BELLISSANT Roger [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né en 1900, vraisemblablement en Seine-et-Marne ou dans la Marne (France), mort en 1985, retraité à Mougins (Alpes-Maritimes, France) ; à partir de 1930, instituteur communiste en Oranie, à Tlemcen en 1937, organisateur des sociétés musicales et chorales ; beau-père de l’écrivain Mohamed Dib.

En retraite, Roger Bellissant a consacré une plaquette d’hommage à son arrière grand-père : Antoine Rémy Bellissant. Instituteur républicain sous le second Empire (17 p., 1971), qui fut instituteur en Seine-et-Marne et avait été emprisonné en 1851 après le coup d’État de Louis Bonaparte à la prison de Coulommiers. La première série du Maitron évoque cet instituteur militant : Antoine-Rémy Bellissant (1811-1897).

Roger Bellissant passera par l’École normale d’instituteurs de Châlons-sur-Marne (1915-1918) ; il est instituteur avec son épouse dans le département voisin de l’Aisne jusqu’en 1930 avant de partir en Algérie. Après cinq années en poste à Oran puis deux ans à Aïn-el-Turk, les Bellissant font la rentrée des classes à Tlemcen en octobre 1937. Mme Bellissant dirige l’école maternelle au centre de la ville, et les Bellissant habitent le logement de fonction au-dessus de l’école.

Très vite, Roger Bellissant est détaché à l’enseignement de la musique dans toutes les écoles de la ville « qui le voyait, son étui de violon à la main arpenter les rues matins et après-midi avec sa jambe raide » (M.Dib). La musique classique le faisait fréquenter les dames de la bonne société européennne ; pour la société Arts et Sciences de Tlemcen, il organisait des concerts au grand hôtel situé au dessus de la ville ou au Théâtre sur la place ; il fit ainsi venir à Tlemcen, tout jeune, Samson François pour jouer Chopin ou les Tortelier et Serge Prokofiev même. Communiste mais restant entre amis, ne fréquentant pas les cafés, aimablement, il pouvait se permettre deglisser L’Humanité dans les réunions, généralement musicales, de la bonne société. À la chorale des écoles qu’il dirige de 1944 à 1955, il fit chanter une chanson composée par son grand-père évoquant son emprisonnement : L’oiseau captif.

Au souvenir de Mohamed Dib, à cinquante ans de distance : « Au terme de chaque année scolaire, nous étions des milliers d’enfants, garçons et filles, à être conduits par nos maîtresses et nos maîtres respectifs, un dimanche matin, sur les deux places contigües de la ville qui n’en formaient qu’une en réalité…, nous entonnions d’une même voix sur l’air de l’Ode à la joie : Gloire -à toi, gloire – à toiChère éco-le – laï-que… » Roger Bellissant dirigeait depuis l’étage du kiosque à musique. « C’était grandiose. Nous-mêmes les tout-petits, l’émotion nous prenait à la gorge. »Si dans son dernier livre inachevé, Laëzza, Mohamed Dib évoque ces belles heures de Tlemcen dans les années 1930, ce n’est qu’en 1946 ou 1947, à 26 ou 27 ans, qu’il entrera vraiment en relation avec Roger Bellissant dont il épousera la fille Colette, plus jeune de dix ans, en 1951.

Par ailleurs et aurparavant, au moment du Front populaire et du Congrès musulman rassemblant PCA, CGT, Association des Oulémas et une partie de la gauche socialiste, la chorale ouvrièreen tête des défilés du 1er Mai et d’autres manifestations, exécutait l’Internationale chantée en français et en arabe algérien sur orchestration algérienne donc. Dansles rues de Tlemcen, les partisans des Oulémas et les communistes et syndicalistes marchaient sous les drapeaux rouges ; les messalites déployaient le drapeau vert et blanc algérien. Beaucoup de nationalistes de Tlemcen, élèves des chorales de Roger Bellissant, conservent la nostalgie de cette Algérie algérienne.
En 1957, R. Bellissant prit sa retraite à Mougins sur la Côte d’azur.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151498, notice BELLISSANT Roger [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 25 décembre 2013, dernière modification le 16 novembre 2020.

Par René Gallissot

SOURCES : Correspondance de J. Girault avec R. Bellissant. — Portrait esquissé par Mohamed Dib dans son texte inachevé de publication posthume : Laëzza, Albin Michel, Paris, 2006. — Correspondance pour mise au point, de Colette Dib-Bellissant, La Celle Saint-Cloud, dernière maison de Mohamed Dib, du 20 janvier 2008.

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