CACHIN Marcel [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Le grand dirigeant communiste français a d’abord été délégué à la propagande de la SFIO pour l’Afrique du Nord faisant des passages en Algérie en 1910 et 1911.

Né en Bretagne à Paimpol en septembre 1869, fils de gendarme venant d’une famille paysanne, -sa mère était fileuse de lin-, Gilles appelé de son deuxième prénom Marcel Cachin, rompt avec les idées et les pratiques de son éducation familiale catholique vers sa quinzième année au cours de ses études secondaires au lycée de Saint-Brieuc où il est interne. « Premier dans toutes les matières », il choisit de préparer une licence de philosophie qu’il achève à Bordeaux ; boursier jusqu’alors, il n’obtient pas de bourse pour préparer l’agrégation ; il deviendra professeur de philosophie dans des cours privés. Il est aussi un grand connaisseur en matière d’art, en peinture particulièrement

C’est à Bordeaux qu’il a adhéré au groupe des Étudiants socialistes et commence à écrire dans les journaux locaux. En 1892, il entre au Parti ouvrier français qui se réclame de la pensée de Marx et du programme qu’il avait rédigé à sa fondation ; du nom de son leader Jules Guesde, on le nomme le parti guesdiste qui met en premier la lutte ouvrière de classes. Après la fusion avec le Parti socialiste révolutionnaire du communard patriote Édouard Vaillant, le nouveau Parti socialiste de France rallie aussi d’autres courants et des socialistes indépendants avant de devenir en 1905 par une plus forte unification, la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO). Au sein de la SFIO, fidèle de Jules Guesde, Marcel Cachin est l’orateur et l’intellectuel qui est le plus capable d’affronter Jean Jaurès et de rivaliser aussi par ses articles notamment dans l’Humanité que Jaurès dirige. Membre de la Commission administrative permanente de la SFIO, il est désigné au début de 1906 délégué permanent à la propagande ; il devient le premier propagandiste du parti par des missions en province.

Au congrès de la SFIO à Paris en 1910, le délégué de la Fédération socialiste d’Algérie, avocat à Oran, R. Brémond qui veut se présenter comme le porte parole des socialistes d’Algérie, se plaint que l’Algérie soit négligée par les parlementaires du parti ; il réclame qu’un dirigeant du parti suive le développement du socialisme en Algérie. Comme la Fédération SFIO de Tunisie est déjà plus forte et plus active, à la suite du Congrès, Marcel Cachin qui conserve bien d’autres charges, est désigné comme délégué à la propagande pour l’Afrique du Nord, ce qui veut dire de fait : Tunisie et Algérie. Très grand serviteur du parti, Marcel Cachin vient ainsi en Algérie en mission en 1910 et en 1911. Selon le schéma social-démocrate, il ne traite pas des questions syndicales à l’heure où la CGT et les Bourses du travail accueillent les premiers syndicalistes algériens. Aussi on peut penser qu’il n’a parlé parti qu’avec les socialistes des grandes villes, Oran en premier, qui sont les porteurs d’un socialisme colonial par l’instruction française et ce qu’on désigne comme étant l’assimilation républicaine socialiste française qui vaut lutte sociale et révolution.

Ce précédent de Marcel Cachin tient son importance, du fait qu’après la guerre de 1914-1918, ce sera le jeune professeur arrivé à Oran André (Charles-André) Julien qui sera son successeur comme délégué à la propagande pour l’Afrique du Nord et le restera lors de l’adhésion à l’IC jusqu’en 1922, au titre donc du parti communiste, certes sous l’éclat de la révolution bolchevique en Russie, mais sans franchir le partage entre ce qui est politique et relève hautement du parti et de la bataille électorale, et ce qui est lutte économique du ressort subalterne des syndicats. Le syndicalisme privilégié est au demeurant celui des instituteurs (SNI, Syndicat national des instituteurs de France et des colonies).

Comme dans sa longue carrière politique au parti communiste français et déjà à la direction de l’Humanité, Marcel Cachin intervient plus sur les questions internationales que spécifiquement coloniales, ses conceptions sont difficiles à préciser ; du moins, il illustre pleinement la stratégie communiste soviétique qui place la question coloniale dans la dépendance de la défense de l’État soviétique puis du « camp du socialisme ».

Après 1940, sa position à l’écart mais non sans contacts pendant l’occupation allemande, lui a évité déjà la déportation en Algérie ; surtout elle empêche qu’il soit à la tête des campagnes conduites par le PCF. Cela vaut donc pour l’action contre les guerres coloniales, au reste subordonnée à la dimension internationale à travers le Mouvement de la paix en premier. Marcel Cachin peut conserver son quant à soi, mais couvre la ligne du mouvement communiste. On ne connaît guère ses positions en 1956 par exemple au moment de la crise du communisme et du vote des pouvoirs spéciaux pour le maintien de l’ordre en Algérie. Il a près de 90 ans à sa mort en février 1958.

Les Cachin seront encore présents en Algérie par le petit-fils, Henri Cachin né à Alger, écrivain sous le nom d’Henri Kréa.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151797, notice CACHIN Marcel [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 31 décembre 2013, dernière modification le 22 novembre 2021.

Par René Gallissot

SOURCES : Compte-rendu du Congrès SFIO de Paris, Encyclopédie socialiste, syndicaliste et coopérative de L’Internationale ouvrière, (Compère-Morel, dir.), t. 1, Paris, 1913. — Notice Par G. Bourgeois et J. Maitron dans Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, op.cit., t. 21. — Notice par S. Wolikow dans Komintern : l’histoire et les hommes. Dictionnaire biographique de l’Internationale communiste. L’Atelier, Paris 2001.

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