BELLISSANT Roger, Georges [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 6 juillet 1900 à Viels-Maisons (Aisne), mort le 26 avril 1985 à Mougins (Alpes-Maritimes) ; à partir de 1930, instituteur communiste en Oranie, à Tlemcen en 1937, organisateur des sociétés musicales et chorales ; beau-père de l’écrivain Mohamed Dib.

Roger Bellissant naquit dans le village où était mort son arrière grand-père Antoine, Rémy Bellissant. En retraite, il consacra une plaquette d’hommage à cet ancêtre, instituteur républicain en Seine-et-Marne sous le Second Empire, qui avait été emprisonné en 1851 à la prison de Coulommiers, après le coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte et avait été ensuite communard.

Roger Bellissant passa par l’École normale d’instituteurs de Châlons-sur-Marne (1915-1918). Il devint instituteur avec son épouse dans son département natal voisin de l’Aisne jusqu’en 1930, avant de partir en Algérie. Après cinq années en poste à Oran puis deux ans à Aïn-el-Turk, les Bellissant effectuèrent la rentrée des classes à Tlemcen en octobre 1937. Mme Bellissant dirigeait l’école maternelle au centre de la ville, et les Bellissant habitaient le logement de fonction au-dessus de l’école.

Très vite, Roger Bellissant fut détaché à l’enseignement de la musique dans toutes les écoles de la ville « qui le voyait, son étui de violon à la main arpenter les rues matins et après-midi avec sa jambe raide » (M.Dib). La musique classique le faisait fréquenter les dames de la bonne société européenne ; pour la société Arts et Sciences de Tlemcen, il organisait des concerts au grand hôtel situé au dessus de la ville ou au Théâtre sur la place ; il fit ainsi venir à Tlemcen, tout jeune, Samson François pour jouer Chopin ou les Tortelier et Serge Prokofiev même. Communiste mais restant entre amis, ne fréquentant pas les cafés, aimablement, il pouvait se permettre de glisser l’Humanité dans les réunions, généralement musicales, de la bonne société. À la chorale des écoles qu’il dirigea de 1944 à 1955, il fit chanter une chanson composée par son grand-père évoquant son emprisonnement : L’oiseau captif.

Au souvenir de Mohamed Dib, à cinquante ans de distance : « Au terme de chaque année scolaire, nous étions des milliers d’enfants, garçons et filles, à être conduits par nos maîtresses et nos maîtres respectifs, un dimanche matin, sur les deux places contigües de la ville qui n’en formaient qu’une en réalité…, nous entonnions d’une même voix sur l’air de l’Ode à la joie : Gloire -à toi, gloire – à toi Chère éco-le – laï-que… » Roger Bellissant dirigeait depuis l’étage du kiosque à musique. « C’était grandiose. Nous-mêmes les tout-petits, l’émotion nous prenait à la gorge. » Si dans son dernier livre inachevé, Laëzza, Mohamed Dib évoquea ces belles heures de Tlemcen dans les années 1930, ce n’est qu’en 1946 ou 1947, à 26 ou 27 ans, qu’il entra vraiment en relation avec Roger Bellissant dont il épousa la fille Colette, plus jeune de dix ans, en 1951.

Par ailleurs et auparavant, au moment du Front populaire et du Congrès musulman rassemblant PCA, CGT, Association des Oulémas et une partie de la gauche socialiste, la chorale ouvrière en tête des défilés du 1er Mai et d’autres manifestations, exécutait l’Internationale chantée en français et en arabe algérien sur orchestration algérienne donc. Dans les rues de Tlemcen, les partisans des Oulémas et les communistes et syndicalistes marchaient sous les drapeaux rouges ; les messalites déployaient le drapeau vert et blanc algérien. Beaucoup de nationalistes de Tlemcen, élèves des chorales de Roger Bellissant, conservaient la nostalgie de cette Algérie algérienne.

En 1957, Roger Bellissant prit sa retraite à Mougins sur la Côte d’azur.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151498, notice BELLISSANT Roger, Georges [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 25 décembre 2013, dernière modification le 10 septembre 2021.

Par René Gallissot

SOURCES : Correspondance de J. Girault avec R. Bellissant. — Portrait esquissé par Mohamed Dib dans son texte inachevé de publication posthume : Laëzza, Albin Michel, Paris, 2006. — Correspondance pour mise au point, de Colette Dib-Bellissant, La Celle Saint-Cloud, dernière maison de Mohamed Dib, du 20 janvier 2008.

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