RADIGUET Paul [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 15 avril 1906 à Saint-Maur-les Fossés (au sud-est de Paris), mort le 29 décembre 1981 à Le Vigan (Gard, France) ; membre du bureau des Jeunesses communistes et ; envoyé comme instructeur à Oran de décembre 1932 à mars 1933 ; exclu en 1935.

Fils d’un dessinateur, Paul Radiguet adhère aux Jeunesses communistes en 1923. Il est aide-chimiste et travaille dans l’industrie chimique à Paris ou en région parisienne pendant 5 ans. En 1927, il est membre de la Commission exécutive de la Fédération de la CGTU des produits chimiques ; peut-être à titre communiste car il est devenu permanent appointé. Après son service militaire en 1928-1929 pendant lequel il serait secrétaire d’une cellule de caserne, il entre au bureau des Jeunesses communistes chargé de l’organisation des enfants pionniers et au Comité central du parti communiste ; il y est renouvelé en 1932, échappant donc aux tribulations du groupe dirigeant du parti français issu des JC, dit Barbé-Celor-Lozeray* (voir à ce dernier nom). En 1931, il a été envoyé soutenir des grèves aussi bien dans le Gard (grève des mineurs) que dans le Nord (grève du textile à Roubaix-Tourcoing).

À la fin de 1932, Paul Radiguet est délégué en Algérie par la Commission coloniale du Parti communiste en mission de réorganisation des activités à Oran et en Oranie. Certes la Région communiste d’Algérie est encore sous le coup de la répression intensive depuis 1925-1926 sous le Gouverneur général Viollette* et des reculs qui l’ont réduite à quelque 150 membres. Mais à partir d’Alger, Si Ahmed Belarbi* (Boualem) tente une reprise en constituant un Parti national révolutionnaire, ce que semblent ignorer Paul Radiguet et la Commission coloniale. À Oran, les Jeunesses communistes maintiennent une capacité d’agitation et surtout la CGTU reste active par la multiplicité des mouvements de grèves.

Par ignorance probablement ou par caractère, selon les souvenirs de N. Zannettacci*, l’instructeur Radiguet semble se comporter comme dans un jeu de quilles. Le dernier candidat communiste aux élections législatives de 1932, était Maurice Benaïch* formé aux Jeunesses communistes et encore secrétaire des JC à Oran, et permanent du parti avec N. Zannettacci. Certes, « Zannett. », comme on l’appelle familièrement, dans son témoignage en 1976-1977, juge globalement M. Benaïch : « sectaire et peu porté à accepter l’idée d’indépendance de l’Algérie » ; les positions nationales ne semblent cependant pas avoir été en question à ce moment-là. En tout cas, Paul Radiguet expédie Maurice Benaïch s’activer à Sidi-Bel-Abbès où il s’avère très combatif. Comme Paul Radiguet s’accroche aussi avec Marcel Kimoun* qui est le secrétaire de l’Union locale d’Oran de la CGTU, peut-être trouvait-il ces jeunes communistes juifs peu adéquats pour mener l’action du parti dans une ville soulevée par des passions anti-sémites. Arrêté huit jours pour une prise de parole le jour de marché, dans un souk local, Paul Radiguet est de retour à Paris dans le courant de mars 1933, juste avant que le jeune dirigeant montant à la direction du PC, Maurice Thorez*, ne parte pou une première mission rapide à Alger. Les Cahiers du bolchevisme d’avril 1933 publie un article de P. Radiguet, parfaitement orthodoxe en cette phase de mise en avant des luttes agraires, avec des informations collectées : « Les paysans d’Algérie en lutte contre les expropriations ».

Cette mission en Algérie est portée à charge de ce permanent du parti écarté en 1935, en 3e motif seulement. Paul Radiguet est exclu du Comité central du parti communiste à la date du 16 juin 1935 en premier lieu « pour s’être laissé entraîner dans les luttes de fractions entre différents éléments douteux, non-membres du parti » ; en second lieu de ne pas avoir tenu compte des mises en garde, et enfin pour avoir « eu une politique en Algérie qui aboutissait à la liquidation du mouvement révolutionnaire par la désagrégation et le sabotage » . C’est charger la barque en pratiquant l’écriture automatique. En 1948, responsable de l’Afrique du Nord à la Commission coloniale du PCF, Élie Mignot reprendra ces mises en cause dans le dossier à charge d’exclusion d’Amar ouzegane* qui aurait été le comparse de Paul Radiguet.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151985, notice RADIGUET Paul [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 6 janvier 2014, dernière modification le 8 septembre 2020.

Par René Gallissot

SOURCES : Arch. Nat., France, Paris, F7 13 085 et 13 130. –Arch. Wilaya d’Oran, dossier 3073. –Arch. (Moscou) transmises par C. Pennetier, RGASPI, 495 270 605. -La Lutte Sociale, 1931-1933. – Cahiers du bolchevisme, avril 1933. –J. Delorme, Mémoire sur les communistes de Sidi, Bel-Abbès, op.cit. – Interview de N. Zannettacci par J-L. Planche, 1976.

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