BERRAHOU Mejdoub [Dictionnaire Algérie]

Par Abderrahim Taleb-Bendiab

Né en 1912 au douar Oum-el-Allou près de Tlemecen, dès 1935 responsable du syndicat des petits cultivateurs ; après 1945, principal animateur des groupes paysans de la région de Tlemcen, membre du Comité central du PCA (1947) ; faisant monter les paysans au maquis en 1955, blessé lui-même au combat.

Petit paysan de la région de Tlemcen, -son douar se situe à 11 km au nord-est de Tlemcen-, orphelin à l’âge de 8 ans, Mejdoub Berrahou est dès son jeune âge berger, et travaille par la suite comme journalier chez les colons pendant la période des vendanges et des moissons. En 1935, il apprend l’existence de syndicats grâce aux luttes qui se déroulent à Tlemcen et à l’action de Bouchama* et des frères Badsi*. « On a appris également, nous a-t-il rapporté, qu’il y avait des conflits entre les Français dont une partie luttait pour le droit des pauvres », et il ajoute  : « c’est à cette date que j’ai adhéré au syndicat ». Par la suite Mejdoub Berrahou devient responsable du syndicat des « petits cultivateurs ». C’est dans cette structure syndicale et au contact de Tahar Ghomri*, qu’il apprend l’existence du PCA auquel il adhére en 1940. Son frère Abdelkader Berrahou le suivra au PCA en 1945.

Jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale, les paysans de la région de Tlemcen ignoraient tout des formations politiques. Les confréries n’organisaient guère non plus ce monde terrien. Le PCA est le premier parti à tenter une implantation dans les campagnes. Par la suite, l’audience du PCA s’élargit dans les douars de la région de Tlemcen grâce aux luttes menées pour l’amélioration du ravitaillement (1943-1946). Celles-ci ont été relayées par les batailles électorales où l’on dénonce l’arbitraire du colonialisme et de ses structures administratives spécifiques qui régissent les campagnes algériennes (communes mixtes, administrateurs, caïds, bachaghas…).

Mejdoub Berrahou est un bon propagandiste du parti. Il sait parler aux paysans et attirer leur confiance. Il est chargé par le PCA de plusieurs tâches concernant le travail à la campagne. Il est membre du CC à partir de 1949 d’abord comme suppléant puis à titre de titulaire. Il dirige plusieurs luttes dont la plus célèbre est la grève des ouvriers agricoles de Lamoricière (Aïn Nahala) en 1951. Voici son témoignage sur la grève  : « C’était la période des vendanges, on en a profité pour lancer un mouvement de grève auquel a participé environ un millier de travailleurs. La gendarmerie est intervenue et a procédé à l’arrestation d’un militant du PCA qui était aveugle. Avec l’ensemble des grévistes, nous avons occupé la caserne de la gendarmerie et libéré de force le détenu. Ce fut un véritable combat qui nous a opposé aux forces de l’ordre ; d’un côté il y eut jets de pierres et de pelles, pioches et de l’autre utilisation de bombes lacrymogènes. On a occupé le village de Descartes (Ben Badis) pendant toute une soirée. On a coupé tous les poteaux téléphoniques et électriques et isolé le village en dressant des barrages. Des renforts militaires sont arrivés alors de tout le département d’Oran, de Sidi-Bel-Abbès, de Tlemcen… »

À la suite de cette grève, Mejdoub Berrahou et deux de ses camarades sont arrêtés et condamnés à 18 mois de prison. En avril 1952. La CGT et le PCA organisent un mouvement de solidarité nationale et internationale pour exiger la libération des « détenus de Descartes » et pour venir en aide à leur famille. Par exemple, le train qui devait emmener les détenus d’Oran au camp de Berrouaghia (dans le sud Algérois) où ils devaient être internés, a été bloqué à sa sortie de la gare par des femmes qui se sont couchées sur la voie.

Mejdoub Berrahou est un bon organisateur, malgré son analphabétisme. Il joue un très grand rôle dans l’implantation du parti communiste dans la région de Tlemcen. Son douar d’Oum-el-Allou reçoit en 1949 la visite de Jacques Duclos, alors secrétaire général du Parti communiste français venu assister aux travaux du Ve congrès du PCA.

Mejdoub Berrahou fait construire grâce aux dons des militants, le siège du PCA à Oum-el-Allou. En 1955 et bien avant l’implantation de l’ALN dans la région, il commence à préparer les groupes armés. Il reste au maquis pendant toute la période de la guerre de libération nationale au terme de laquelle il s’en est « sorti » avec des séquelles (blessé de guerre). Mejdoub Berrahou a toujours été un très bon croyant qui a su concilier sa foi avec son appartenance au communisme.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151627, notice BERRAHOU Mejdoub [Dictionnaire Algérie] par Abderrahim Taleb-Bendiab, version mise en ligne le 28 décembre 2013, dernière modification le 28 décembre 2013.

Par Abderrahim Taleb-Bendiab

SOURCES  : Interview. — Liberté. — Alger Républicain.

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