PEUVRIER Rose, Renée [épouse MÉTHION puis BRUGER]

Par Jocelyne George

Née le 5 juillet 1908 à Marseille (Bouches-du-Rhône), morte le 8 janvier 2005 à L’Hay-les-Roses (Val-de-Marne)  ; secrétaire, militante communiste, syndicaliste, féministe, secrétaire de la Fédération des travailleurs de l’État, membre de la commission administrative de la CGT de 1951 à 1969.

Selon l’état civil François, le père de Renée, était receveur des douanes, selon la biographie que celle-ci donna au Parti communiste en 1945 il était fonctionnaire colonial ; sa mère Rosine ne travaillait pas. Renée avait deux frères. Durant la guerre de 1914-1918 la famille habitait Saint-Denis. Quand à douze ans elle fut reçue première au certificat d’études la situation familiale avait dû se dégrader car sa mère faisait des ménages et elle-même fut engagée comme petite bonne par des patrons qui lui donnèrent un autre prénom, jugeant que le sien était trop joli pour son état. Ce fut une première prise de conscience de la classe à laquelle elle appartenait, conscience qu’elle garda très vive. Elle entra ensuite comme apprentie dans une entreprise de cartonnage où elle confectionnait des boites de poudre de riz. À quatorze ans elle devint ouvrière dans une tannerie où elle rabotait du cuir à longueur de journée, elle y resta sept ans. Témoignant un jour pour un accident du travail, interrogée sur son métier, elle répondit qu’elle était « jonctionneuse » ce que le juge traduisit par manœuvre ; humiliée, elle décida de s’instruire en suivant des cours du soir de français, de droit, de sténographie ce qui lui permit d’entrer dans un cabinet d’assurances. En 1927, ayant lu un article de Gabrielle Duchêne, secrétaire générale de la Ligue Internationale des femmes pour la paix et la liberté, elle se présenta à elle et en reçut aide et encouragement.

Dans l’entourage de Gabrielle Duchêne elle rencontra Henri Barbusse et aussi son mari Pierre Méthion un dessinateur communiste. Ils se marièrent en janvier 1933, participèrent au mouvement du Front populaire. Renée Méthion avait adhéré en 1929 à la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté, en 1933 à la CGTU, en 1934 au comité Amsterdam-Pleyel. Elle suivit les cours de l’Université ouvrière dont ceux de Georges Politzer.

En 1939, elle adhéra au Parti communiste puis entra en résistance, en 1941 elle fut agent de liaison. En novembre 1942 elle donna naissance à son fils. Quelques jours plus tôt, son mari et son frère furent arrêté. Ils étaient membres du mouvement Valmy, créé en juillet 1940 par Raymond Burgard professeur au lycée Buffon militant de Jeune République, confondus par les policiers de la BS2 avec le Groupe Valmy (voir Pierre Méthion). Ils furent déportés.

De 1940 à 1942 elle fut sténo-dactylo au ministère des affaires étrangères, puis au ministère de la marine et enfin à son service historique, elle y resta jusqu’en avril 1944 où elle partit dans la Creuse. Là elle retrouva par l’intermédiaire de l’Union des femmes françaises le contact avec le parti perdu en novembre 1942, retrouvé en juin 1943, reperdu fin 1943. Elle reçut la médaille de la Résistance. En décembre 1945, elle entra au cabinet de Maurice Thorez comme responsable de l’appareil technique. Elle y resta jusqu’en mai 1947.

En 1945, elle fut élue conseillère municipale de Montrouge, elle était un cadre communiste de la ville, membre du comité de section, responsable à l’éducation, responsable de l’Union des femmes françaises. En 1946, elle fut responsable de la commission féminine de la fédération des Travailleurs de l’État ; après la scission elle devint permanente, membre du secrétariat de cette fédération puis secrétaire générale adjointe à partir de 1953. De Toulon à Brest, de Roanne à Tarbes, en passant par Cherbourg, le Bassin des carènes, les Monnaies et médailles elle représentait les ouvriers, les techniciens, les ingénieurs de l‘État, des arsenaux. Elle était fière de leur savoir-faire, de leur combativité. Dans ce milieu d’hommes elle était une des rares femmes. Elle était vraiment persuadée que la femme était l’égale de l’homme.

En 1951 elle fut élue à la commission administrative confédérale et reconduite jusqu’en 1967. En 1955 et 1956 elle représenta la CGT au conseil national du Mouvement de la Paix. En 1964 elle fut mandatée par la CGT au Bureau International du Travail pour intervenir sur ce qui concernait les femmes. Très active dans la commission confédérale féminine de la CGT elle s’impliqua dans la naissance et la diffusion du magazine Antoinette dont elle serait à l’origine du choix du titre en référence au film de Jacques Becker, Antoine et Antoinette, palme d’or au festival de Cannes en 1947.

À la retraite elle s’installa à Bagneux, lieu de naissance de sa mère. Elle s’investit alors dans l’amicale des locataires de sa cité et milita dans l’union des retraités de la CGT.

En 1949 elle avait divorcé de Pierre Methion et s’était remariée en 1974 avec Jean-Joseph Bruger.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151087, notice PEUVRIER Rose, Renée [épouse MÉTHION puis BRUGER] par Jocelyne George, version mise en ligne le 12 décembre 2013, dernière modification le 30 mars 2020.

Par Jocelyne George

SOURCES : Biographies du Parti communiste 1945, 1950. — Antoinette, avril 1975. — Notes de Slava Liszek. — Renseignements fournis par son fils. — État civil.

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