de rédaction en septembre 1953, dans la commission de contrôle financier, puis devint rédacteur en chef adjoint, puis rédacteur en chef en septembre 1956. En août 1955, il participa à une délégation envoyée en URSS pour s’informer sur la réforme de l’enseignement. D’autres voyages suivirent notamment dans les démocraties populaires. De plus, tout en étant proche du Mouvement Freinet, conformément aux orientations du PCF, il critiqua des instituteurs communistes partisans des analyses de Freinet. Plus tard, il estimait que les communistes s’étaient alors coupés « de toute une fraction du corps enseignant ». Parallèlement à ses activités politiques, il militait dans le SNI et les associations de parents d’élèves. Il demanda en mai 1959 à être déchargé de sa responsabilité de secrétaire de la fédération communiste, qu’il cumulait avec ses responsabilités nationales : « en fait ([directeur] adjoint en titre) de L’École et le Nation », travail du parti parmi les instituteurs, luttes pour l’école laïque, entre autres, responsabilités qui s’accompagnaient du « “privilège“ de travailler de mon métier » et de son éloignement de Paris, ce qui lui permettait de prendre des distances avec certains collaborateurs de la direction du Parti.

Délégué au congrès national du PCF de juin 1956, devenu membre de la commission centrale de contrôle financier, il participait à la plupart des réunions du comité central. Chargé de suivre les activités des instituteurs communistes, à partir de 1957, il était convoqué dans les réunions du secrétariat du PCF avant les congrès des syndicats enseignants, pendant lesquelles étaient examinées les questions qui se posaient et étaient définies les positions de la minorité communiste, baptisée alors « cégétiste ». Ces réunions se déroulaient en présence d’un secrétaire et de membres de la direction, des responsables communistes des courants « cégétistes » des syndicats enseignants. Par exemple, le 18 janvier 1958, le secrétariat le convoqua pour qu’il prenne part aux réflexions sur « certains aspects du travail du parti parmi les instituteurs » dont les membres du bureau politique devaient débattre.

Lors du congrès de 1959, Perche entra au comité central du Parti, responsabilité qu’il exerça jusqu’en 1964. Permanent à temps complet à partir d’octobre 1969, désigné comme responsable de l’Éducation nationale, il fut chargé du travail parmi les instituteurs tout en faisant partie de la commission laïque auprès du comité central créée à la suite d’une décision du secrétariat du PCF, le 18 septembre 1959. Devenu directeur politique de la revue communiste L’Ecole et la Nation, il participa aux réflexions et actions du PCF en direction de l’enseignement et de son personnel. Avec d’autres responsables, il prit part activement à la mise en place dans les fédérations de commissions chargées des questions enseignantes. Il présidait notamment, à partir de l’été 1961, différentes réunions pour créer des commissions responsables de l’enseignement (travail en direction des instituteurs, dans la Fédération de l’Éducation nationale, commission laïque). Après avoir personnellement critiqué le principe de nationalisation de l’enseignement, il accepta la décision du PCF en novembre 1959 de se rallier au projet du Comité national d’action laïque, au nom de l’union recherchée avec le parti socialiste. Il signa notamment la préface d’une brochure rassemblant en octobre 1963 quatre résolutions du PCF sur la laïcité et la défense de l’école laïque. Il participa aux campagnes sur ces questions. Dans le cadre de ses responsabilités dans le Parti, en relation avec le CNAL, il prit part à la préparation et à l’organisation des manifestations nationales unitaires. À la fin des années 1960, il effectua de nombreux déplacements en province dans le cadre de la préparation des deux projets du PCF pour une réforme démocratique de l’enseignement sous la direction de Pierre Juquin.

Perche fut choisi comme chef de cabinet du ministre de la Formation professionnelle, le communiste Marcel Rigout de juin 1981 à 1984, tout en restant directeur de L’Ecole et la Nation. Au ministère, il eut à résoudre des questions d’aménagements des locaux, à suivre la reconversion des sidérurgistes lorrains, à représenter le ministre au Canada pour une réunion sur l’éducation permanente et professionnelle.

Après la décision du PCF en 1984 de ne plus participer au gouvernement, considéré comme retraité de l’Éducation nationale, il continua à faire partie des collaborateurs du comité central, notamment pour les questions de l’enseignement. La direction du PCF souhaita qu’il puisse participer au secteur « Sciences technologies », en raison de sa compétence pour la formation professionnelle, ce qui s’accompagna de collaborations ponctuelles avec les secteurs des intellectuels et de la jeunesse. Toutefois, son domaine d’intervention connut une réduction sensible (difficulté pour faire fonctionner le groupe de travail sur la formation professionnelle, réduction de L’École et la Nation à un encart dans Révolution de juillet 1989 à septembre 1991, non-participation à la revue à partir de 1984 bien que sa fonction de directeur ait été toujours mentionnée, perte de son bureau au siège du comité central). Il participa ouvertement au mouvement de contestation de la ligne politique de la direction du PCF au milieu des années 1980.

En 1982, Maurice Perche se sépara de son épouse et alla habiter Arcueil (Val de Marne) avec sa secrétaire-documentaliste du ministère. En relation avec le maire Marcel Trigon, il présida la commission préparant la célébration du bicentenaire de la Révolution française en 1987. Il revint en 1988 habiter à Chaudon (Eure-et-Loir) où, divorcé en 1986, il se remaria en 1993.

Perche, fut un des signataires en 1991 du manifeste des « refondateurs », Urgence de futur. Il cessa d’adhérer au PCF en 1992. En 2012 , dans son évocation autobiographique, il analysait l’évolution du communisme et soulignait : « Personnellement mon utopie m’est chère ». Il insistait sur les valeurs de l’écologie et sur ses « raisons d’espérer ».

Le 6 juin 2017, l’Humanité annonça son décès dans son “Carnet“.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article150752, notice PERCHE Maurice, Marceau par Jacques Girault, version mise en ligne le 2 décembre 2013, dernière modification le 18 mai 2020.

Par Jacques Girault

Maurice Perche en 1945
Maurice Perche en 1945
Maurice Perche (2004)
Maurice Perche (2004)
Maurice Perche, entre René Bidouze (à sa droite) et Marcel Rigout (à sa gauche), le 28 mars 1983.
Maurice Perche, entre René Bidouze (à sa droite) et Marcel Rigout (à sa gauche), le 28 mars 1983.

ŒUVRE : Maurice Perche, Mes chemins imprévus : des ruelles de la Ferté aux allées du pouvoir, imprimé par CBIENVU, Épernon (Eure-et-Loir), 2012, Nouvelle édition, sous le titre Mes chemins imprévus, M.E.M.O.I.R.E.S., Les éditions du Colombier, Saint-Maur-sur-le-Loir, (Eure-et-Loir), 2016, 344 p.

SOURCES : Arch. Assemblée nationale. — Arch. comité national du PCF. — Renseignements fournis par l’intéressé. — Presse nationale comprenant ses nombreux articles. — Notes de Paul Boulland, de Jean Hardy et de Josette Ueberschlag.

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