BUONO Christian, Jean [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né à Mayence dans la zone d’occupation française, le 8 décembre 1923, mort à Saint-Ouen- l’Aumône (près de Pontoise, France) le 20 mai 2012 ; instituteur communiste ainsi que sa femme Charlye, sœur de Maurice Audin, ayant participé à l’action clandestine du PCA pendant la guerre de libération.

Le père, Michel, Antonin Buono, sous-officier, était en garnison à Mayence en Allemagne dans l’armée d’occupation française après la première guerre mondiale, quand naît le 8 décembre 1923 son fils Christian. C’était l’époque de l’expédition militaire française d’occupation de la Ruhr dénoncée par l’Internationale communiste et donc par le parti communiste en France, principalement les Jeunesses communistes, et plus encore par le parti allemand soutenant la grève générale et un projet révolutionnaire. Le grand père Giovanni Buono était devenu français en Algérie dans les années 1880. Michel Buono, le père, servait donc dans l’armée française, incorporé en Algérie et envoyé en Allemagne. Comme sa femme, Laurette Caroline Vento, il appartenait à l’immigration prolétaire italo-maltaise qui participait au peuplement colonial en Tunisie et dans l’Est algérien. Après la Ruhr, la famille fait retour en Algérie. Christian Buono passe une dizaine d’années d’enfance à Constantine. Il entre à l’École normale de la Bouzaréah (Alger), pendant la guerre de 1941 à 1945 et devient instituteur à Burdeau au sud-ouest d’Alger de 1945 à 1947.

C’est en 1947 qu’il se marie avec Charlye Audin sœur aînée de Maurice Audin* ; la famille Audin appartient par la mère au même milieu de petit peuplement colonial de grande pauvreté ; le père Audin qui fut gendarme, est passé d’affectation en affectation avant de travailler à la Grande poste d’Alger. Les jeunes Audin sont des militants communistes et anticolonialistes convaincus ; c’est par Maurice qu’il admire, que Christian Buono se place sous l’horizon communiste et dans le camp du socialisme à cette époque de la guerre froide. Toutefois il ne donnera son adhésion formelle au PCA qu’en novembre 1955 au moment de l’interdiction.

Comme instituteurs, le couple enseigne à Aumale (Souk-el-Ghozlane) de 1947 à 1952 puis dans une école de Bab-el-Oued à Alger (1952-1954). L’expérience la plus intéressante alors que débute le soulèvement et que les maquis sont proches, est celle qu’ils font à l’école de Makouda en 1954 et 1955 en Kabylie entre Tizi Ouzou et Tigzirt près de la forêt de Mizrana. Les enfants et les parents algériens n’oublieront pas ces instituteurs qui ne cèdent ni devant les partisans coloniaux ni devant les autorités répressives. Ces instituteurs communistes gagnent l’assurance d’avoir leur place dans l’Algérie indépendante. En 1956, retour à Alger ou plus exactement à l’école de la Cité La Montagne à Hussein-Dey.

Christian Buono devient alors “le logeur” des responsables du PCA, celui qui trouve les hébergements en mettant à contribution les proches et repère le bon pavillon pour abriter comme à La Pérouse près de la plage, la ronéo, les dossiers, brefle travail de secrétariat de la direction clandestine. Il cache ainsi successivement pendant quatre mois Larbi Bouhali* avant son départ vers la Chine et la représentation extérieure du PCA. Paul Caballero* lui succède en mars 1957 puis André Moine*. Maurice Audin*, est enlevé en juin 1957 et Henri Alleg* arrêté. C’est dans le logement du couple Buono qu’André Moine est pris le 20 juillet 1957.

Christian Buono est emprisonné à Barberousse (Serkadji) dans la même cellule qu’Henri Alleg qui lui rapporte avoir croisé Maurice Audin affreusement torturé, et les tortures qu’il subit lui-même. Les compagnons de cellule se soutiennent pour surmonter ces interrogatoires qui sont caractérisés comme “poussés”. Alors que les troubles de la vue augmentent, C. Buono est transféré au camp de Lodi en 1959, cette “faculté marxiste”. René Justrabo*, l’ancien maire de Sidi-bel-Abbès qui a autorité sur le groupe des communistes internés, intervient auprès des avocats qui obtiennent la liberté médicale, c’est-à-dire l’assignation à résidence à son domicile. En novembre 1959, Christian Buono retrouve la Cité de la Montagne à Hussein-Dey et ses quatre enfants dont le dernier n’avait que 4 mois au moment de son arrestation. Un cinquième enfant naîtra dans la seconde période de clandestinité le 7 novembre 1960, le jour anniversaire de la Révolution d’octobre, ce qui compte pour des communistes.

Vient en effet “le procès des communistes” devant le Tribunal permanent des forces armées à Alger. Christian Buono est condamné à cinq ans de prison. Interjetant appel, son avocat Me Matarasso* envoyé par le PCF, fait retirer les menottes et impose le retour à la liberté médicale. Cette fois, Christian Buono plonge totalement dans la clandestinité sous le nom de Michel Marchand. Sa planque qui devient son lieu de travail pour tous les dépannages, est le studio même qui sert à la rédaction, à la frappe et à la reproduction ronéotypée des tracts et journaux communistes qui appellent à l’indépendance. C’est sous le nom d’Ariane, Lucette Laribère*-Manaranche, la compagne de Bachir Hadj-Ali* souvent présent, qui tape à la machine ; se croisent ou travaillent ensemble encore plus fréquemment le couple Sadek Hadjérès* et Elyette Loup*, sortie de prison, avant qu’elle ne parte pour Oran où la situation est dramatique après les accords d’Evian. Cette dernière période est la plus tourmentée et la plus risquée pour les clandestins qui cherchent à émerger entre les barrages.

Après l’indépendance, Christian Buono retrouve l’école de la Cité de la Montagne dont il est nommé directeur ; il dirige en fait sa reconstruction, son ouverture bilingue, anime le cinéma scolaire. Elle devient l’école modèle de l’époque Ben Bella qui la visite. Après le coup d’État militaire du colonel Boumédienne, les choses se gâtent et pour les communistes et pour les enseignants étrangers. Le paradoxe est que Christian Buono a été fait citoyen algérien en 1963 au titre de sa participation à la lutte de libération mais non pas sa femme Charlye, ni les enfants qui sont encore mineurs. L’inspection académique n’en met pas moins fin à leur fonction à tous deux. Après un périple de découverte du Sud algérien, de cette Algérie qu’ils jugent être leur pays, la famille part pour la France en août 1966. Charlye et Chritian Buono adhèrent alors au PCF. Christian Buono meurt à 88 ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151760, notice BUONO Christian, Jean [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 30 décembre 2013, dernière modification le 30 décembre 2013.

Par René Gallissot

SOURCES  : Témoignage de Christian Buono dans ses deux livres  : Témoignage d’une babouche noire, Nouvelles éditions Pleine Plume, 1989, L’olivier de Makouda, avant-propos d’Henri Alleg, Éditions Tirésias, Paris, 1991.

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