BLUMENTAL Simon [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 30 décembre 1927 à Varsovie, mort le 4 juillet 2009 à Paris ; de Pologne, arrivé en France en 1930, grandi à Montreuil près de Paris ; membre des JC puis syndicaliste CGT à Montreuil et communiste critique de la ligne du PCF après 1956 ; activiste du soutien à la cause algérienne dans le groupe de La Voie communiste.

La déclaration de naissance fait naître Simon Blumental le 10 janvier 1928 à Varsovie ; il est né en fait le 30 décembre 1927. Par transcription yddische, le nom ne comporte pas de h à Blumental (vallée des fleurs cependant). Dans cette famille juive polonaise aux maigres revenus, le père était ouvrier du bois ; il était en Pologne proche du Bund qui organisait des travailleurs juifs sociaux-démocrates non sionistes. La mère, orpheline à 9 ans ne sachant ni lire ni écrire, fait des travaux de couture. Les parents s’étaient mariés en 1925 ; 3 enfants naissent en Pologne ; il y aura encore 6 naissances en France. Le père part pour Paris en 1929.

Il y a un précédent et un point de chute ; un frère aîné du père est installé rue de Saintonge dans le 3e arrondisement ; il est marchand de chaussures aux puces ; marié en France, il deviendra français et proche de la SFIO. La famille se retrouve rue de Saintonge, quand quelques mois après, la mère qui vient d’accoucher d’une fille, envoie un télégramme  : « j’arrive » et rejoint avec ses 3 enfants dont Simon. Elle a un visa de tourisme de trois mois ; c’est dire que la famille va bientôt se retrouver sans papiers de séjour et jusqu’après la guerre de 1939-1945. Le père brocante aux puces de la Porte de Montreuil et va progresser dans le logement, d’une pièce en baraque à une chambre en meublé à Montreuil, à un petit appartement. À la maison on parle yddisch ; mais par l’école, Simon Blumental va devenir un enfant de Montreuil.

La situation matérielle s’améliore un peu quand le père travaille dans une fabrique de meubles du Faubourg Sain-Antoine de 1934 à 1937. L’embellie est aussi celle de la marche au Front populaire ; le père est militant syndical à la CGT puis adhère au PCF. À l’école primaire, le jeune Simon peut aussi profiter de la colonie de vacances de la ville de Bagnolet à l’île d’Oléron ; il est inscrit aux pionniers au groupe Staline et chante « la terre nationale » pour l’Internationale. Quand le père est licencié en 1937 par application des quotas d’emploi des étrangers, c’est le retour au pain sec à la maison.

Simon Blumental se souvient des actualités et des films sur la guerre d’Espagne ; la ville de Montreuil paye une ambulance pour les Brigades internationales et se prépare à accueillir les enfants réfugiés. La France et la Pologne sont alliées et le père se présente pour un engagement aux Volontaires étrangers ; il est mobilisé le 4 novembre 1939. Ayant obtenu le CEP en juin 1940, Simon Blumental devra se contenter du cours complémentaire ; étranger, il est barré pour le lycée. L’année suivante ou par la suite, il reçoit 3 étoiles jaunes à coudre sur les vêtements pour les habits de sortie dans la rue.

La famille échappe aux recherches par protection d’action catholique sociale qui l’envoie dans le Jura près de Poligny ; le père gagne le maquis et passe dans l’armée française de libération ; Simon travaille dans les fermes. Démobilisé en juillet 1945, le père reprend le travail du bois au Faubourg St.Antoine à Paris. Simon Blumental est entré aux Jeunesses communistes à Montreuil.

Son rêve est d’être journaliste à L’Huma ; le PC l’emploie au service de diffusion de La Terre ; en 1947-1948 il passe au service comptable. Il est devenu secrétaire des JC à Montreuil ayant apporté un grand concours dans les grèves très dures de novembre 1947 ; la lutte contre la guerre d’Indochine mobilise en permanence les militants et son actvité. En 1948, il entre cette fois au PCF et devient ouvrier tourneur dans la métallurgie à Montreuil.

Son militantisme s’exerce à la CGT ; il devient membre du bureau et sera secrétaire du syndicat des métaux à Montreuil ; sa cellule du parti est une cellule d’entreprise. Il n’entrera pas au Comité de la Fédération communiste bienqu’il soit naturalisé français comme toute la famille en 1947 ; il sera longuement le secrétaire à l’organisation de la section de Montreuil. Il est élu à partir de 1952-1953 au comité exécutif des synducats CGT de la Région parisienne tout en s’occupant de l’Union locale des syndicats de Montreuil qui est en quelque sorte sa base. Les contacts avec les travailleurs algériens deviennent fréquents ; au 1er Mai 1953, il est aux côtés des Algériens lors de la charge de police sur le cortège du MTLD.

Membre du Comité local du Mouvement de la paix, il inscrit les luttes anticoloniales puis l’action contre la guerre d’Algérie au sein du combat général contre l’armement et la guerre. Le trouble s’exprime cependant à la section communiste de Montreuil et dans sa cellule ouvrière, d’abord sur les révélations du XXe congrès du parti soviétique et les dénégations de la direction du PCF et plus peut-être sur la campagne du parti contre la contraception que sur le vote des pouvoirs spéciaux pour le maintien de l’ordre en Algérie.

Simon Blumental s’est marié en 1951 ; sa femme secrétaire dans une entreprise à Montreuil est aussi membre du parti ; le couple a deux enfants. Le grand homme du parti à Montreuil où il réside aux côtés de Benoît Frachon qui est à la tête de la CGT, est Jacques Duclosqui participe aux conférences de la section et de la fédération. Le PCF chargera Marcel Dufriche* qui est d’abord un des plus importants dirigeants de la CGT, d’intervenir contre les contestaires de Montreuil. Paradoxalement celui-ci paraît servir l’orthodoxie de la ligne communiste alors que Duclos, énigmatique certes, passe pour couvrir les critiques qui s’expriment dans le bulletin Unir. Les comités contre la guerre d’Algérie agissent parfois avec le Secours populaire et en marge de la tutelle du Mouvement de la paix.

Les choses se durcissent dans la critique et l’oppositon à l’intérieur du PCF de 1957 à 1958 et plus encore après le 13 mai 1958. Simon Blumental est entré en relations avec les oppositionnels, certains plus libertaires ou trotkysants, du goupe qui publie le mensuel La Voie communiste. Les réunions hedomadaires rapprochent une quinzaine d’activistes car la plupart participent au soutien du FLN en parallèle avec le réseau Jeanson*, ainsi Gérard Spitzer* l’animateur, Denis Berger* qui tient souvent la plume, Roger Rey* et Annie-Rey-Goldzeiguer*, Anne Gianini (Toni)… Les contacts passent par Aït El-Hocine puis Moussa Kebaïli de la Fédération de France du FLN. C’est donc l’Algérie qui vient en premier.

Le Comité contre la guerre d’Algérie devient Comité parisien au sensrégional. Chargé d’intervenir, M. Dufriche* veut faire rentrer les comités dans le Mouvement de la paix. Simon Blumental est convoqué à la Commission des cadres ; on est proche de la mise en demeure. Le différend porte aussi sur les attitudes de la direction communiste vis-à-vis de la Yougoslavie et de Tito. Dans ces années Simon Blumental est employé comme comptable aux usines Lever à Aubervillers ; ce qui fragilise sa position à Montreuil bien qu’il continue son action par les comités avec l’appui de la CGT des métaux. C’est au reste la cellule de Montreuil à laquelle il demeure rattaché, qui en octobre 1959 prononce l’exclusion, -il ne s’est pas rendu à la réunion prédéterminée-, « pour indiscipline et désaccord persistant sur la ligne du parti ». M. Dufriche est ensuite envoyé reprendre en main l’organisation communiste de Montreuil.

Clandestinement l’activité de soutien à la cause algérienne s’effectue dans le groupe de La Voie communiste qu’accompagne en 1960 l’entrée en action des étudiants et déserteurs de Jeune Résistance. En septembre 1959, Gérard Spitzer* était tombé dans l’affaire des valises du trésor du FLN qu’il était difficile de faire passer pour l’argent de La Voie communiste  ; puis ce fut la chute du réseau Jeanson.

La souricière dans laquelle sont pris des rescapés de La Voie communiste et des partisans de Jeune Résistance, a curieusement quelque chose à voir avec l’histoire du PCF. Pour le numéro de janvier 1961 de La Voie communiste, Simon Blumental était le porteur d’un tract d’Appel aux jeunes soldats, à l’insoumission donc, doublé d’un entretien avec J.-P. Sartre. Or en janvier le PCF met en accusation Laurent Casanova* et Marcel Servin qui voulaient changer le parti de l’intérieur à l’exemple soviétique transitoire. Le philosophe Félix Guattari*, l’autorité intellectuelle de La Voie communiste et son financier depuis la clinique La Borde qu’il co-gère, demande que le journal ne paraisse pas sans un article sur l’Affaire. Cela va de soi et Simon Blumental doit remonter jusqu’à Roger Pannequin, grand Résistant de la grève des mineurs du Nord-Pas-de-Calais contre l’occupation allemande et devenu un oppositionnel fort du PCF.Le chemin vers Pannequin passe par un autre militant du Nord qui est membre du réseau, Pierre Hespel. Quand le 28 janvier 1961, S. Blumental arrive à l’appartement de P.Hespel, la police tient déjà les lieux ; Louis Orhant*, responsable de Jeune Résistance, est aussi arrêté.

Après le temps des interrogatoires, les prisonniers sont envoyés à Fresnes rejoindre leurs camarades et les nombreux prisonniers algériens dont Mohamed Boudiaf* détenu à l’infirmerie avec G. Spitzer*. Le tribunal militaire de Paris les juge le 24 novembre 1961 pour atteinte à la sûreté de l’État. À Fresnes S. Blumental est dans la même cellule qu’E. Bolo* puis Louis Orhant* et dans la même division qu’H. Curiel*, R. Davezies*, J. de Wangen*, Diego Masson*, G. Meier… au milieu des centaines de détenus du FLN. Les partisans de La Voie communiste soutiennent les arguments d’une orientation socialiste de l’indépendance algérienne particulièrement auprès des militants de la Fédération de France du FLN et autour de M. Boudiaf* avec qui les liens restent étroits. Le programme se tient dans la brochure publiée  : L’Algérie sera socialiste.

Après le cessez-le-feu, ils ouvriront une école de formation syndicale et politique avec le concours de l’AGTA et de la CGT (voir à Denis Berger*). En juillet-août 1962, Simon Blumental et quelques autres (Michèle Firk, Ania Francos, Marc Kravetz, Jean-Louis Péninou…) seront à Alger aux côtés des fidèles de M. Boudiaf. Certes ils se replient à Paris après la création du Parti de la Révolution socialiste à la fin septembre 1962 face au gouvernement de A. Ben Bella. À l’heure de l’exil de M. Boudiaf*, la librairie de La Voie communiste où se retrouve Simon Blumental devient la base arrière du PRS.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151645, notice BLUMENTAL Simon [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 28 décembre 2013, dernière modification le 10 mars 2020.

Par René Gallissot

SOURCES  : La Voie communiste, périodique et brochures. — S. Pattieu, Les Camarades des Frères. Trotskistes et libertaires dans la guerre d’Algérie. Syllepse, Paris 2002. — J. Charby, Les porteurs d’espoir. Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie  : les acteurs parlent. La Découverte, Paris 2004. — J.-L. Einaudi, franc-tireur Georges Mattéi, de la guerre d’Algérie à la guérilla. Le Sextant et Danger public, Paris, 2004. — Entretiens avec S. Blumental, Paris 2005.

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