BOUDOURESQUES Bernard [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 21 janvier 1923 à Toulon (Var, France) ; polytechnicien, prêtre de la Mission de France ; arrêté pour aide au FLN pendant la guerre d’Algérie ; membre du bureau du Mouvement de la paix, puis un de ses secrétaires nationaux (1964-1982 ).

Petit-fils et fils de polytechniciens, Bernard Boudouresques naît à Toulon où son père est ingénieur à l’Arsenal. En 1943, il est lui-même admissible à l’École polytechnique ; en 1944, il rejoint le maquis entre Orléans et Tours ; son frère Pierre, maquisard dans les Vosges, fait prisonnier, est envoyé au camp de Dachau. Mobilisé en octobre 1944, B. Boudouresques fait l’école militaire de Cherchell et sert comme sous-lieutenant dans l’armée français d’occupation de la Sarre. Il fait ensuite sa dernière année d’École polytechnique. En octobre 1946, il entre au séminaire de Lisieux de la Mission de France. Il fait des stages non seulement dans un laboratoire scientifique mais comme manœuvre dans une fonderie à Montchanin-les-Mines dans le centre de la France et sur un chantier du bâtiment Il est ordonné prêtre en 1952.

Acquis aux idées de la non-violence comme voie militante, il s’engage au Mouvement de la paix qui, sous impulsion communiste, s’oppose à l’arme nucléaire, au militarisme des États-Unis et aux guerres coloniales. Prêtre de la Mission de France, il est prêtre au travail. Depuis 1953, il est ingénieur de recherche au Commissariat à l’énergie atomique à Saclay au sud de Paris. En 1955 il fait partie des ingénieurs du CEA qui fondent un comité de lutte contre la fabrication d’une bombe atomique française. En outre, par les prêtres de la Mission de France en Algérie, il peut suivre et l’horreur de la guerre française et la Résistance algérienne. Il prend position pour l’indépendance.

Son logement, rue Saint-Jacques à Paris, héberge des amis algériens et devient très vite un lieu de réunions et d’abri des militants recherchés. Le Comité de Résistance spirituelle créé en 1956 avec son compère de la Mission de France, Robert Davezies*, se réunit chez lui ; il rassemble les témoignages de soldats sur la torture en Algérie, publiés sous le titre  : Des rappelés témoignent… Les positions de ces prêtres de la Mission de France, non seulement contre la torture mais pour l’indépendance de l’Algérie, sont protégées dans l’église catholique par le cardinal Liénart, évêque de Lille et évêque de la Mission de France.

Alors que Robert Davezies multiplie les contacts et les actes de soutien en étant un des plus impliqués dans le réseau Jeanson, B. Boudouresques par conviction ouvre son logement qu’il double par une chambre en haut d’immeuble, et offre couvertures et refuge. « La seule chose que j’ai toujours refusée, ce qui peut apparaître symbolique, mais qui a été très bien admis par nos amis algériens, c’est de transporter des armes ou en planquer ». Il est arrêté à Saclay à son travail, le 13 octobre 1958 par la DST, ce qui lui permet de constater qu’il était sur écoutes téléphoniques enregistrées à son bureau même et que l’administration ne manquait pas d’informer les services de police. La DST se permettra de lancer une campagne contre lui en faisant passer la chambre louée en haut de son appartement, pour une garçonnière cachant sa maîtresse. Il est inculpé dès le 15 octobre. « J’ai été confronté à l’Algérien qui m’avait dénoncé ; j’ai constaté qu’il avait été torturé… » Il s’agit du partisan FLN qui avait tiré sur Jacques Soustelle. « Au cours de mes interrogatoires, je dois avouer que j’ai été amené à pratiquer des « mensonges pieux »… » Dans la traque des Algériens et des caches d’armes, le séminaire de la Mission de France à Pontigny (Yonne) et plusieurs presbytères sont perquisitionnés.

B. Boudouresques est quatre mois incarcéré à la prison de Fresnes, recevant la visite du cardinal Liénart, puis mis en liberté provisoire. Après cette libération en février 1959 « je n’ai pas voulu continuer des activités de type clandestin et, sur la proposition d’Henri Curiel*, je devais participer à une sorte de réseau de parrainage d’enfants algériens réfugiés au Maroc », une centaine d’orphelins parrainés par des chercheurs de Saclay jusqu’en 1962.

Bernard Boudouresques continue son combat contre la force de frappe française ; il est membre du bureau du Mouvement contre l’armement atomique créé par Claude Bourdet, qui devient le Mouvement de défense pour la paix et la liberté (MDPL). Pendant les grèves de mai 1968, il préside le Comité d’action du CEA à Saclay. Toujours membre du bureau du Mouvement de la paix, il le quitte en 1981 quand le PCF modifie sa position sur l’arme atomique en acceptant de garder la force de frappe française. Il fait partie du comité d’orientation de la revue Alternatives non-violentes. Il a pris sa retraite en 1983.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151709, notice BOUDOURESQUES Bernard [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 30 décembre 2013, dernière modification le 26 novembre 2020.

Par René Gallissot

SOURCES  : Arch. de la Mission de France (CAMT) à Roubaix et au siège au Perreux-sur-Marne. — Stan Rougier, Prêtres de la Mission de France, Le Centurion, Paris, 1991. — Témoignages de B. Boudouresques et R. Davezies dans J. Charby, Les porteurs d’espoir. Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie  : des acteurs parlent. La Découverte, Paris, 2004. — N. Viet-Depaule, Prêtres ouvriers. Une double fidélité mise à l’épreuve. 1944-1969. Karthala, Paris 2004. — S. Chapeu, Des chrétiens dans la guerre d’Algérie  : l’action de la Mission de France. L’Atelier, Paris, 2004. — Notice de N. Viet-Depaule dans la nouvelle série Maitron, DBMOMS, t. 2, Éditions de l’Atelier, Paris 2006.

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