BENKHEDDA Benyoucef [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 23 février 1920 à Berrouaghia, mort le 4 février 2003 à Alger ; pharmacien à Blida, dirigeant du MTLD (courant centraliste), à sa sortie de détention en mai 1955, responsable avec Ramdane Abane* du FLN à Alger, participe à la création de l’UGTA (février 1956) et aux négociations avec le PCA (mai-juin 1956) ; réfugié à Tunis, ministre des Affaires sociales du premier GPRA (1958) qui suit les questions syndicales ; président du second GPRA qui fait aboutir les Accords d’Evian et se met en retrait après l’indépendance dans la crise de l’été 1962.

Le père était magistrat à Berrouaghia ; après l’école primaire française et une forte instruction religieuse en langue arabe, le jeune Benyoussef Benkhedda entre aux Scouts musulmans. Le père étant décédé, c’est le frère aîné de dix ans plus âgé, qui gère la famille composée de trois garçons et une fille. Benyoucef Benkhedda est interne au collège colonial de Blida (lycée Duveyrier par la suite) ; sa promotion ne compte que quatre algériens (on dit indigènes) sur une trentaine d’élèves dont celui qui restera son compagnon de luttes et son ami, futur négociateur à Evian et ministre des Affaires étrngères, Saad Dahlab.

Les idéaux nationalistes de l’ENA entrent au collège sous l’influence d’un externe plus agé très démonstratif, Mohammed Lassaker qui arbore cravate verte avec croissant et étoile rouge, insigne de l’Étoile Nord-Africaine. Avec S. Dahlab, sous le patronage d’un aîné, Mohammed Lamine Debaghine qui sera un des dirigeants du MTLD (le docteur Debaghine), ils forment un noyau nationaliste rejoint par des élèves d’autres promotions notamment Ramdane Abane*, et des externes que sont M’hamed Yazid* et Ali Boumendjel*. Dans le temps d’exaltation du Front populaire et du Congrès musulman (1936-1937), par radicalisme nationaliste sensible au discours de Messali*, ces jeunes s’affirment très critiques des positions du PCA qui accepte des accomodements avec la domination française. Le frère cadet de B. Benkhedda qui passe par le même lycée, n’en deviendra pas moins un militant et un responsable communiste.
Etudiant à la Faculté de médecine et pharmacie d’Alger, membre du PPA clandestin, après le débarquement allié de novembre 1942 qui relance l’appel à mobilisation des jeunes algériens dans l’armée française d’Afrique du Nord, B. Ben Khedda se refuse au service miliitaire ; arrêté pour insoumission, il purge huit mois de prison sans jugement. À sa sortie de prison, il reprend l’action clandestine au PPA et participe au comité de rédaction de La Nation algérienne, journal en français et El Maghreb el Arabi, en arabe ; il y rencontre Idir Aïssat* qui traite des problèmes syndicaux. En février 1947, il assite au congrès du PPA-MTLD qui décide la création de l’Organisation spéciale (OS) et met en place la Commision centrale des Affaires sociales et syndicales coordonnée par Idir Aïssar*. Il fait partie du Comité central du MTLD de 1948 à 1954.

Au congrès de scission, il est désigné au secrétariat du parti ; il appartientainsi au courant des centralistes qui s’opposent à Messali*, sont en contacts avec les activistes qui vont déclancher l’insurrection mais jugent qu’il ne faut pas céder à la précipitation faute de préparation. Leurs délégués envoyés au Caire (Hocine Lahouel et M’Hamed Yazid*) rallient cependant le FLN au lendemain de la proclamation du 1er novembre. Pour avoir publié une lettre ouverte à François Mitterrand, ministre venu en Algérie réaffirmer que l’Algérie értait françase, Ben Youssef Ben Khedda est arrêté le 25 novembre 1954 ; ilest libéré le 14 avril 1955. Il se joint à Ramdane Abane* qui va s’employer à coordonner l’action du FLN à Alger.

En contact avec Idir Aïssat*, c’est B. Benkhedda qui est appelé avec Ramdane Abane pour donner l’aval du FLN à la création de l’UGTA en réplique à la constitution de l’USTA par les messalistes du MNA ; la décision est prise dans une réunion tenue le 16 février 1956 à Alger au domicile de Boualem Bourouiba* qui présente le projet. B. Benkhedda suit l’action syndicale et après l’arrestation des membres du secrétariat de la centrale, préside la séance de travail du 24 mai 1956 qui met en place ce que l’on appelle le deuxième secrétariat.

C’est avec Ramdane Abane* qu’il conduit les négociations avec les dirigeants clandestins du PCA Bachir Hadj Ali* et Sadek Hadjerès* sur le ralliement des communistes en mai-juin 1956. L’enlèvement du camion d’armes par l’aspirant Henri Maillot* permet d’offrir un renfort. Mais Maurice Laban*, Maillot sont tués et le fragile maquis des Combattants de la libération dans l’Ouarsenis, dispersé. Plus que Ramdane Abane qui pensait confier des responsabilités à des dirigeants communistes algériens au titre du FLN, Benyoussef Benkhedda est intransigeant sur la dissolution du PCA en pur nationaliste soupçonneux d’un noyautage communiste possible. L’accord se fait sur le passage individuel des communistes à l’ALN.

C’est par une sorte de division du travail, que B. Benkhedda continue à suivre l’action syndicale jusqu’au Congrès de la Soummam en septembre 1956 qui confie cette mission à Mohamed Lebjaoui* et Amar Ouzegane*. Mais il conserve un regard sur les Affaires sociales en étant membre du premier Comité de coordination et d’exécution (CEE) du FLN. Après l’assassinat par des officiers de l’armée française de Larbi Ben Méhidi* en février 1957, R. Abane et B. Benkhedda replient la direction du FLN à Tunis.

C’est en fonction de ces antécédents et aussi pour avoir manifesté un intérêt prononcé pour les questions sociales, que dans le premier GPRA constitué à Tunis en septembre 1958, Benyoussef Benkhedda devient ministre des Affaires sociales. Dès le 12 octobre 1958, il réunit les cadres syndicalistes en exil pour redonner une direction à l’UGTA ; il est “le tuteur de l’UGTA” et pousse à la mise en place de commissions qui doivent établir un programme social pour la révolution algérienne.

Ce rôle et son attention aux problèmes sociaux lui valent la réputation de socialiste voire de doctrinaire marxisant et de pro-chinois, pour dire maoïste. En fait, selon la formule de Mohammed Harbi, “Benkhedda n’était ni marxiste, ni prochinois…plus croyant que citoyen, c’était un nationaliste radical, hostile à la lutte de classes, garant d’une certaine fermeté politique dans d’éventuelles négociations avec la France…”. La publication du Moudjahid est confiée à une équipe formée d’intellectuels ayant une connaissance marxiste certaine pour pouvoir damer le pion aux communistes.

En août 1961, B.Benkhedda succède à Ferhat Abbas à la tête du GPRA. Il se trouve aux prises avec la rebellion des colonels de l’Etat-major de l’ALN aux frontières en Tunisie et plus encore avoir la charge de conduire les négociations qui aboutissent à la signature des accords d’Evian le 18 mars 1962. C’est à l’équipe du Moudjahid qu’il demande de rédiger le programme de la conférence du FLN à Tripoli. Mais, après approbation de la charte, la conférence est abandonnée ; la course au pouvoir bat son plein.
Dans la crise de l’été 1962, Ben Khedda et le GPRA apparaissent comme les répondants légitimes du gouvernement d’indépendance lors des manifestations de masses qui scandent “Sept ans, ça suffit”. Pour éviter les affrontements sanglants, de retour à Alger avec ce qui reste du GPRA, Benyoussef Benkhedda déclare “Alger ville ouverte”, ce qui en fait ouvre la voie à l’installation du gouvernement et du bureau politique du FLN conduits par Ahmed Ben Bella appuyé par l’Etat-major et les troupes du colonel Boumédienne qui prend le ministère de la Défense nationale. Le président Ben Khedda se retire de l’action politique.

Ancien pharmacien à Blida, il reprend une pharmacie à Alger au quartier d’Hydra, qui sera nationalisée en 1976. C’est qu’il signe alors une protestation contre l’évolution du régime Boumédienne à la suite du Congrès du FLN qui proclame la nouvelle charte nationale du FLN. À la suite de la reconnaissance du pluralisme de partis qui suit les “émeutes d’octobre 1988”, il tente la formation d’un parti dénommé Ouma qui se donne pour nationaliste et islamique et qu’il dissoudra en 1997.

Dans ses ouvrages de témoignages parfaitement honnêtes, il voit l’histoire politique du FLN et de l’État algérien rythmée par une succession de coups d’État. Le premier qui initie toutes les dérives, est celui de l’assassinat de Ramdane Abane* par les chefs armés en mal de pouvoir, en décembre 1957 ; B. Benkhedda entend reprendre l’héritage politique d’Abane. Le second coup d’État est celui de l’élimination par la force du GPRA en 1962. Le colonel Boumédienne prend ensuite le pouvoir en juin 1965 par un coup d’État militaire. Les militaires enfin font un retour en force en arrêtant les élections en janvier 1991 et en inventant un Haut Comité d’État. Benyoussef Benkhedda est mort d’un cancer à Alger en février 2003 à l’âge de 83 ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151576, notice BENKHEDDA Benyoucef [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 26 décembre 2013, dernière modification le 26 décembre 2013.

Par René Gallissot

OEUVRES : Les accords d’Evian, OPU, Alger, 1986. — Les origines du 1er Novembre, éditions Dahlab, Alger, 1989. — L’Algérie à l’indépendance. La crise de 1962, Dahlab, Alger 1997.

SOURCES : M. Farès, Aïssat Idir, op. cit. — B. Bourouiba, Les syndicalistes algériens, op. cit. Entretien avec Benyoussef Benkhedda, La Tribune, 19 août 2000. — M. Harbi, Une vie debout. Mémoires politiques. Tome 1 : 1945-1962. La Découverte, Paris, 2001. — G. Meynier, Histoire intérieure du FLN. 1954-1962. Fayard, Paris, 2002.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément