BOUVERET Aline, pseudonyme Françoise [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Née à Alger vers 1930, étudiante d’André Mandouze*, participant à l’Association de la jeunesse algérienne pour l’action sociale (AJAAS), mariée à Jacques Charby* qu’elle suit en France en 1953, active dans le réseau Jeanson d’aide au FLN à partir de 1957 ; arrêtée et emprisonnée à La Roquette (Paris) en 1960 ; réfugiée à Tunis et faisant retour à Alger à l’indépendance ; devenue Aline Moussaoui Bouveret par un second mariage.

Les parents : Robert Bouveret et Suzanne Bouveret née Baïlac se sont mariés à Alger en 1929 et eurent deux filles : Aline et Danièle. Le père était un important négociant de céréales, mais ses affaires périclitèrent lors de la crise de 1930 qui toucha l’agriculture coloniale liée à la métropole déjà excédentaire. La vie devint difficile ; atteint d’une malformation cardiaque, le père meurt en 1939. Cependant la mère veilla aux études des deux filles.

Celle-ci appartenait à la famille Baïlac qui s’illustre dans la presse d’Alger. Le père Etienne Baïlac avait fondé en 1912, L’Écho d’Alger que ruiné par ses dettes de jeu, il dut revendre à Jacques Duroux, républicain radical et grand minotier ; ce journal se permettait de faire une critique des pratiques attardées et grossières du colonat agricole. En 1927, Étienne Baïlac se relance par un journal La presse libre, plus vif encore de ton ; mais atteint d’une maladie virale, ce grand-père meurt en mars 1928.

Devenue veuve en 1939, la mère Suzanne Bouveret née Baïlac (notice ci-dessous), se fait enseignante d’anglais en cours privé et dans l’Éducation nationale française entre Oran, Aïn Temouchent, Miliana et en 1958 à Alger, au lycée franco-musulman de Kouba. Adepte du christianisme social, elle sera une figure de la CFTC en Algérie. Etudiante à Alger, Aline Bouveret se retrouve à l’Association algérienne pour l’action sociale en compagnie de jeunes Français et de jeunes Algériens s’activant dans les bidonvilles et suivant les rencontres animées par André Mandouze*, figure de proue du progressisme, dont elle suit les cours à la faculté d’Alger (cf. Pierre Chaulet*)

La famille maternelle des Baïlac a sa place dans la vie culturelle coloniale d’Algérie d’Oran à Alger ; Geneviève Baïlac, sa tante, est femme de théâtre au Centre régional d’art dramatique d’Alger ; elle gagnera en célébrité en faisant jouer en septembre 1957 au théâtre Rochefort à Paris, sa pièce à l’accent français d’Algérie, La famille Hernandez. C’est en tournée à Alger, jouant au CREAD, que l’acteur Jacques Charby (Jacques Charbit*) a fait la rencontre d’Aline Bouveret ; ils se sont mariés en 1953. Le couple vit principalement à Paris alors que s’ouvrent les années de la guerre algérienne de libération, guerre coloniale française. Alors que Jacques Charby devient un des plus actifs recruteurs du réseau Jeanson* sous le nom de François, Aline Charby, notamment pour l’hébergement des militants algériens, l’assiste sous le nom de Françoise. Tous deux sont arrêtés en février 1960 et Aline enfermée à la prison de la Roquette à Paris. Pour devancer son procès, simulant d’être à l’agonie, Jacques Charby* obtient de revoir sa femme ; tous deux s’échappent et réussissent à passer les frontières et à gagner Tunis.

Le couple se préoccupe des enfants algériens réfugiés en Tunisie, adoptant deux enfants. Jacques Charby publie chez Maspéro, Les enfants d’Algérie. En juillet 1962, à l’indépendance, comme l’écrit J. Charby dans son témoignage (ci-dessous, Sources), "Aline et moi débarquons à Alger", partageant leur vie entre l’action théâtrale auprès de Mohamed Boudia*, et pour Aline, le journalisme. Jacques Charby fait retour à Paris en 1966 après amnistie. Aline Bouveret fait un second mariage avec un journaliste jouant un rôle dans la politique algérienne du spectacle  : M. Moussaoui.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151737, notice BOUVERET Aline, pseudonyme Françoise [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 30 décembre 2013, dernière modification le 18 mai 2015.

Par René Gallissot

SOURCES  : J. Charby, Les porteurs d’espoir. Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie : des acteurs parlent. La Découverte, Paris, 2004. — Notice Suzanne Bouveret par Madeleine Singer dans le cédérom DBMOMS 2. Paris 2006. — Lettre d’Aline Moussaoui-Bouveret à M. Singer, avril 1999, ainsi que trois entretiens, 24 octobre 1999, 11 novembre 1999, 5 février 2000. — Lettres de Geneviève Baïlac (sœur de S. Bouveret) à M. Singer, 30 janvier 2000, 23 février 2000, citées par M. Singer.

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