BEN NACEF Abdelghani [Dictionnaire Algérie]

Par Laure Pitti

Né le 16 janvier 1933 à Oujda (Maroc), travailleur algérien aux usines Renault de Billancourt près de Paris, délégué syndical CGT, recherché pour son militantisme pour l’indépendance algérienne, échappant à l’arrestation grâce au débrayage de son atelier.

Né de parents Français musulmans d’Algérie, Abdelghani Ben Nacef grandit au Maroc puis en Algérie qu’il quitte en février 1954 à l’âge de 22 ans pour la métropole. Embauché aux usines Renault à Boulogne-Billancourt en mars 1954, il y travaille jusqu’en mars 1958 comme OS (Ouvrier spécialisé) aux fonderies, secteur de l’usine qui employait alors une très forte proportion d’ouvriers algériens. Dès son entrée à Renault, il milite au sein de la CGT sur la liste de laquelle il est élu délégué du personnel de 1954 à 1958 aux fonderies, secteur dont il partage la responsabilité avec Larbi Bendaoud*.
Durant la lutte de libération nationale, il participe aux grèves que la Fédération de France du FLN appelle en 1956 et 1957 sur le mot d’ordre d’indépendance, relayée à Renault par le noyau FLN qui s’est structuré sous la paravent de la Commission nord-africaine de la CGT à compter d’avril 1956. Le 5 juillet 1956, il est sanctionné d’un avertissement écrit pour “absence non autorisée”. Son engagement militant à la fois syndical et nationaliste, lui vaut plus largement d’être très mal vu de l’encadrement. Il est ainsi noté comme ayant un “très mauvais esprit” sur sa fiche d’évolution de carrière, ce qui peut expliquer son absence de progression professionnelle.

L’encadrement ne refuse pas de se faire le relais de la police lors de la tentative d’arrestation dont il est l’objet en février 1958. Le 21 février 1958 en effet, des gardiens viennent le chercher dans son atelier au motif qu’il est convoqué au Bureau d’embauche. Les ouvriers de l’atelier débrayent sur le mot d’ordre “pas de flics dans l’usine”, permettant à Abdelghani Ben Nacef de s’y cacher et d’échapper ainsi à l’arrestation. S’il témoigne de pratiques de mouchardage et d’une collusion entre personnel d’encadrement et police, constatables à d’autres occasions dans les usines durant les “événements d’Algérie”, cet épisode constitue à Renault, pourtant réputée forteresse ouvrière, l’unique débrayage d’un atelier entier contre la répression dans la période.

Après cette arrestation manquée, Abdelghani Ben Nacef entre dans la clandestinité, jusqu’en 1962 vraisemblablement. À l’indépendance, il reste en France. Il est aujourd’hui retraité et vit en région parisienne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151589, notice BEN NACEF Abdelghani [Dictionnaire Algérie] par Laure Pitti, version mise en ligne le 26 décembre 2013, dernière modification le 18 août 2017.

Par Laure Pitti

SOURCES : Arch. Régie Nationale des Usines Renault, fichier du personnel, contrat d’embauchage d’Abdelghani Ben Nacef, 10 mars 1954, classement SGA, service 07.16 ; Relations de travail, dossier n° 124. — Arch. du syndicat CGT de Renault-Billancourt, dossiers “élections des délégués du personnel”, 1950-1962. — Entretiens avec Henri Benoits*, Issy-les-Moulineaux, 11 mars 1993 ; avec Claude Poperen, Paris, 4 juillet 2001. — L. Pitti, Ouvriers algériens de Renault, thèse, op.cit.

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