BOUROUIBA Mahieddine [Dictionnaire Algérie]

Par Amar Benamrouche et René Gallissot

Né le 16 février 1927 à Sétif, employé aux Contributions à Alger puis employé aux Chemins de fer algériens ; à partir de 1944-1945 à la fois militant au PPA puis MTLD et à la CGT ; après le démantèlement des deux premiers secrétariats de l’UGTA et l’arrestation de ses frères, membre des 3e et 4e secrétariats clandestins après juillet 1956 ; interné dans plusieurs camps, prenant part à Alger après les Accords d’Evian à la reconstruction de l’UGTA et plus encore à la remise en service des trains.

Le plus jeune des frères Bourouiba, Mahieddine Bourouiba grandit à Saint-Eugène (Bologhine) où s’est installée la famille. Il suit l’école communale primaire française de Saint-Eugène, obtient le certificat d’études et entre au Collège Guillemin en ville. Son père étant à la retraite et ses frères mobilisés, il arrête les études en 3e année en 1943 et prend son premier emploi au Service des contributions. Très vite, avec tout un groupe de jeunes de Saint-Eugène, il participe à l’action du PPA  : réunions hebdomadaires, diffusion des tracts et journaux, collecte des fonds. Il prend part au défilé du 1er Mai 1945 à Alger durement réprimé. Au MTLD après 1947, Mahieddine Bourouiba ne répond aux sollicitations du parti que pour les élections. Comme ses frères, la crise du MTLD et le déclenchement de l’insurrection le conduisent vers le FLN.

Comme son aîné Boualem (ci-dessus), Mahieddine Bourouiba habite avec sa propre famillle, la villa de Saint-Eugène. Après plusieurs emplois, il entre aux Chemins de fer et travaille aux Ateliers du Hamma, de l’autre côté d’Alger vers l’Est. Syndiqué à la CGT, il assiste son frère dans la préparation et la mise en place de l’UGTA déclarée le 24 février 1956. Dessinateur et photographe, il est l’auteur du diagramme sur les cartes d’adhésion ; plus encore il fait les photos qui servent aux déclarations de l’UGTA et celles qui vont sur les cartes et, par suite des interdictions et des fausses identités, sur les cartes falsifiées tant de syndicalistes que d’activistes du FLN, Ali la Pointe, Larbi Ben M’hidi et bien d’autres. Il contribue aussi à la fabrication de L’Ouvrier algérien voué aussi à la clandestinité en juin-juillet 1956 quand ses frères sont arrêtés et les deux premiers secrétariats de l’UGTA démantelés. C’est alors que Mahieddine Bourouiba, prenant la relève, contribue lui-même au maintien de la direction syndicale en entrant dans le 3e et plus tard 4e secrétariat de la centrale autour de Rahmoun Dekkar* et Abdelkader Allel.*

Arrêté le 27 juillet 1957 au moment du lancement de la grève de 8 jours, il est détenu d’abord au camp de transit de Ben Aknoun où l’armée française puise les détenus comme main-d’œuvre pour remplacer les éboueurs et les dockers. Il est envoyé ensuite au camp de Paul Cazelles (Aïn- Oussera) près de Djelfa où son frère Boualem est transféré depuis le camp de Lodi, avant de passer par les camps deBossuet, Lodi et Douéra. Après 4 ans et 3 mois de détention, il est libéré le 26 avril 1961. Échappant à un attentat de l’OAS, il quitte Saint-Eugène où la maison familiale est plastiquée et incendiée. Il loge avec sa femme, ses deux enfants et ses parents au quartier Jolie Vue de Kouba à l’Est d’Alger où les rejoignent Boualem Bourouiba, son épouse et ses trois enfants.

À la fin des hostilités par les Accords d’Evian alors que l’OAS multiplie les attentats, Mahieddine Bourouiba soutient l’action de son frère pour reconstituer l’UGTA dans la Zone autonome d’Alger. Surtout répondant à l’appel de reprise du travail lancé le 18 juin 1962 par l’UGTA, il assure le fonctionnement des Ateliers de chemin de fer au Hamma qui remettent les locomotives et les trains en service dans un concours étonnant d’énergies réunissant les jeunes apprentis et ouvriers algériens et des travailleurs et cadres français restés en Algérie ; il réussit à mettre en place un organigramme de travail du personnel.

En juin 1963, Mahieddine Bourouiba quitte les Chemins de fer et l’UGTA pour entrer à la Compagnie Shell ; quand la Sonatrach, société nationale algérienne, reprendra les compagnies pétrolières étrangères, il sera Commissaire du Gouvernement pour l’intégration de la Compagnie Mobil. Après être passé par la Société nationale des corps gras, il prendra à 48 ans, une retraite anticipée en mars 1975.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151728, notice BOUROUIBA Mahieddine [Dictionnaire Algérie] par Amar Benamrouche et René Gallissot, version mise en ligne le 30 décembre 2013, dernière modification le 30 décembre 2013.

Par Amar Benamrouche et René Gallissot

SOURCES  : M Farès, Aïssat Idir, op.cit. — B. Bourouiba, Les syndicalistes algériens, op.cit. — Correspondances de B. Bourouiba avec les auteurs.

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