GORSE Georges, Achille, Léon, Joseph [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 15 février 1915 à Cahors (Lot, France), mort le 17 mars 2002 à Paris ; professeur au Caire rallié à la France libre, responsable des Amitiés françaises animées par les militants du groupe prosoviétique d’Henri Curiel au Caire ; membre de l’UDSR, puis député (1946-1951) et conseiller de l’Union française SFIO (1951-1958) ; secrétaire d’État aux Affaires musulmanes du gouvernement Blum (1946-1947), sous-secrétaire d’État à la France d’Outre-mer (octobre 1949-février 1950) ; chargé par le président du conseil Guy Mollet de contacts secrets avec Nasser et la délégation du FLN au Caire en 1956 ; ambassadeur à Tunis de 1957 à 1959 ; gaulliste, conseiller de la politique du général de Gaulle dans les approches du FLN ; secrétaire d’État aux Affaires étrangères en 1961-1962 (cabinets Debré et Pompidou) ; ambassadeur de France à Alger (1963-1967) ; élu gaulliste contre le candidat socialiste, député des Hauts-de-Seine (1967-1993), maire (1971-1983) et conseiller général (1967-1988) de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine, France) ; plusieurs fois ministre ; abritant Mohamed Boudia* au Théâtre de l’Ouest parisien à Boulogne-Billancourt, président de l’Association culturelle franco-libanaise en 1970 et de l’Association France-Algérie en 1972-1973.

Orphelin de père et de mère à l’âge de cinq ans, Georges Gorse est élevé par ses grands-parents à Nantes et aux Sables-d’Olonne dans la maison de sa grand-mère. Dans sa vie itinérante d’enseignant en Égypte puis de diplomate, il conserve cette ville de Vendée sur l’Atlantique, comme port d’attache. Il en fait encore son refuge quand, en fin de carrière, il tient la mairie de Boulogne-Billancourt sur plus de vingt ans.

Élève brillant dans le secondaire, le jeune homme est venu à Paris faire hypokhâgne et khâgne, interne au lycée Louis-le-Grand. Reçu au concours d’entrée de l’École normale supérieure en 1936 et au concours d’agrégation de lettres, indépendant, en 1939, Georges Gorse part enseigner au lycée français du Caire. Il rallie la France libre en 1940 ; il reçoit alors la direction des services d’information de la délégation de la France Libre en Égypte.

Coupé de la France métropolitaine, il se retrouve dans ce milieu d’intellectuels français de gauche, grossi mais leur nombre est réduit, de diplomates, enseignants et artistes français se réfugiant au Caire depuis l’Afrique du Nord tenus sous le régime de Vichy ou de Grèce, de Thessalonique notamment ou des pays balkaniques pris dans l’orbite de l’Allemagne national-socialiste et de l’Italie fasciste. Avec de jeunes intellectuels d’Égypte attachés à la culture française, antifascistes, libertaires ou marxistes, issus notamment des « colonies » protégées, familles juives comprises, se constitue un vivier de militants très ardents qui se réclament de la lutte antifasciste internationale et du gaullisme de la France libre.

Ce gaullisme d’outre-mer a peu à voir avec les préoccupations politiciennes franco-françaises des partisans qui entourent le général ; il est compatible avec le socialisme d’inclination pour Georges Gorse et le communisme pour le groupe Curiel qui assure la permanence, le secrétariat et le service des Amitiés françaises à la librairie du Rond-Point au Caire, la librairie Curiel. Pour se joindre aux opérations de l’armée soviétique, la délégation française du Caire assure l’envoi en URSS de l’escadrille Normandie-Niemen. Pour la France libre, Georges Gorse devient chargé de mission au Proche-Orient, établi un temps à Beyrouth, puis envoyé en mission en URSS en janvier 1943.

En novembre 1942, les « alliés » ont débarqué en Afrique du Nord. À partir de l’été 1943 quand de Gaulle l’emporte sur le général Giraud à la tête de la Résistance française, à Alger, Georges Gorse exerce l’importante fonction de directeur adjoint du cabinet du général de Gaulle ; il est à ses côtés au moment de l’attentat visant le général à travers une fenêtre de la Villa des Oliviers, la résidence officielle surplombant la route montant à El Biar. Il assiste ainsi directement le général pendant une quinzaine de mois.

L’Ordre des compagnons de la Libération le désigne alors pour être l’un des six membres représentant La France combattante à l’Assemblée consultative provisoire qui siège à Alger. Avec le transfert à Paris des organes politiques français, Georges Gorse est désigné en novembre 1944, comme secrétaire de la commission des affaires étrangères. À ce titre, il se rend en mission à Beyrouth, Bagdad et Damas pour préparer un rapport sur les problèmes du Proche-Orient, et participe à la délégation française à la conférence de San Francisco mettant organisant l’ONU.

Pour prendre place sur l’échiquier politique, Georges Gorse s’inscrit d’abord à l’Union démocratique et républicaine de la Résistance, étant plus lié à René Pleven qu’à François Mitterrand et, le 8 juillet 1945, il est élu au bureau politique de cette première UDSR. Au titre de ses attaches familiales (sa grand-mère est encore vivante), Georges Gorse fait des Sables-d’Olonnes, en Vendée, sa base de candidature aux élections. Il se présente aux cantonales de 1945, puis aux élections à la première Assemblée nationale constituante en octobre 1945 comme tête de liste SFIO-UDSR. Élu député (avec 33 139 suffrages sur 198 065 exprimés), il est le premier socialiste à être élu parlementaire en Vendée, terre de traditionalisme catholique fortement anticommuniste, et surtout l’un des rares députés nouveaux à rejoindre le parti SFIO. Il est réélu en juin et en novembre 1946, malgré un recul en voix.

Georges Gorse est l’un des vingt députés socialistes qui refusent de voter en faveur de l’accès de Maurice Thorez à la tête du gouvernement en décembre 1946. Il fait distribuer, en Vendée, un tract d’explication, rappelant que les communistes l’avaient combattu « à boulet rouge » lors de ses campagnes électorales. Il propose sa démission de mandat parlementaire, à la fédération SFIO de Vendée qui la refuse. Pendant tous ses mandats, il appartient à la commission des affaires étrangères ainsi qu’à diverses autres commissions du Palais-Bourbon ; il est juré à la Haute cour de justice en 1948.

Devenant secrétaire d’État aux Affaires musulmanes, Georges Gorse fait sa première expérience ministérielle dans le bref retour à la tête du gouvernement, de Léon Blum, du 16 décembre 1946 au 22 janvier 1947 ; il contribue au départ de Tunisie, de l’ambassadeur contesté qu’était le général Mast. Comme son aîné, le socialiste Yves Chataigneau qui est en fonction ou conseiller pour les affaires du Proche-Orient à l’Algérie, – ne fut-il pas le Gouverneur général couvrant la répression et les massacres de Mai 1945 à une heure de crise syro-libanaise ? –, Georges Gorse est tenu par la gauche gouvernementale, comme par de Gaulle, pour un expert averti des questions diplomatiques et des intérêts français au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, capable de distance avec les emballements coloniaux. De surcroît, il est administrateur de la Société d’études et de réalisations industrielles, agricoles et commerciales du Moyen-Orient.

Pour succéder à Yves Chataigneau au Gouvernement général d’Algérie, la direction de la SFIO lui préfère, en 1948, Marcel-Edmond Naegelen, ancien instituteur devenu le second du parti et qui passe pour un homme d’ordre. Georges Gorse devient sous-secrétaire d’État à la France d’Outre-mer, du 28 octobre 1949 au 7 février 1950, dans le gouvernement de Georges Bidault. Après quoi il est envoyé délégué adjoint de la France à l’ONU en 1950.

Battu aux élections législatives de juin 1951, du fait des apparentements par le succès de l’alliance des partis tenus pour catholiques que sont le MRP et le PRL, en 1956, la SFIO lui attribue comme lot de compensation une place réservée de conseiller de l’Union française, qu’il occupe jusqu’en 1958. Il reste appuyé par sa fédération socialiste lorsqu’en 1954 il compte parmi la minorité opposée à la CED. En 1956, il est encore le candidat de la SFIO aux élections dites de Front républicain et échoue à nouveau ; en Vendée, il est peu question de la lutte menée par les combattants algériens, malgré le nombre des rappelés en pays rural.

Georges Gorse est responsable d’un groupe de travail à la commission des affaires internationales de la SFIO depuis 1954. Guy Mollet chef de gouvernement, après la victoire du Front républicain et après le 6 février 1956, le charge en secret, d’entretenir ses contacts auprès de nationalistes algériens et tunisiens qu’il connaît particulièrement. Il assiste l’ambassadeur Christian Pineau dans ses rencontres au Caire avec le colonel Nasser en mars 1956, tout en ayant des relations avec des représentants du FLN. Ces ouvertures tournent court, englouties par l’expédition de Suez.

Après la crise de Suez, il redevient nécessaire de faire appel à ses services. Georges Gorse se retrouve chef de la délégation des usagers du Canal de Suez à Londres. Mieux encore, car il n’appartient pas à la gauche du parti et n’est pas un homme de rupture mais de ménagement, il est nommé ambassadeur à Tunis le 30 janvier 1957, succédant à Pierre de Leusse qui, avec le ministre Alain Savary*, s’est retiré après le piratage par l’aviation militaire française de l’avion transportant vers Tunis, la délégation nationaliste algérienne. Sous l’influence de Charles-André Julien qui déplore « les occasions perdues » de révision des relations coloniales, Georges Gorse, qui le fréquente régulièrement, porte sa prédilection vers Habib Bourguiba et les nationalistes « pro-occidentaux ». Sa mission à Tunis est interrompue six mois, du fait du pilonnage par l’aviation française de la ville de Sakhiet-Sidi-Youssef, mais le général de Gaulle revenu au pouvoir, le reconduit à son poste le 23 juin 1958, et il reste ambassadeur jusqu’en janvier 1959.

En mai-juin 1958, Georges Gorse a rallié pleinement le camp gaulliste. Le gouvernement le nomme ensuite en octobre 1959, représentant permanent de la France auprès des Communautés européennes. Il apporte ses conseils à la tortueuse politique du général de Gaulle pour sortir de la guerre française en Algérie, notamment au moment de l’offre vaine de « paix des braves ». Nommé secrétaire d’État aux Affaires étrangères à partir de mai 1961 (cabinets Debré et Pompidou), il est plus particulièrement chargé des relations avec les États africains d’expression française et Madagascar. Le 16 mai 1962, Georges Gorse remplace Pierre Pflimlin comme ministre de la Coopération (cabinet Pompidou), jusqu’au changement de gouvernement en novembre 1962.

Son nom est avancé pour être Haut-Commissaire en Algérie, pour la période de transition ouverte par les Accords d’Évian en mars 1962, puis pour le ministère de l’Éducation nationale en novembre suivant. Finalement, il est nommé ambassadeur de France à Alger en janvier 1963, s’employant à assurer la coopération franco-algérienne, avec le concours, entre autres, de Stéphane Hessel.

Il ne quitte Alger qu’en 1967 dans la perspective de conquête par les gaullistes, de la mairie de Boulogne Billancourt, en étant appelé d’abord à être candidat aux élections législatives. Pour l’emporter sous l’égide de la « Ve République » dans cette10e circonscription des Hauts-de-Seine, jusqu’alors tenue par la SFIO, Georges Pompidou et son conseiller Olivier Philip, lui-même venant du milieu socialiste de la Résistance, recherchaient un compagnon gaulliste depuis la France libre et au passé socialiste. Georges Gorse est élu conseiller général et député UDR dans le canton Nord de Boulogne-Billancourt en octobre 1967 ; il est réélu jusqu’en 1988.

Ministre de l’Information, du 7 avril 1967 au 31 mai 1968 dans le nouveau gouvernement Pompidou, Georges Gorse eut à louvoyer pour gérer la grève ouvrière et la crise de l’ORTF, et plus largement contourner le mouvement de Mai 1968. N’étant pas repris dans le nouveau gouvernement en juin 1968, il est envoyé en mission par le général de Gaulle en Égypte puis, en 1969, au Liban. Sous la présidence de Georges Pompidou, Georges Gorse est chargé par Jacques Chaban-Delmas d’un rapport sur la coopération qui se révèle très critique de la pratique néo-coloniale de Monsieur Afrique, le conseiller Jacques Foccart.

Surtout, pour le parti gaulliste, il tient la mairie de Boulogne-Billancourt de 1971 à 1983. L’action culturelle de la mairie est importante, soutenue par sa femme qui est romancière et auteur de contes pour enfants, et leur fille Caroline, animatrice sur la radio France-inter et auteur sous le nom de Kriss et Kriss Graffiti. Cette activité culturelle s’exerce à partir du Théâtre de l’Ouest parisien à Boulogne-Billancourt. Dans sa prime jeunesse au Caire, Nadine Gorse a fréquenté la bonne société égyptienne et protégée du palais du roi Farouk ; elle a grandi ensuite à Beyrouth.

Georges Gorse et ses proches sont très attentifs au conflit entre Israël et les Palestiniens, penchant vers la cause arabe tout en veillant à la perdurée de la présence juive. Ainsi George Gorse a gardé contact avec Henri Curiel et son groupe. Plus encore, quand Mohamed Boudia*, qui avait été le premier directeur du Théâtre national algérien à l’indépendance sous le regard de l’ambassadeur Georges Gorse, est voué à l’exil après le coup d’état militaire de 1965, celui-ci trouve refuge dans les milieux de théâtre de Paris dont il est familier depuis sa jeunesse. Le conseiller général et député maire va l’abriter en lui attribuant la fonction d’administrateur de ce Théâtre de l’Ouest parisien à Boulogne-Billancourt. Georges Gorse n’ignore rien de l’action de l’OLP et de son partage entre partis et courants. Mohamed Boudia* a fait le choix révolutionnaire du Front populaire de libération de la Palestine et s’active dans son réseau clandestin d’approvisionnement d’armes en Europe. Il est tué le 28 juin 1973 au quartier latin à Paris par une bombe, en ouvrant sa voiture ; l’attentat est attribué au Mossad, service de l’État israélien.

Georges Gorse est devenu ministre du Travail du 5 avril 1973 au 27 mai 1974 dans le cabinet Messmer. En 1974, il soutient Jacques Chaban-Delmas pour le premier tour de l’élection présidentielle, puis se rallie à Giscard d’Estaing pour le second tour. Ce dernier, une fois élu, lui confie diverses missions de second ordre, en Afrique et surtout au Moyen-Orient, notamment au Liban au début de la guerre civile en 1976.

Réélu député UDR en 1968, Georges Gorse siège à la commission des Affaires étrangères. Il succède à Yves Chataigneau, décédé, à la présidence de l’Association culturelle franco-libanaise en avril 1970. Il préside aussi le Mouvement pour l’indépendance de l’Europe fondé en 1971, favorable à la construction d’une Europe des Nations. Il devient aussi président de l’Association France-Algérie en 1972-1973.

Il abandonne son dernier mandat de conseiller général de Boulogne-Billancourt en 1988. À sa mort en 2002, il est enterré à Prunay-en-Yvelines aux côtés du cercueil de sa fille, morte d’un cancer.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151443, notice GORSE Georges, Achille, Léon, Joseph [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 24 décembre 2013, dernière modification le 16 septembre 2018.

Par René Gallissot

ŒUVRE : Georges Gorse, Je n’irai pas à mon enterrement, Plon, 1992.

SOURCES : Arch. Nat. de France, F/1cII/127/A, F/1a/3372, CAC, 19850085/15, n° 4871. — Arch. de l’OURS, dossiers Vendée. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967, documentation exploitée par Gilles Morin pour la notice du DBMOMS, op. cit., tome 6, Paris, 2007. — Confidences de Charles-André Julien dans les années-1960-1970 et rencontre de René Gallissot avec Georges Gorse, ambassadeur en 1963 à Alger — Éric Duhamel, L’UDSR, 1945-1965, thèse d’histoire, Paris IV, 1993. — Noëlline Castagnez, Socialistes en République. Les parlementaires SFIO de la IVe République, Presses universitaires de Rennes, 2004. — René Gallissot, Henri Curiel. Le mythe rapporté à l’histoire, Riveneuve éditions, Paris 2009.

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