BELARBI Sid-Ahmed dit BOUALEM [Dictionnaire Algérie]

Par Amar Benamrouche et René Gallissot

Fils de muphti de Miliana, à Alger ouvrier cordonnier puis conducteur de tramway, militant de la CGTU et des Jeunesses communistes depuis la campagne contre la guerre du Rif, premier « indigène » à devenir secrétaire de la Région communiste d’Algérie ; animateur de la grève des éboueurs en 1927 ; délégué au congrès de l’IC à Moscou en 1928, élève de l’École d’Orient ; après le Congrès des ouvriers arabes à Alger (1930), lance la tentative d’un Parti Nationaliste Révolutionnaire en 1931-1933 ; exclu du parti à la fin de l’année 1934 pour avoir abandonné l’action à la suite des journées antijuives de Constantine (août 1934) ; son tabac du quartier Belcourt reste un point de fréquentation politique et un lieu-témoin jusqu’aux années de la guerre de libération nationale et après.

Né à Miliana le 14 février 1905, Sid Ahmed Belarbi appartient à une famille citadine peu fortunée mais de notabilité religieuse musulmane sunnite sous le beylik ottoman, d’où le prénom de révérence Sid Ahmed. Son père, avec approbation coloniale ménageant les hommes de religion, était muphti de la ville. Il était aussi le chef spirituel local de la confrérie des Kadriya, confrérie élitiste implantée fortement dans l’ouest de l’Afrique du Nord et dont l’Emir Abd-el-Kader est une haute illustration. Le grand-père maternel Benaouda fut au service d’Abd-el-Kader qui le prit comme bachagha (adjoint chargé d’un commandement régional) quand il organisa son Etat ; l’arrière grand-mère maternelle se trouvait dans la smala de l’Émir. Le jeune Sid Ahmed fut bercé par les récits de cet âge héroïque.

Plus que des offrandes et de la portion congrue de muphti, la famille Belarbi devait tirer ses ressources de l’artisanat, en particulier du cuir et de la cordonnerie. Sid Ahmed Belarbi fit l’apprentissage de cordonnier dans l’échoppe familiale tout en suivant l’école française. Education en arabe à la maison, en français à l’école, le jeune Belarbi sera bilingue. À Miliana, la puissance occupante française soutenait la montée des Bensiam, propriétaires fonciers au bénéfice de l’immatriculation des terres et qui faisaient aussi fortune dans le commerce et des fonctions qui n’étaient pas qu’honorifiques en mettant à profit les complaisances administratives. Ce que dénonçait le muphti citant des versets coraniques contre les fortunes mal acquises, « un péché qu’il fallait combattre », si l’on se fie aux souvenirs de Sid Ahmed Belarbi enregistrés par l’historien A.Taleb-Bendiab, soixante ans plus tard dans son tabac au quartier de Belcourt à Alger où ce vétéran continuait à habiter.
En effet en 1919, l’administration coloniale déplaçe le père Belarbi en le nommant muphti adjoint de la mosquée de Sidi-M’hamed à Belcourt où arrive une grande part de la famille. Tant il s’intègre rapidement à ce quartier de circulation dans le bas d’Alger, assez proche de la gare, comprenant garages et entrepôts mais se construisant vite pour loger petits blancs européens et travailleurs blédars souvent kabyles arrivants s’employer dans le grand Alger, dès sa quinzaine d’années, le jeune Belarbi est un « jeune de Belcourt ». À Alger, il poursuit son instruction jusqu’au brevet élémentaire à l’école appelée Sarrouy dans la Casbah qui est certes éloignée mais accueille plus facilement les « indigènes » nouveaux arrivants ; nombre de futurs militants nationalistes sont passés et passeront par cette école. Le jeune homme commence par travailler à l’atelier de cordonnerie qui emploie une dizaine de personnes, que son frère aîné a installé, rue Marengo au centre d’Alger.
Non sans peine, il finit par entrer en 1924 au CFRA, les Chemins de fer sur route de la Région d’Alger puis Tramways d’Alger (T.A.) avant de être incorporés pour finir àla Régie des transports urbains ; Sid Ahmed Belarbi devientwattman (conducteur de tram) dans cette compagnie, encore privée, de plus d’un millier d’ouvriers et employés, une des plus grosses concentration de travailleurs, principalement venant de Kabylie, à Alger. Il adhère à la CGTU comme beaucoup de traminots car l’activisme militant des jeunes syndicalistes communistes est ouvert aux travailleurs algériens et parle d’émancipation des colonies.

Sid Ahmed Belarbi se trouve aussi entraîné dans les manifestations où la participation, fut-elle serrée, vient du soutien de la CGTU, lors de la campagne que les Jeunesses communistes conduisent contre la guerre du Rif et de Syrie, exaltant notamment Abdelkrim et l’action des communistes jusquà la grève, en France. L’orateur de choc des Jeunesses communistes, Jacques Doriot* vient à Alger en 1925 tenir un discours dans une grande salle devant le port, sur les lieux où sera construit cinq ans plus tard l’hôtel Aletti de triomphale et sinistre gloire coloniale. Le rassemblement se prolonge par une marche dans les rues d’Alger. « Ce qui est frappant dans ce meeting et cette marche, se souvient A.Belarbi, c’est qu’il y avait une majorité d’Algériens ». Jacques Doriot est rapidement refoulé, et les arrestations et inculpations tombent : 351 arrestations pour toute l’Algérie et 137 condamnations à de lourdes peines.
En 1926-27, A.Belarbi passe des Jeunesses communistes au secrétariat central de la Région communiste d’Algérie qui tient lieu de Bureau politique. L’instructeur des Jeunesses communistes en Algérie envoyé de Paris en 1926, était alors Édouard Cormon* qui écrit dans La Lutte Sociale sous le double pseudonyme de Jacques et Jacques Péraud ; dynamique, il varéorganiser le secrétariat de la Région communiste ; Boualem sera son adjoint. C’est en effet pour échapper à la répression, que Sid Ahmed Belarbi devientBoualem ; il gardera à tout jamais ce surnom. La répression redouble quand le ministre français des colonies, le radical-socialiste Albert Sarraut s’exclame dans un discours à Constantine : « le communisme, voilà l’ennemi », dénonçant comme toute la propagande coloniale et patriotique française depuis la révolution soviétique, la collusion du bolchevisme, du panislamisme et du panarabisme.

Alors que la Région communiste est en déperdition d’effectifs et s’épuise dans un volontarisme radical, c’est ce Boualem qui a animé la grève des éboueurs de la ville d’Alger en 1927 . Grève lancée par la CGTU, les communistes y ont les premiers rôles auprès de ces immigrants Chaamba sahariens, généralement membres de la confrérie tidjani, abrités dans le même fondouk de la Casbah. Le succès de la grève qui est reconduite sur une dizaine de jours, fait aussi la promotion de Boualem. En juin 1928, la conférence de Région lui donne statutairement le titre de secrétaire de la Région communiste qui pour la première fois en Algérie, revient à un Algérien, mais en partageant la fonction , en bonne entente reconnaît Boualem : E. Cormon reste lui aussi secrétaire. Cette pratique se retrouvera ensuite au PCA jusque dans les années 1950. E. Cormon est rappelé à Paris en 1929 pour entrer à l’administration de l’Humanité, ce qui lui vaudra dans l’imbroglio des difficultés financières, d’être exclu du Parti en 1931 au motif avancé en interne de « malversations ». Curieusement il poursuivra son expérience coloniale en Algérie comme colon à Staouéli (voir à son nom et au nom de son beau-frère Garaud* qui fut lui aussi communiste d’Algérie).

Les directives de l’Internationale communiste sont de promouvoir dans le parti de jeunes nationaux qui se distinguent par leur militantisme et de les envoyer à l’école de Moscou. Boualem est délégué au congrès de l’Internationale communiste qui se tient à Moscou dans l’été 1928 ; il intervient sous le pseudonyme d’Abderrahmane, le nom du saint patron d’Alger et plaide pour la relance de l’action anticolonialiste en Tunisie et en Algérie. Il reste à Moscou plusieurs mois en stage à l’École d’Orient.

Au retour en 1929, il passe par Paris et participe aux discussions du Parti communiste sur la reprise de l’Étoile Nord-Africaine, de fait affaiblie par la répression. Messali* tire à lui l’organisation ; les communistes veulent la ressaisir par la CGTU et lui donner prolongement en Algérie. C’est la mission dont sont chargés Ahcène Issad*, Mohamed Marouf* et Youbi* qui passent en Algérie, mais sont aussitôt arrêtés et internés dans le sud. La syndicalisation est cependant relancée, y compris celle des ouvriers agricoles. L’implantation chez les traminots s’élargit, et un mouvement de grèves entraîne les ouvriers des chantiers, les mineurs et à plusieurs reprises les dockers notamment des ports d’Oranie. À travers des saisies, la CGTU s’évertue à diffuser sa presse avec des pages en arabe : L’Algérie ouvrière ou L’ouvrier algérien, plus tard El Amel (L’espoir). Mais la répression est la plus forte et interdit la perspective de former une confédération syndicale proprement algérienne.
C’est du projet politique d’autonomiser le mouvement communiste en parti algérien dont est chargé Boualem Belarbi. La direction de l’Internationale communiste en 1930, quelque peu dans le vide ou par fuite en avant dans cette période dure, lance l’idée d’une Fédération des nations arabes, à commencer par une fédération non seulement des syndicats mais des partis communistes arabes ; cette vision arabe concerne toute la région de l’Orient où elle peut s’appuyer sur le parti communiste de Palestine ; au Maghreb , elleescompte une base possible en Algérie. Dans sa stratégie du bloc ouvrier et paysan, elle lance le mot d’ordre révolutionnaire hallucinant de « gouvernement ouvrier et paysan » tant à Jérusalem qu’à Alger.
Il reste que deux « congrès des ouvriers arabes » se sont tenus, un assez nombreux à Haïfa à l’heure de la grève en Palestine, le second en modèle réduit à Alger. En pleine célébration du centenaire de la conquête de 1830, faute de pouvoir obtenir la Bourse du travail, c’est dans le garage-entrepot du communiste René Cazala* à Bab el Oued que s’est tenu semi-clandestinement le 15 juin 1930, ce congrès des ouvriers arabes d’Algérie. Entre les sources policières et les souvenirs tardifs, le nombre des assistants varie de la trentaine à la soixantaine ; il a peut-être varié dans la journée suivant le cours des discussions. Boualem s’en tient à la version défendue par le secrétariat de la Région communiste : 69 délégués censés être arabes, 6 délégués européens, venant au total de 14 villes pour une quinzaine de professions représentées. Comme ce sont les responsables syndicalistes activistes de la CGTU qui font nombre, le vote aurait été unanime pour transformer la CGTU en CGTA. Les réticences et les oppositions s’exprimeront après, notamment chez les cheminots et les postiers européens, c’est-à-dire citoyens français ; la Fédération des cheminots compte près de 60% des syndiqués à la CGTU et la CGT rivale, très socialiste européenne, a en outre beaucoup plus d’adhérents.

Conformément à la ligne de l’Internationale communiste, est approuvé un Manifeste aux ouvriers et paysans d’Algérie, réclamant en particulier, outre la suppression du code de l’indigénat, une Assemblée populaire élue au suffrage universel et une réforme agraire, ce qui est inscrit au programme communiste depuis 1924. Le projet de parti communiste algérien dans une perspective de fédération arabe semble être resté en suspens. Des oppositions répétées parmi les communistes français (voir par exemple au nom de Seiss*) aggravent la crise de la Région communiste qui perd ses militants. Si la CGTU conserve de l’ordre de 10.000 adhérents, les syndiqués notamment algériens ne sont pas inscrits au Parti et le nombre des communistes en Algérie tombe aux premières centaines, peut-être moins de deux cents. S’ajoutent les soupçons et les accusations sur l’action des dirigeants qui répercutent en Algérie, sans rien y comprendre, l’affaire de l’élimination interne à la tête du Parti à Paris que l’on appelle affaire ou groupe Barbé-Célor. (voir au nom de Barthel* pour les effets sur la Commission coloniale). Le secrétaire de Région Boualem est pris dans ces conflits en vase clos qui tournent à la mise en cause personnelle.

Selon ses souvenirs, une lettre d’accusation pour « déviation nationaliste » aurait été adressée au secrétariat de l’Internationale communiste à Moscou ; convoqué, Boualem aurait été chapitré vertement par André Marty*. Celui-ci est en 1931, délégué du PC français auprès de l’exécutif de l’IC et soutient au reste la dénonciation de ce qu’il appelle le travail fractionnel de Barbé ; A. Marty reviendra à Moscou en l’été 1932 pour prendre place officiellement au Comité exécutif de l’IC. Or sous le nom déformé en Ahmed Bellardi, Boualem/Belarbi figure, pour un deuxième stage donc, sur les listes de l’École d’Orient à Moscou ; rien ne prouve qu’il ait suivi les cours, mais il peut avoir une nouvelle fois séjourné à Moscou.

En tout cas, Belarbi/Boualem est toujours considéré comme le premier dirigeant de la Région communiste d’Algérie ; il participe au Congrès du parti communiste à Paris en mars 1932 et intervient sous le nom d’Ahmed transcrit Achmed, et il est porté sur la liste des membres du Comité central (et non pas en 1929 à St. Denis comme il l’affirme dans ses souvenirs). En mai 1933, comme il est encore secrétaire de la Région communiste, il conduit l’envoyé de Paris du Bureau politique, Maurice Thorez dans une tournée à l’Est de la Mitidja notamment à l’Arbâa et Tablat.

En 1931-1932, les orientations de l’IC, et André Martypeut en rajouter en dureté, sontencore acquises à la lutte classe contre classe qui se traduit par une dénonciation outrancière des réformistes ce qui veut dire socialistes ou sociaux-démocrates de la IIe internationale comme en Allemagne, et nationalistes réformistes dans les pays dominés, comme le parti du Congrès en Inde ou le Wafd en Egypte ; rien à voir donc avec le réformisme musulman et le mouvement des Oulémas en Algérie qui n’en est qu’à ses débuts. Par contre l’Internationale communiste encourage l’alliance avec les partis nationalistes révolutionnaires et soutient leur constitution. En Algérie, alors que la Région communiste se décompose ou tourne le dos à une fédération communiste des partis arabes, l’idée demeure d’avoir un équivalent de l’Étoile Nord-africaine, et les communistes algériens comme les frères Badsi* à Tlemcen et jusqu’à Oujda, diffusent El Ouma, épisodique journal de l’ENA que Messali* tente de relancer en région parisienne en prenant ses distances avec leParti communiste.

Plus qu’à la Région communiste, semble t’il, Boualem se consacre alors à la mise en place d’un Parti nationaliste révolutionnaire (PNR), rassemblement algérien au delà des communistes mais dont les communistes seraient le moteur. Boualem compte sur les traminots d’Alger fortement syndiqués à la CGTU derrière A. Mezerna* ; les réunions se tiennent chez A. Mezerna puis les liens semblent se nouer autour de Mohammed Mestoul* et la plaque tournante tenue par son atelier de serrurerie au 10 rue de Bône à Alger. La tentative d’implantation d’un PNR rallie des militants partisans communistes ou étoilistes de la Casbah et a des échos à Boufarik et Blida, et peut-être dans l’Est. L’originalité de ce PNR en gestation est de reposer sur des comités de quartiers, qui n’ont peut-être existés que dans quelques lieux d’Alger, à nouveau ou déjà : Belcourt et la Casbah. Des délégués de quartiers, selon les témoignages oraux, auraient ainsi tenu une réunion constitutive à la Casbah le 17 mai 1933, établi le programme qui, outre l’abrogation du code de l’indigénat et l’émancipation de l’Afrique du Nord, aurait demandé la séparation de la religion et de l’État (ce que demandait aussi à l’époque l’Association des Oulémas), et l’instruction obligatoire en français et en arabe ; mais personne n’a jusqu’alors produit le texte original.

De 1933 à 1934, les références au PNR disparaissent. Quand A. Ferrat*, au titre de la Commission coloniale du Parti communiste, vient de Paris, au printemps 1934, tenter de remettre en marche la Région communiste d’Algérie, il semble que les relations avec Boualem aient été distantes. La campagne de discrédit dans le parti français et la Région communiste à l’égard de Ferrat au bénéfice de Maurice Thorez va bientôt commencer et apporter des jugements rétroactifs (voir au nom de Barthel*) qui seront tenaces ensuite dans le PCA. En tout cas, à la Conférence communiste régionale d’Algérie qui se tient en mai 1934 à Kouba à l’Est d’Alger, Boualem n’appartient plus au secrétariat de Région, remplacé par Ben Ali Boukort*, et apparaissent outre M. Badsi*, M. Marouf*, de nouveaux promus : K. Belkaïm*, R. Dali-Bey*, A. Ouzegane*, pour une autre reconstitution du parti communiste.

Outre des notes sur ses passages à l’École d’Orient, les archives de l’IC contiennent les deux résolutions d’exclusion du PC de Boualem Belarbi. Un comité élargi de la Région Algérie réuni le 30 décembre 1934 se déclare saisi de sa démission de son poste de secrétaire régional, "au lendemain des événements de Constantine", -ces journées antijuives remontent au mois d’août, et le changement de direction de la Région à mai-, "sous le prétexte de désaccord avec le Bureau régional et la Section coloniale du Parti communiste français". Cette résolution poursuit : "Considérant que Boualem a saboté le travail du Parti en Algérie et n’a plus sa place dans ses rangs, le Comité régional du Parti en Algérie demande au CC du PCF d’exclure Boualem". La résolution est "votée à l’unanimité des camarades présents (40)", ce qui confirme qu’il s’agit bien d’une opération montée pour mise en conformité statutaire. Le CC du PCF (seconde résolution non datée) prononce l’exclusion de Boualem pour avoir "agi comme un briseur de grèveet rompu avec le mouvement révolutionnaire".

Dans son entretien des années 1970 avec l’historien israélien Emmanuel Sivan, André Ferrat* dit avoir écarté Boualem/Belarbi pour « incompétence » et par soupçon de liens avec la police. Pressé de rentrer à Paris, A. Ferrat fut en fait expéditif ; il passe à la promotion de jeunes dont il ignore la compétence alors que celle de Boualem est acquise. Cependant on peut s’interroger sur le fait que Si Belarbi/Boualem, fiché et suivi par la police, ait pu ouvrir un tabac ; ce qui ne peut se faire sans licence, et donc sous contrôle. Peut-être la contrepartie fut l’abandon de l’activité politique.

Par la suite, personne ne retiendra contre lui de manifestations d’anticommunisme. Son tabac de Belcourt demeure un lieude rencontres et en ce sens de formation nationaliste entretenant une sensibilité au syndicalisme et aux liens avec le mouvement ouvrier. L’explication la plus simple de la disparition du PNR et du retrait de Boualem/Belarbi de l’action communiste est de constater que dans l’été 1933 commence l’implantation de l’ENA à Alger et en Algérie, conduite précisément par ceux qui avaient participé au projet du PNR : M. Mestoul* etA. Mezerna* en premiers, aidés par Salah Ghandi*, Rabah Moussaoui* Ahmed Yahiaoui* formés en émigration et envoyés de Paris par Messali ; il s’agit d’organiser en Algérie même, l’Étoile Nord Africaine dont les nouveaux statuts voulus par Messali interdisent la double appartenance avec le PC. Boualem ne semble pas non plus entrer en messalisme et moins encore en célébration du Hadj.

Les traces du PNR sont très ténues dans les rapports de police, ce qui prouve que son activité fut quasiment insaisissable, voire qu’il n’a guère dépassé le travail de gestation. Par contre les témoignages d’après l’indépendance deviennent débordants, en particulier ceux souvent changeants d’Amar Ouzegane*, et le surchargent. Les souvenirs de Boualem enregistrés en 1991 ne sont pas exempts de contradictions chronologiques, tout en étant honnêtement logiques. Surtout, un peu à la manière de la première Etoile Nord Africaine dont on a prêté la fondation à l’Emir Khaled*, le PNR est devenu une référence largement mythique, pour trouver sinon un précurseur au syndicalisme national algérien, un exemple de conjonction de l’engagement nationaliste et d’une genèse à l’intérieur du mouvement ouvrier, en particulier pour la gauche du FLN et les communistes algériens critiques du PCF. Il est vrai que les jeunes nationalistes qui après 1945-1947 se retrouveront au MTLD-PPA ou à l’O.S clandestine que l’on désigne comme "les jeunes de Belcourt", se réclameront de la fréquentation de Boualem ou de son exemple (voir à Mohammed Belouizdad*). Le vétéran Boualem aurait été le premier jeune de Belcourt.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151442, notice BELARBI Sid-Ahmed dit BOUALEM [Dictionnaire Algérie] par Amar Benamrouche et René Gallissot, version mise en ligne le 24 décembre 2013, dernière modification le 16 novembre 2020.

Par Amar Benamrouche et René Gallissot

SOURCES : Arch. Outre-mer, Aix-en-Provence, 9H18, 19 et 20. — Arch. IRM, Paris, microfilmsIC, Commissioncoloniale. — Interviews de A. Ouzegane et B. Boukort par J.-L. Planche, Alger, 1976-1977. — Entretien enregistré de Si Belarbi/Boualem etnotes d’A. Taleb-Bendiab, Alger, avril 1991. — E. Sivan, Communisme et nationalisme en Algérie. 1920-1962. op.cit. — R. Gallissot, Mouvement ouvrier, communisme et nationalismes dans le monde arabe, op.cit. — M. Kaddache, Histoire du nationalisme algérien, op.cit., t.1. — B. Stora, Dictionnaire biographique des militants nationalistes algériens, op.cit. — O. Carlier, Entre nation et Jihad, op .cit. — Collection Jean Maitron, Komintern : l’histoire et les hommes. Dictionnaire biographique de l’Internationale communiste, L’Atelier, Paris, 2001. — RGASPI (arch. Moscou), 495 189 34.

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