BENDAOUD Larbi [Dictionnaire Algérie]

Par Laure Pitti

Né le 29 février 1922 à Seddouk, commune mixte d’Akbou (arrondissement de Tizi-Ouzou), mort à Alger au début des années 1990 ; émigré en région parisienne, délégué CGT du personnel de l’usine Renault de Billancourt ; membre de la Fédération de France du MTLD, fondateur de la section MTLD de chez Reanult ; un des premiers cadres de la Fédération de France du FLN dès 1955.

Ayant quitté Alger pour la métropole après la deuxième guerre mondiale, à l’issue de sa démobilisation tardive en mars 1946, Larbi Bendaoud commence par travailler chez Citroën quai de Javel à Paris comme débardeur de juin à août 1946. Puis il entre chez Renault à Boulogne-Billancourt, fin août 1946, où il travaille jusqu’en janvier 1957 comme MGT (Manœuvre Gros Travaux) puis OS (Ouvrier spécialisé) au département fonte malléable-acier coulé des fonderies, secteur de l’usine où était alors employée une très forte proportion d’Algériens. Il y assume rapidement des responsabilités syndicales au sein de la CGT : il est élu délégué du personnel aux fonderies sur la liste CGT pour la première fois en 1949 et réélu chaque année jusqu’en 1957. En septembre 1952, il est, avec Arezki Ziani*, l’un des deux militants désignés au sein de la Commission nord-africaine du syndicat pour assister aux réunions de branche ; en 1955, il figure dans la délégation de Renault au Congrès confédéral.

Son militantisme syndical se double d’un engagement nationaliste d’abord hors de l’usine puis en son sein. Cadre de la Fédération de France du MTLD, il est comme Slimane Ben Rahou*, l’un des artisans du rapprochement entre CGT et MTLD au tout début des années 1950. Avec Saïd Oukaci*, il est l’un des délégués des “Nord-Africains” de Renault à la IVe Conférence Régionale des Travailleurs Nord-Africains, préparée de conserve par le MTLD et la CGT qui réunit plus de 1.000 délégués le 3 décembre 1950 à Paris.
À Renault, il devient la figure de proue du MTLD à l’occasion du climat de forte mobilisation des premiers mois de 1952 où la CGT et le PCF notamment appellent à des manifestations et grèves contre le fascisme, l’impérialisme et la misère. Il fonde la “section MTLD de chez Renault” dans la suite de la grève du 12 février 1952 déclenchée en réaction à l’interdiction de la manifestation de commémoration des journées antifascistes de février 1934, dont il a signé l’appel comme “ouvrier MTLD”. C’est au nom du MTLD qu’il participe au Comité de solidarité aux sanctionnés de la Régie Renault qui se mobilise contre les licenciements massifs qui sanctionnent les grévistes, et qu’il participe aux manifestations qui scandent la vie de l’usine jusqu’en juin 1952.

Ce militantisme lui vaut avertissements écrits et journées de mise à pied de la part de la Direction du Personnel de l’entreprise. Il est également très actif, vraisemblablement via cette section MTLD de chez Renault, dans l’appel à la grève que le mouvement nationaliste lance pour le 23 mai 1952 contre l’assignation à résidence de Messali Hadj* et la répression en Afrique du Nord. Cette grève dont le succès tout relatif (16% de grévistes sont recensés parmi les ouvriers “nord-africains” par la Direction du personnel) témoigne du caractère d’avant-garde du MTLD au sein de l’usine. Larbi Bendaoud est à cette occasion sanctionné plus durement que les autres grévistes (écopant d’un “dernier avertissement avant renvoi” et d’une journée de mise à pied là où la très grande majorité des grévistes est frappée d’un avertissement écrit).
Dans la crise qui secoue le MTLD en 1953-1954, au cours de laquelle d’ailleurs la section MTLD de chez Renault entre en sommeil, jusqu’à tout bonnement disparaître, Larbi Bendaoud prend parti pour les centralistes à la différence de Slimane Ben Rahou* ou Abdelkader Zellouf*, autres militants du MTLD chez Renault, qui optent quant à eux le premier pour Messali, le second pour les activistes.

Aux lendemains de l’insurrection, il fait partie du petit groupe d’hommes en métropole (quelques dizaines selon Benjamin Stora) qui se rassemblent, début 1955, et constituent la première ossature de ce qui deviendra véritablement en 1956, la Fédération de France du FLN. À Renault, il participe à la structuration d’un noyau FLN sous le paravent de la Commission nord-africaine de la CGT en avril 1956, qui réunit d’ex-militants du MTLD comme Slimane Ben Rahou* et des militants en rupture de ban avec le PCF, tel Laïfa Lattad*, Arezki Ziani* ou Omar Ouhadj*, futur dirigeant de l’AGTA. Il participe à la grève du 5 juillet 1956, première grève appelée par le FLN sur le mot d’ordre d’indépendance.
Le 15 janvier 1957, il est arrêté aux portes de l’usine, incarcéré à Fresnes et transféré une semaine plus tard à la prison de Barberousse à Alger. Jugé le 5 février 1957, il bénéficie d’un non-lieu en dépit duquel il est interné dans le camp de Paul Cazelles (Ain-Oussera) près de Médéa. Transféré en 1958 au centre d’hébergement de Bossuet (Dhaya) en Oranie, il y est maintenu jusqu’en février 1960, puis assigné à résidence à El Biar à Alger, avant d’être de nouveau interné en janvier 1961. En dépit de la mobilisation du Comité pour la Défense et la Libération des ouvriers algériens de chez Renault arrêtés en janvier 1957, animé notamment par Claude Poperen (pour la CGT) et Robert Lucente (pour la CFTC), et des campagnes de presse dans L’Humanité, Larbi Bendaoud ne sera libéré qu’à l’indépendance. Il demeure alors à Alger où il travaille à la CARAL (Compagnie Automobile Renault Algérie).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151546, notice BENDAOUD Larbi [Dictionnaire Algérie] par Laure Pitti, version mise en ligne le 26 décembre 2013, dernière modification le 18 août 2017.

Par Laure Pitti

SOURCES : Arch. Régie Nationale des Usines Renault, fichier du personnel, Contrat d’embauchage de Larbi Bendaoud, 29 août 1946, classement SGA, service 07.16 ; Relations de travail, dossiers n°120, 119, 166 et 167. — Arch. du syndicat CGT de Renault-Billancourt, dossiers “affaires des Algériens arrêtés” (1952-1961) et “élections des délégués du personnel”, 1950-1957. — Arch. privées d’Henri Benoits*. — Entretiens avec Henri Benoits, Issy-les-Moulineaux, 11 mars 1993, avec Claude Poperen, Paris, 4 juillet 2001, avec Arezki Ziani, Alger, 22 septembre 2003. — L. Pitti, Ouvriers algériens de Renault, thèse, op.cit. — B. Stora, Ils venaient d’Algérie. L’immigration algérienne en France, 1912-1992. Fayard, Paris, 1992. — Linda Amiri, La Fédération de France du Front de libération nationale (FLN). Des origines à l’indépendance (1926-1962). Thèse, Institut d’Études politiques de Paris soutenue le 5 juin 2013.

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