BOUNAAMA Djilali dit Si MOHAMED [Dictionnaire Algérie]

Par Amar Benamrouche et René Gallissot

Né le 16 avril 1926 au douar Beni Hendel (Ouarsenis), tué à Blida le 8 août 1961 dans l’explosion du PC de la wilaya 4. Ancien de l’OS, syndicaliste CGT des mines de Bou Caïd, animateur des grèves de 1951 ; mineur en Belgique, revenant en Algérie en 1954, cadre local du MTLD ; après avoir étéemprisonné, monté au maquis en 1955 ; participant aux entretiens de Melun (France) en juin 1960 avec les chargés de mission du général De Gaulle ; commandant de la wilaya 4 de juillet 1960 à août 1961.

Fils d’épicier en situation difficile Djilali Bounaama n’achève pas ses études primaires à Molière, devenu après l’indépendance en son honneur  : Bordj Bounaama. Djilali Bounaama travaille tout jeune à la mine de zinc de Bou Caïd près d’Orléansville (Chlef). Il s’engage dans l’armée française d’Afrique du Nord en 1944 qui fait les campagnes d’Italie, France et Allemagne ; il en revient sergent et retourne à la mince de Bou Caïd. Actif syndicaliste à la CGT et membre du PPA-MTLD, il appartient aussi à l’OS.

En 1951, il est l’organisateur de la grève des mineurs de Bou Caïd qui dure 4 mois ; en 1952, il devient responsable de la section locale du MTLD. Recherché depuis le démantèlement de l’OS, il gagne le Belgique où il travaille aux mines de charbon du Borinage. En juillet 1954, il assiste au congrès messaliste d’Hornu en Belgique. Revenu en Algérie, il est arrêté dès le 6 novembre 1954 et incarcéré à la prison d’Orléansville puis à Barberousse (Serkadji) à Alger.

À sa libération en novembre 1955, il rejoint immédiatement l’ALN et assure l’implantation des maquis dans le massif de l’Ouarsenis et dans la plaine du Cheliff. Après le congrès de la Soummam, il fait partie du conseil de la zone 3 de la wilaya 4 ; il devient le chef politico-militaire de cette zone à la fin de 1957. Promu commandant, membre du conseil de la wilaya à la fin 1958, Si Mohamed de son nom de guerre, est l’adjoint du colonel Si M’hamed, de son vrai nom Ahmed Bouguerra*. Formé également à la CGT et tête politique, Si M’hamed confie une grande part des tâches administratives à son adjoint qu’il tient en grande amitié. Si Mohamed a rédigé pour la wilaya, « le guide du fidaï ». Il est chargé de mettre en place le service de propagande et d’information (SPI) qui diffuse les mots d’ordre vers les villes. Mohamed Téguia* qui se fera plus tard historien de la wilaya, participe à ce travail de secrétariat et de ronéo.

Après les décisions de crise prises à la réunion inter-wilayas de décembre 1958 dénonçant l’abandon des maquis par les responsables FLN de l’extérieur (GPRA et Etat-major, voir notice A.Bouguerra*), à la mort du colonel Si M’hamed en mai 1959, en pleine période tant de repli sous les coups de l’offensive Challe quede procès, de tortures et de purges sous l’obsession de la trahison et des retournements de maquisards par les services de l’armée française (bleuïte), la wilaya passe sous les ordres du commandant Si Salah, bien que plus jeune (32 ans) que le commandant Si Mohamed (34 ans) , mais plus ancien au maquis et promu antérieurement au commandement.

Le nouveau chef de la wilaya Si Salah, Mohammed Zamoum, de son nom, fils d’instituteur kabyle, est poussé par son adjoint le capitaine Lakhdar (Lakhdar Bouchemaa de Cherchell), dans la défiance partagée par tous, de voir le GPRA négocier dans le dos des maquisards, avec le général De Gaulle. Aussi le conseil de wilaya auquel participe Si Mohamed, décide en janvier 1960 de répondre à « l’appel de paix des braves », confirmé par les instructions du Chef de l’État français cherchant des contacts pour court-circuiter ou contrebalancer le GPRA. Si Mohamed, fut-ce en traînant les pieds, est présent avec Si Salah et le capitaine Lakhdar, à l’entrevue avec le général De Gaulle à l’Elysée le 10 juin 1960 qui conduit aux entretiens de Melun à la fin du mois. Ceux-ci restent en suspens ; en dépit de toutes les opérations de retardement ou de recherche de 3e interlocuteur, y compris auprès de Messali, De Gaulle finira par négocier avec les envoyés du GPRA rendu incontournable par les impasses de la guerre. Les émissaires de la wilaya 4 se sentent totalement à l’abandon.

À la wilaya 4, les conséquences immédiates sont doubles. Exprimant ce qui n’était jusqu’alors que ses réticences, Si Mohamed se détourne de Si Salah et du capitaine Lakhdar. Le 14 juillet 1960, il prononce la dissolution du comité de wilayaet prend le commandement, fait exécuter le capitaine Lakhdar, élimine Si Salahmis en état d’arrestation. Celui-ci est bien plus tard envoyé sur Tunis pour jugement ; il sera tuédans une embuscade de l’armée française, le 20 juillet 1961 dans le sud du Djurjura, tant le cheminement fut long. La prise de direction est approuvée par le commandant Ahmed Bencherif arrivé sur ces entrefaites, envoyé par l’État-major de Tunis qui ne comprenait rien depuis longtemps à ce qui se passait dans cette wilaya. Le commandant Bencherif approuve tout autant la relance massive ou par règlements de compte, des procès et des purges.

En effet, Si Mohamed a mis en place un Comité militaire de coopération et d’exécution qui couvre les arrestations et la torture, organise les jugements et multiplie les éliminations collectives et individuelles. Dans l’Ouarsenis, c’est le commandant Hassan, Youssef Khatib, qui conduit les exécutions. Intervenant dans les conflits de direction de la wilaya 5 (Oranais), Si Mohamed se proclame « contrôleur des zones de la willaya 5 » et soutient les opérations de son adjoint, le capitaine Tarik. Pour ces participations aux purges qu’il réprouve, le colonel Boumédienne en réunion de l’État-major général à Tunis et parce que cela touche la willaya 5, s’oppose à la promotion au grade de colonel de celui qui restera le commandant Mohamed, fait tout à fait inhabituel pour un commandant de wilaya.

Cependant c’est pour plébisciter le FLN, que les masses algéroises, femmes en grand nombre, font irruption dans les rues d’Alger en décembre 1960. Les manifestations reprennent en juin-juillet, réprimées durement le 5 juillet 1961. L’armée française est prise entre l’OAS et le retour ponctuel du FLN dans les villes. C’est en périphérie de Blida que Si Mohamed installe le commandement de la wilaya. Il est tué le 8 août 1961 dans l’explosion de la villa. Laissé pour mort, Mohamed Teguia* mettra du temps pour revenir à la vie, avant dese vouer àécrire avec retenue, cette histoire qui a peu de chose à voir avec la version héroïque que donne El Moudjahid, l’organe du FLN, en août 1983, portant au crédit de Si Mohamed les manifestations des masses algéroises et effaçant l’ardoise des purges en wilaya 4 empiétant en willaya 5 qui avait été celle de Boumédienne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151719, notice BOUNAAMA Djilali dit Si MOHAMED [Dictionnaire Algérie] par Amar Benamrouche et René Gallissot, version mise en ligne le 30 décembre 2013, dernière modification le 30 décembre 2013.

Par Amar Benamrouche et René Gallissot

SOURCES  : M. Teguia, L’Armée de libération nationale vue à travers un échantillon. La wilaya IV. Mémoire de maîtrise, Université de Paris 8, 1974, publié sous le titre  : La wilaya 4, Casbah-éditions, Alger 2002, et L’Algérie en guerre, OPU, Alger 1982. — El moudjahid, 7 août 1983. — Notice de L.-P. Montoy, Parcours, op.cit., n° 11, 1989. — G. Meynier, Histoire intérieure du FLN. 1954-1962. Fayard, Paris, et Casbah-éditions, Alger, 2002, qui cite le rapport de H. Zahouane du 29 juin 1960 (archives Harbi).

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