BÉNISTI Louis [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 15 mai 1903 à Alger, mort le 1er mai 1995 à Evian-les-Bains ( Haute-Savoie) ; dessinateur et sculpteur, appartenant au groupe des artistes et intellectuels communistes animant la Maison de la culture d’Alger en 1936-1937 ; enseignant dans un lycée d’Alger jusqu’en 1972.

Louis Bénisti dans son atelier

D’une famille juive d’Alger, de pleine citoyenneté française donc, après des études secondaires, Louis Bénisti est d’abord artisan en joaillerie. En 1928, abandonnant la bijouterie, il fréquente l’académie d’art du peintre catalan Alfred Figueras, alors réfugié politique à Alger. En 1934, il reçoit une bourse du Gouvernement général pour aller à la Villa Velazquez à Madrid, pension du ministère français des Affaires étrangères pour le séjour d’artistes. Il s’adonne à la sculpture mais comme un dessin se vend mieux qu’un bronze, il vivra plus encore de ses dessins. À son retour à Alger, il devient professeur de dessin au lycée de Maison-Carrée (El Harrach). Il fait sa première exposition à la librairie-galerie Les Vraies Richesses d’Edmond Charlot, rue Charras à Alger.Il participe comme accessoiriste aux spectacles des troupes théâtrales dirigées par Albert Camus. (Théâtre du Travail puis théâtre de l’Équipe).
Il fait partie du milieu des artistes qui accompagnent le mouvement culturel de la gauche et du Front populaire avec les peintres Sauveur Galliero et Jean Pandrigue de Maisonseul.

Il est actif dans le groupe porteur de la Maison de la culture d’Alger dont le secrétaire est Roland Rhaïs, fils de rabbin et de la romancière alors célébre, Elissa Rhaïs, peintre lui aussi et revenu communiste de Paris à Alger. Louis Bénisti est, comme Albert Camus et ses amis, sympathisant communiste, mais il n’adhère pas au PCA et reste toujours fidèle à ses amis, communistes ou non, après que Camus ait été exclu du parti

À cette époque, son frère, Lucien Bénisti qui tient une pharmacie à Becourt, auraient fourni quelquefois en drogue Albert Camus pour sa compagne Simone Hié, sans cesse en manque. Jouant au séducteur, Albert Camus* a épousé cette mondaine de famille bourgeoise huppée d’Alger, en l’enlevant à cet autre dandy qu’est le poète Max-Pol Fouchet qui, lui, est socialiste SFIO. En 1938, Louis Bénisti part pour Paris où il reste jusqu’à l’ouverture de la guerre. En 1941, quand Albert Camus* se replie à Oran dans sa nouvelle belle-famille, les Faure, de bourgeoisie honorable et vertueuse, il accueille un temps Louis Benisti qui vient de se marier en 1942.

Après guerre, Louis Benisti poursuit son œuvre artistique et expose entre Oran et Alger, se vouant à la peinture ; il fait partie du groupe d’artistes qui s’est re-formé autour de Jean de Maisonseul. Il expose régulièrement à la Galerie Comte-Tinchant, dirigée par Edmond Charlot. Il retrouve son emploi de professeur de dessin dans les lycées d’Alger. Depuis 1947, il est un proche du poète Jean Sénac. En 1961, septième année de guerre coloniale française et d’indépendance algérienne, il est l’auteur de la stèle d’hommage à Albert Camus, érigée à Tipaza face au mont Chenoua. Demeurant en Algérie après l’indépendance, il s’installe à Aix-en-Provence en 1972, continuant à peindre et à scrpter et aussi à écrire ses souvenirs jusqu’à sa mort en 1995.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151568, notice BÉNISTI Louis [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 26 décembre 2013, dernière modification le 17 août 2021.

Par René Gallissot

Louis Bénisti dans son atelier
Sculpture représentant son ami le peintre Jean Pandrigue de Maisonseul (Bénisti, plâtre 1934).
Clichés communiqués par Jean-Pierre Bénisti.

SOURCES : Herbert R. Lottman, Albert Camus, Le Seuil, Paris, 1978. — Olivier Todd, Albert Camus, une vie. Gallimard, Paris, 1996. — Max-Pol Fouchet, Mémoires parlés. Un jour je m’en souviens, Mercure de France, Paris 1968. — "Spécial Louis Benisti, écrivain, peintre et sculpteur", Algérie Littérature/Action, n° 67-68, janvier-février 2003, Paris. — Notes de Jean-Pierre Benisti, avril 2021. — Louis Bénisti, Au soleil sans chapeau, Marsa, Paris 2007 ; réédition El Khalima ; Alger 2013. — Louis Bénisti, On choisit pas sa mère, souvenirs sur Albert Camus, L’Harmattan, Paris , 2016. — Agnès Spiquel et Christian Phéline, Camus, militant communiste. Alger 1935-1937, Gallimard, Paris, 2017. — Albert Camus, Correspondance avec ses amis Bénisti 1934-1958 , Bleu Autour., Saint Pourçain 2019.

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