SILVY Henri, Maximilien, Jean

Par Robert Mencherini, Jean-Marie Guillon, Jean-Pierre Besse

Né le 7 février 1922 à Ceyreste (Bouches-du-Rhône), fusillé le 31 mars 1944 probablement à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; marin ; militant communiste, résistant au sein des Francs-tireurs et partisans Français (FTPF), maquisard au sein de l’Armée Secrète (AS).

Henri Silvy était le fils de Joseph Silvy, commis des postes, et d’Émilie Deluy. Sa famille habitait Ceyreste, à proximité de la ville ouvrière de La Ciotat (Bouches-du-Rhône), qui constitua une base de départ importante vers les maquis alpins sous la direction d’un militant communiste chevronné, Émile Sellon. Communiste lui-même, Henri Silvy fut arrêté une première fois à Laragne-Monteglin (Hautes-Alpes) par la police française pour ses activités de résistance. Acquitté, en septembre 1943, par le tribunal spécial de Grenoble (Isère), il prit le maquis. En septembre 1943, il rejoignit le petit maquis Robespierre, installé à l’automne 1943 au col de Blaux, entre Gap et Sisteron, la vallée de la Durance et le pays du Caire, sur la commune de Curbans (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence). Les effectifs de ce maquis ne dépassèrent pas une vingtaine d’hommes et l’armement, très réduit, avait été récupéré sur l’armée italienne en déroute. Il en était le commandant. Ce maquis fut attaqué par les troupes allemandes dans la nuit du 11 au 12 décembre 1943. La maison dans laquelle il était établi fut dynamitée le 12 décembre vers 11 h 30.
Quatorze maquisards furent faits prisonniers, incarcérés à Gap (Hautes-Alpes), puis aux Baumettes (Marseille, Bouches-du-Rhône). Treize d’entre eux furent conduits ensuite à Lyon (Rhône).
Henri Silvy fit partie des dix condamnés à mort par le tribunal militaire allemand de la Zone sud le 6 mars 1944, avec René Arnaud, Jean Burle, Pascal Incollinco, François Bluch, Jean Martinigol, André Poggioli, Pierre Queirel, André Vacher et Jean Venture.
Les sources divergent quant au lieu où siégea ce tribunal (Lyon ou Nîmes, dans le Gard). Henri Silvy a probablement été fusillé à Marseille, au fort Saint-Nicolas. Le 1er avril 1944, le « conseiller supérieur du conseil de guerre », Hamann, informa, depuis Lyon, le préfet de la région de Marseille de l’exécution des condamnés pour « activité de franc-tireur ».
Dans sa dernière lettre, confiée à un prêtre et adressée à ses parents, Henri Silvy écrivit : « Je meurs pour la même cause que celle pour laquelle mon grand-père a combattu avec tant de courage. J’ai conscience d’avoir suivi sa trace avec fermeté. Je meurs sans avoir dénoncé aucun de mes camarades. Je n’ai pas failli à l’honneur. Je meurs pour la France et pour le parti ». Il fit également allusion, dans cet écrit, à « Émile » [Sellon]. Ses parents firent graver ce texte sur la tombe familiale du cimetière de Ceyreste en le faisant précéder de son âge et de la mention « fusillé par les Allemands parce qu’il était franc tireur ».

Son frère, Marius Silvy, avait été tué au nord de Lyon dans un déraillement de train provoqué par un maquis de Saône-et-Loire. Il avait été cité à l’ordre de la division lorsqu’il était lieutenant au 15e RIA, pour avoir tenu un secteur difficile du 29 février au 15 mai 1940.

Leur père, Joseph Silvy, fut désigné comme président du comité local de libération de Ceyreste.

Les noms des maquisards fusillés sont gravés sur le monument aux morts de Curbans. Un monument fut érigé, en leur honneur, en juillet 2007, au col de Blaux. Il comporte une orthographe problématique pour certaines victimes. Le nom d’Henri Silvy figure également sur la stèle élevée, entre Serres et Montclus (Hautes-Alpes), « À la mémoire des Héros et Martyrs du maquis Morvan morts pour la France » et sur le monument aux morts de Ceyreste. Il a aussi été donné à une rue de La Ciotat.

« Mes chers parents,
 
Quand vous lirez ces lignes je ne serai plus de ce monde. Je meurs pour la même cause que celle pour laquelle mon grand frère a combattu avec tant de courage. J’ai conscience d’avoir suivi sa trace avec fermeté. Je meurs sans avoir dénoncé aucun de mes camarades, je n’ai pas failli à l’honneur. Je meurs pour la France et le parti.
Je mesure toute l’étendue de votre chagrin en apprenant la nouvelle. Je vous demande pardon pour la peine que je vous cause. Je demande, si cela est possible, que vous fassiez les démarches pour que je repose dans le cimetière de mon village natal, tout près de mon grand-frère. Je demande à la famille de vous entourer de toute votre sollicitude. Je recommande à tous nos amis, Emile en particulier, de préserver (sic) dans la lutte engagée et de nous venger sans pitié. Après la victoire, qui est certaine, mes chers parents, vivez pour voir le triomphe de notre cause. Jusqu’au dernier moment, vous aurez été pour moi, mes chers parents, la lumière qui m’aura éclairé et réchauffé dans la nuit où je suis plongé : j’emporte votre souvenir dans la tombe. Ma chère maman, jusqu’au bout j’aurai gardé sur moi la seule lettre que j’ai reçue pendant ma captivité. Mon cher papa, je n’ai jamais oublié l’ultime démarche que tu as faites à la Conception pour pouvoir m’embrasser. Pendant les derniers instants qui me restent à vivre, je mesure toute l’ampleur de votre dévouement pour vos enfants. Tout mon amour et toute mon affection auront été pour vous. Je vous embrasse une dernière fois de toutes mes forces, vous et toute la famille ».

Inscrite sur sa tombe au cimetière de Ceyreste (Bouches-du-Rhône).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151201, notice SILVY Henri, Maximilien, Jean par Robert Mencherini, Jean-Marie Guillon, Jean-Pierre Besse, version mise en ligne le 18 décembre 2013, dernière modification le 11 mars 2017.

Par Robert Mencherini, Jean-Marie Guillon, Jean-Pierre Besse

SOURCES : DAVCC, Caen, 21P 539069 et 21P 154819. – Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, 76 W 117, tribunal du commandant, territoire d’armée, France Sud, 1er avril 1944. – Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, 76 W 117, le préfet de la région de Marseille à l’administrateur de la ville de Marseille et aux maires d’Arles et d’Allauch, 7 avril 1944. – Jean Garcin, De l’armistice à la Libération dans les Alpes-de-Haute-Provence, Manosque, Imprimerie Vial, 1990. – Robert Mencherini, Résistance et Occupation (1940-1944), Midi rouge, ombres et lumières, 3, Paris, Syllepse, 2011. – Raymond Mouchet, Ceyreste au long des siècles, Ceyreste, 1998.— Joseph Carmagnole, « Le PCF, parti des fusillés », La Marseillaise, 26 juin 1994 (lettre d’Henri Silvy à ses parents). – État civil. – Notes Jean-Pierre Besse et Jean-Marie Guillon.

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