HADDAD Malek [Dictionnaire Algérie]

Par Amar Benamrouche et René Gallissot

Né à Constantine en 1927, mort à Alger le 2 juin 1978 ; poète, écrivain communiste ; milite en 1956 à la Fédération de France du FLN ; depuis Tunis en 1960-1961, représentant du FLN au titre des écrivains algériens.

Le père de Malek Haddad était instituteur d’école française à Constantine et la vie de famille était totalement francisée ; ce qui explique peut-être les deux prénoms : Malek et Aimé, de cet écrivain essayiste de langue française, poète déchiré à travers cette culture française alors que la lutte de libération algérienne se retournera contre la France. Son mode déclamatoire ne va pas sans jeux de posture littéraire et politique.

C’est au quartier du Faubourg Lamy à Constantine qu’il naît le 5 juillet 1927 ; il suit l’école primaire et des études secondaires françaises, et enseigne lui-même comme instituteur. Il fait publier ses poèmes dès 1948-1950 dans Alger Républicain et le journal du PCA Liberté. Il participe à la célébration du martyr du parti Kaddour Belkaïm, se présente comme « poète communiste ». Pour le rythme et la rhétorique, ses modèles sont les poètes communistes français Eluard et Aragon. En 1953, dans « La longue marche », par référence à Mao, un poème publié par la revue plus intellectuelle du PCA : Progrès, il pleure la mort de Staline.

Il est aussi un écrivain de l’exil, autre posture. Il gagne la France en 1953-1954 et commence des études de droit à la Faculté d’Aix en Provence. Il est peut-être interdit ou expulsé d’Algérie en 1955. En fait, il vit dans l’errance en rejoignant Kateb Yacine* pour travailler comme ouvrier agricole en Camargue, puis gagne Paris où, selon l’observation de Mohammed Harbi, se forme le trio infernal : Kateb Yacine, Malek Haddad et, plus tourmenté, plus forcené dans sa création et plus grand buveur de vin encore, le peintre M’Hammed Issiakhem. Malek Haddad publie ses poèmes dans Les Lettres françaises, et plus encore attend les jugements d’Aragon à qui il envoie ses premiers romans. Il se débrouille en travaillant un temps à la radio-télévision française.

C’est aussi le moment, en 1956, où en adhérent à la lutte de libération algérienne, il entre en contact avec la Fédération de France du FLN. Au sens propre, il corrige et se corrige de son engagement premier communiste. En republiant ses textes dans le recueil de poésies Le malheur en danger (La Nef, Paris, 1956), « Mon Parti a des yeux » devient « Mes amis ont des yeux » ; le nom de Staline disparaît ; le poète se prend de sentiments religieux. Les romans, certes rapides, se suivent d’une année sur l’autre : La dernière impression (Julliard, Paris, 1958), nourri d’un séjour au Fezzan, Je t’offrirai une gazelle (Julliard, Paris, 1959), L’élève et la leçon (Ibid., 1960), Le quai aux fleurs ne répond plus ((Ibid., 1961) ; et nouveau recueil de poésies Écoute et je t’appelle (Maspero, Paris, 1961), précédé de l’essai Les Zéros tournent en rond.

Comme chez Kateb Yacine*, le déchirement passe entre l’homme et la femme dans un amour de couple mixte, ou mixte lui-même, et l’exil est au creux de l’errance, mais la provocation de moindre force n’est pas tournée contre le vieux monde, contre les normes et le poids des traditions, mais contre le malheur de la présence en soi de la part française rejetée comme étrangère. C’est l’Algérie algérienne ou mixte qui se déchire, entre Khaled dans Le quai aux fleurs ne répond plus, et son ami juif d’Algérie Simon Guedj, et son double amour pour Monique, la femme de son ami et Ourida, sa propre femme restée en Algérie et tuée au bras d’un parachutiste de l’armée coloniale. Drame de témoignage sur une Algérie que la guerre fait disparaître. Ce sens de la disparition est très profond chez Malek Haddad, qui se dit en exil dans la langue française et, après l’indépendance et la tentative en 1963 de la revue Novembre (par référence au 1er novembre 1954), proclame que le français n’a pas d’avenir en Algérie. « Nous devons disparaître en tant qu’écrivains (de langue française)… Nous gênons ». Ce « nous gênons » est plus juste.

Obligé de quitter la France, il passe à Tunis en 1960-1961. Le FLN lui confie différentes missions, celle de représenter l’Algérie au Congrès des écrivains afro-asiatiques à Tokyo en mars 1961, et d’autres représentations au Caire, à Lausanne, Moscou, New Delhi, ce qui le pousse à se référer (en français) à l’arabisme. Il accepte d’être directeur de la culture de 1968 à 1972 au Ministère de l’Information et de la culture ; il est secrétaire général de l’Union des écrivains algériens en 1974-1976. Il meurt le 2 juin 1978 à Alger.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151818, notice HADDAD Malek [Dictionnaire Algérie] par Amar Benamrouche et René Gallissot, version mise en ligne le 1er janvier 2014, dernière modification le 1er janvier 2014.

Par Amar Benamrouche et René Gallissot

SOURCES : J. Dejeux, « Malek Haddad, 1927-1978 », Annuaire de l’Afrique du Nord, t. XVII, 1978, et notice dans Parcours, op. cit., n° 6/7, 1986. — T. Bekri, Malek Haddad, l’œuvre romanesque, L’Harmattan, Paris, 1986. — M. Harbi, Une vie debout, Mémoires politiques, t. 1 : 1945-1962, La Découverte, Paris, 2001. — A. Cheurfi, Écrivains algériens, Casbah-éditions, Alger, 2003.

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