GREKI Anna, pseudonyme littéraire de GREGOIRE Colette [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Née le 14 mars 1931 à Batna, morte à Alger le 6 janvier 1966, Anna Colette Grégoire, appelée le plus souvent Colette Grégoire, signant ses poèmes Anna Greki, qui est peut-être la contraction de son nom propre et de celui de son compagnon lui aussi communiste, Jean Melki : Grégoire-Melki ; arrêtée en 1957 et expulsée en 1958 pour ses activités clandestines pour le PCA ; mariée en 1960 avec J. Melki, un enfant.

Les parents étaient un couple d’instituteurs, fort républicains français, exerçant en poste double. Anna, Colette Grégoire suit d’abord à l’école primaire auprès d’eux à Batna, puis à Menaâ où elle passe une partie de son enfance, à Philippeville (Skikda) ensuite. C’est au lycée de cette ville qu’elle fait ses études secondaires, elle est bachelière à seize ans. Elle part à Paris suivre des études de lettres à la Sorbonne.

Le début de la guerre de libération la fait rentrer en Algérie. Elle devient institutrice à Collo puis à Bône (Annaba) ; l’interdiction du PCA en septembre 1955 la mêle au travail clandestin. Le couple Melki-Grégoire est à Bône, le point d’appui du réseau de distribution des tracts et de la presse communiste, notamment de La Voix du Soldat à destination des soldats français.

L’activité clandestine se poursuit à Alger où elle exerce comme institutrice ; avec une collègue et amie, Claudine Lacascade, elle loue une maison, la Villa Mireille puis un appartement à El Biar qui servent aux rencontres et à l’hébergement des dirigeants du PCA. L’activité de la Villa Mireille est découverte lors de la campagne de répression et de traque par les parachutistes français qui mettent fin à la grève de huit jours, fin janvier-début février 1957. Colette Grégoire plonge dans la clandestinité complète puis se replie chez ses parents à Bône qui croient arranger les choses pour son retour à Alger.

Arrivant à la gare d’Alger, Colette Grégoire est arrêtée le 21 mars 1957, « interrogée » à la Villa Sésini et emprisonnée à Barberousse (Serkadji). Après plus d’une année, elle est transférée au camp de Beni-Messous pour être, le 17 décembre 1958, expulsée sur la France car elle est citoyenne française. Elle est institutrice en Avignon de 1959 à 1961. Elle gagne alors Tunis se mettant au service du FLN.

C’est à Tunis, qu’elle rassemble ses poèmes dans le recueil Algérie, capitale Alger (1ère édition SNED, Tunis). À l’exemple du poète communiste français Paul Eluard, elle chante la Résistance et les souffrances de la lutte de libération. Elle célèbre les héros communistes (Pour Ahmed Inal et Pour Jacqueline Guerroudj. Les noms des camps dessinent la carte de géographie de l’Algérie. Ce qui est neuf, c’est qu’elle parle d’une voix de femme et pour les femmes algériennes ; elle dit cette Algérie, corps déchiqueté torturé mais vivant « saignant sur la terre orange où nous sommes nés ». En effet, elle croit en cette Algérie algérienne où « elle est ensemencée », cette nation faite de sang, « sang paysan et sang citadin », et « sang d’Algérie qui vient de France », « sang de partout pour que le seul cœur batte à ne jamais se rompre Celui d’un peuple puissant et énigmatique ». Sa sensibilité porte au plus vif, ce désir d’appartenance à une Algérie faite de toutes les mixités et qui se défait.

Après l’indépendance à Alger, elle ose revendiquer l’égalité pour les femmes et défier le code de la citoyenneté-nationalité qui reprend le statut musulman de discrimination coloniale et fait d’elle « une étrangère en son pays ». Elle termine sa licence de littérature française et enseigne au Lycée Abdelkader (ex-Bugeaud) ; elle participe à l’effervescence des revues Novembre et Révolution africaine dirigée par Mohammed Harbi. Elle meurt brutalement le 6 janvier 1966 à Alger laissant ses poèmes et un roman inachevé.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151457, notice GREKI Anna, pseudonyme littéraire de GREGOIRE Colette [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 24 décembre 2013, dernière modification le 24 décembre 2013.

Par René Gallissot

ŒUVRES : Algérie, capitale Alger, Deuxième édition, préface de Mostefa Lacheraf, P.J. Oswald, Paris, 1963. — Temps forts, poèmes, Présence Africaine, Paris, 1966.

SOURCES : Algérie Actualités, 9-15 janvier 1972. — A. Dore-Audibert, Des Françaises d’Algérie dans la guerre de libération, Karthala, Paris, 1995. — A. Cheurfi, Écrivains algériens. Dictionnaire biographique, Casbah-Éditions, Alger, 2003.

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