BELGHOUL Rabah, Ahmed [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 20 juin 1896 à Hammam Bou Hadjar (ancien dép. d’Oran) ; travailleur émigré en région parisienne, puis commerçant ; syndicaliste CGTU, homme de liaison avec l’Emir Khaled* notamment pour sa conférence du 19 juillet 1924 à Paris sous patronage communiste, accompagnant la fondation de l’Étoile Nord africaine à partir de l’Union intercoloniale ; expulsé d’Algérie en 1926, ne suivant pas Messali* dans la refondation de l’ENA en 1933, mais resté le correspondant de l’Emir Khaled* ; faisant de son hôtel-restaurant Le Hoggar à Paris, un lieu de passage des hommes politiques algériens avant de s’établir en Suisse.

Ahmed Belghoul arrive en France en 1916 ; a-t-il été réquisitionné parmi les 80.000 jeunes hommes en Algérie recrutés comme travailleurs coloniaux par le Ministère de l’armement tenu par le social-patriote SFIO Albert Thomas ? Après la guerre, il se trouve à Paris et s’emploie, comme il peut, entre travail ouvrier et petits commerces. Il fréquente aux débuts des années 1920, la maison des syndicats de la rue de la Grange aux Belles (Paris 10e) qui est le siège de la CGTU.

C’est là sous l’impulsion du communiste Hadj Ali* que se réunit la Section nord-africaine de l’Union intercoloniale, organisation dirigée par les communistes à l’adresse des originaires des colonies et qui publie le journal Le Paria. Il n’est pas sûr qu’Ahmed Belghoul ait adhéré au PC, mais sur le tard, il s’est lui même bâti une légende en se couvrant du parrainage de l’Émir Khaled* pour avoir participé dès 1924 à la création de l’Étoile Nord-africaine qui aurait été fondée par l’Émir lui-même. En fait l’Étoile Nord-africaine n’est constituée comme telle qu’en 1926 par autonomisation de la section nord-africaine de l’Union intercoloniale. Interrogé par l’historien Mahfoud Kaddache, bien après l’indépendance algérienne, A. Belghoul au mérite surfait de sa propre influence, croit bon de prêter un grand rôle, voire un engagement révolutionnaire à l’Émir Khaled*, en en faisant le père fondateur du nationalisme algérien avant Messali donc, et déjà le précurseur en lui attribuant la création de l’ENA.

En 1924, Ahmed Belghoul se présentait comme le fondé de pouvoir de l’Émir ; il assure les liaisons dans la préparation et la tenue de la fameuse conférence, salle Blanqui le 19 juillet 1924 sous l’égide de l’Union intercoloniale et la présidence d’Hadj Ali* . L’Humanité célèbre l’alliance avec les communistes ; le texte diffusé par les communistes sera ensuite publié en plaquette en Algérie par la revue de Victor Spielmann* Trait d’Union, alors membre du Parti communiste et bête noire des colons. Pour le parti colonial et les services de police, il y a collusion du bolchevisme et de la trahison de Khaled, et A. Belghoul est un agent communiste. Cependant l’Emir Khaled* veillera par la suite à conserver ses distances ; malgré de nombreux appels à prendre position sur le soulèvement druze en Syrie-Liban et de soutien à Abdelkrim, A. Belghoul n’obtiendra jamais de l’Emir retourné en Orient ou repassant en France, de venir à un meeting de l’ENA ou même d’envoyer un message ; c’est l’ENA qui invoque Khaled en lui attribuant une présidence d’honneur.

En août 1926, Ahmed Belghoul revient avec sa future femme dans son village natal de l’Oranie ; il est arrêté pour « propagande communiste » et interné cinq mois à la prison voisine d’Aïn El Arba. Après avoir pensé le retenir par une « mise sous surveillance spéciale », le Gouvernement général préfère l’expulser en décembre 1926 en le menaçant d’arrestation s’il tentait de revenir en Algérie. De retour à Paris, Ahmed Belghoul épouse quelque temps après, sa compagne, une enseignante française ; il sollicite l’accession à la qualité de citoyen français le 20 avril 1929, ce que l’on appelle abusivement naturalisation, mais qui implique de renoncer au statut musulman, ce que l’Emir Khaled* notamment a toujours refusé de faire. Sa demande est rejetée « en raison de ses antécédents » selon le commentaire de la police. Il refera un court séjour familial au village en avril-mai 1932 ; la police surveille son retour par le Maroc et l’Espagne.

En janvier 1929, selon les notes de Messali dans ses cahiers, A. Belghoul proteste contre l’annonce de la participation de l’Émir Khaled* sur l’affiche du prochain meeting de l’Étoile ce qui était une pratique abusive habituelle. Il se présente comme le mandataire de l’Émir. Bien que son nom figure peu après comme membre du Comité central de l’ENA pour la première et unique fois et peut-être est-il mis pour le retenir, c’est alors qu’Ahmed Belghoul donne sa démission de l’Étoile, comme il le confirmera au procès de l’ENA en 1935.
En 1929, Messali s’éloigne du PC en tirant l’ENA toute affaiblie par la dissolution et la répression, sur ses positions de la transformer en parti indépendant, ce qu’il proclamera en 1933. Ahmed Belghoul n’en conserve pas moins des relations personnelles et apporte des aides à des militants poursuivis ; il participe même aux souscriptions de l’ENA. Homme de contact entre toutes les tendances politiques, il reçoit facilement chez lui au 23, rue de Chéroy (Paris 17e) où il habite depuis 1932. Il est alors chauffeur d’un Américain et adhérent du syndicat CGTU des chauffeurs. Il demeure le correspondant de l’Emir Khaled* qui par lettre du 15 juin 1934 en fait son « porte-parole et représentant exclusif ». Au reste, A. Belghoul lance un Comité d’action pour le retour de l’Émir Khaled.

C’est en 1935 qu’il reprend une épicerie et des logements situés au 67, rue Monsieur Le Prince, au quartier latin, dont il fera l’hôtel restaurant Le Hoggar, lieu de passage des commerçants, des intellectuels et des politiques algériens. Messali* y rencontrera Ferhat Abbas. En 1936, il est vice-président du Cercle de l’éducation de Paris, qui est une création de l’Association des Oulémas. Après la mort de l’Émir Khaled* en 1936, il intervient en 1937 auprès des autorités françaises, peut-être auprès du socialiste Pierre Viénot membre du gouvernement de Front populaire, pour accueillir à Paris Abdel Kader, le fils cadet de l’Emir, mais il ne peut faire débloquer le passeport pour qu’il puisse quitter la Syrie. Toujours selon la police, il aurait donné son adhésion en 1938 au PPF de Jacques Doriot qu’il avait connu lors de la campagne des Jeunesses communistes contre la guerre du Rif en 1924-1925.

Si son restaurant Le Hoggar ne cesse d’être réputé, l’activité politique publique d’Ahmed Belghoul semble ensuite suspendue. Pendant la guerre, non pas qu’il entre en collaboration ouverte avec les Allemands, il prend soin cependant de se couvrir en pratiquant à grands profits, le marché noir. Après guerre, il s’installe à Montreux en Suisse, ayant acquis un commerce puis un restaurant où se croisent à nouveau les dirigeants politiques algériens. Ce sont les débats suscités par ses interviewes fort contradictoires et de propos controuvés, qui feront reparler de lui dans les années 1970 . Voir dans les sources, l’article de mise au point de J.-L. (Omar) Carlier.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151449, notice BELGHOUL Rabah, Ahmed [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 24 décembre 2013, dernière modification le 16 novembre 2020.

Par René Gallissot

SOURCES : Arch. Nat. France, Paris, F7 12 952. — Arch. d’Outre-mer, Aix-en-Provence, 9H30, 9H42.-Arch. d’Outre-mer, Paris, SLOTFOM, série 3, carton 45, série 5, carton 11. — Arch. de la Préfecture de police, Paris, rapport de 1934 sur l’E.N.A. — Messali Hadj, Mémoires, inédit, cahier n°6, 8 et 9. — Jean-Louis Carlier, « La première Étoile Nord-africaine 1926-1939 » , Revue algérienne des Sciences juridiques, économiques et politiques, n°4, 1972, Alger. — M. Bouayed, L’Histoire par la bande. Entretien avec Banoune Akli et Amar Khider, SNED, Alger 1974. — B. Stora, Dictionnaire biographique des militants nationalistes algériens, op. cit. — M. Guennanèche et M. Kaddache, L’Etoile Nord-Africaine, 1926-1937, O.P.U., Alger 1984. — A. Koulakssis et G. Meynier, L’Emir Khaled, premier Za’im ? l’Harmattan, Paris, 1987. — Parcours, op.cit., n°18, 1993, notice d’A. Caudron et M.Guenaou. — O. Carlier, Entre nation et Jihad, op .cit.

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