BOUMALI Mohammed [Dictionnaire Algérie]

Par Louis-Pierre Montoy

Né à Bône (Annaba) le 10 mai 1896, mort à Aïn Beïda en juillet 1946 ; à sa fondation à Alger en 1919, trésorier de Association des Étudiants Musulmans d’Afrique du Nord ; docteur en médecine ; conseiller général de Aïn-Beïda (1931), conseiller municipal (1941) puis maire de Aïn-Beïda (1945) ; député en 1945 à l’Assemblée Nationale française, inscrit au groupe socialiste SFIO.

Venant du douar Braptia près de la Calle (El Kala), la famille de Mohamed Boumali, fut très tôt intégrée dans les cadres administratifs de la colonie. Son grand-père Ahmed ben Djaballah Boumali(1848-1931), fils de caïd, fut lui-même caïd du douar Beni Amar (1897), agha puis bachagha et conseiller municipal de La Calle durant treize ans. Son père, Hadj Laïch Boumali (1872-1947), caïd des douars Ouled Dieb et Braptia est élu en 1937 président du comité bônois de l’Amicale des caïds. Son frère Abdelhadi Boumali (1897-1941) est caïd du douar Souaralah.

Après avoir fréquenté le lycée de Bône (Annaba), Mohammed Boumali poursuit ses études à l’Université d’Alger. En 1919, il figure parmi les fondateurs de l’AEMAN dont il est le trésorier général en 1919, 1920 et 1921. Il obtient, probablement en 1923, son doctorat en médecine. En 1924, il s’installe comme médecin généraliste à Aïn-Beïda, centre de colonisation des Hautes plaines à une centaine de kilomètres au sud de Constantine.

Dans ce gros bourg rural où il s’enracine en nouant des liens matrimoniaux avec la famille Khanfar, le docteur Boumali fait bien vite figure de notable et se retrouve un peu contre son gré, entraîné dans la vie politique locale. Il y joue plus volontiers de sa personnalité que de références à un parti ou à une idéologie clairement définie. Profondément respectueux de l’ordre établi, jaloux de son indépendance, attentif au sort des plus défavorisés, il se taille une réputation « d’homme de cœur », « ignorant l’ambition », plus soucieux des problèmes sociaux immédiats que sensible aux spéculations politiques qu’agitent au même moment certains de ses confrères comme le docteur Benjelloul à Constantine, le docteur Lakhdari à Guelma ou le docteur Saadane à Biskra. Il limite d’ailleurs son action à sa ville d’adoption où, toujours disponible pour assurer des soins gratuits aux indigents, il veille au bon fonctionnement des œuvres de bienfaisance  : soupe populaire, cantine scolaire, refuge aux déshérités, Dar-el-askri (maison du soldat, c’est-à-dire des anciens combattants « indigènes » de l’armée française).

En 1931 cependant, le docteur Boumali sort de son apparente réserve et se lance dans la compétition électorale. Pression discrète de l’administration soucieuse de contrer la Fédération des élus musulmans du département de Constantine conduite par le Dr Benjelloul ? Suggestion de son confrère et ami, le docteur Pierre Willigens, maire de Aïn-Beïda, désireux d’accroître l’influence de sa ville face à celle de Tebessa ? Le docteur Boumali se présente, sans étiquette, aux élections cantonales dans la 3e circonscription indigène (Tebessa-Aïn-Beïda). Il est élu non sans difficulté à l’issue du second tour de scrutin. Cette élection ayant renforcé son autorité, il est nommé, en 1934 par le Gouverneur général Carde, membre de la commission algérienne des réformes indigènes. Cette marque de confiance, manifestée à son égard par la plus haute instance politique de la colonie, ne permet cependant pas au docteur Boumali de conserver son mandat de conseiller général. Lors du renouvellement de 1937, il est battu.

En 1941, le docteur Boumali fait partie de la municipalité de Aïn-Beïda, nommée par les autorités de Vichy. Il n’en manifeste pas moins une réticence certaine envers la "Révolution nationale" préconisée par Pétain et adhère au mouvement gaulliste Combat. En juillet 1945, il est élu à nouveau maire d’Aïn Beïda par le nouveau conseil municipal « France combattante » réunissant gaullistes, socialistes et communistes. Il se retrouve « seul élu d’origine indigène appelé à la plus haute charge municipale à l’unanimité des deux collèges ». Fraternité, hebdomadaire du parti socialiste SFIO en Algérie, publié à Alger, se félicite de cette élection qui lui apparaît comme « le gage certain d’une collaboration toujours plus étroite et fraternelle entre Français d’origine et Français musulmans ».

À l’en croire, Aïn-Beïda devint sous la direction de son nouveau maire, « le berceau du socialisme humanitaire »  : le ravitaillement fut amélioré pendant les heures critiques, le centre ne manqua ni de viande, ni de légumes, ni de bois, ni de charbon, les agriculteurs obtinrent les semences et la nourriture du cheptel, l’hygiène fut assurée, l’assistance sociale rendue dans d’excellentes conditions grâce à la création de l’asile des pauvres, une intervention auprès du préfet permit de débloquer 25 quintaux de blé pour les 600 déshérités de la soupe populaire, des « chantiers de charité » furent créés pour les chômeurs, les salaires des ouvriers municipaux furent relevés, un plan de forage d’un puits artésien et d’un système de captage fut établi pour résoudre « l’épineux problème de l’eau ».

Dans la foulée de son succès aux élections municipales, le docteur Boumali est élu en octobre 1945 député du deuxième collège à la première Assemblée constituante où il est membre de la commission de la justice. Seul élu d’une « liste socialiste démocratique », présentée par le journal Fraternité, le 11 octobre 1945, il siège dans les rangs du groupe parlementaire SFIO. Mais sa carrière parlementaire est brève. En effet, tombé gravement malade au retour d’un voyage à La Mecque (novembre 1945) où il a dirigé une délégation officielle aux lieux saints de l’Islam, le docteur Boumali ne peut se présenter aux élections de juin 1946 pour la deuxième constituante. Il meurt prématurément à Aïn-Beïda en juillet 1946. Le 27 juillet 1946, dans le journal Fraternité, Raoul Borra*, grande figure de la SFIO en Algérie, rend hommage « au fils prestigieux de la France » et au « grand Algérien » qui vient de disparaître, et conclut, « … Comme lui ne faisons pas de différence entre les Algériens, ne connaissons qu’un prolétariat misérable et exploité, ignorons la haine et la médiocrité, donnons-nous passionnément à notre tâche  : l’émancipation des hommes, de tous les hommes par le socialisme ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151717, notice BOUMALI Mohammed [Dictionnaire Algérie] par Louis-Pierre Montoy, version mise en ligne le 30 décembre 2013, dernière modification le 30 décembre 2013.

Par Louis-Pierre Montoy

SOURCES  : La Dépêche de l’Est, 6 avril 1931, 24 septembre 1947. — La Dépêche de Constantine, 9 avril 1931, 24 et 28 mai 1959. — Fraternité, 27 juillet 1946, 8 novembre 1945, 12 août 1946, 21 décembre 1946. — Ch. — R. Ageron, Histoire de l’Algérie contemporaine, op.cit., t. 2.

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