BARSZCZEWSKI Judas, dit KORMAN Ild, dit Idel KORMANN, dit Philippe, alias SOUCHANSKI Stanislas

Par Daniel Grason

Né le 14 mai 1905 à Varsovie (Pologne), mort en 1977 à Paris ; tapissier ; dirigeant de la sous-section juive du Parti communiste ; fondateur de Solidarité ; dirigeant de la Main- d’œuvre immigrée (M.O.I., responsable aux masses de la région parisienne ; résistant ; déporté ; permanent de l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide (U.J.R.E.).

Fils d’Henoch et d’Hinda née Azmal, Judas Barszczewski était le frère de Léa et l’oncle d’Henri Krasucki. Il arriva en France à Strasbourg porteur d’un passeport polonais le 20 février 1926. En Pologne il aurait appartenu à l’association des Croyants d’Israël. Il exerçait la profession de tapissier et il habita en 1932, au 13 rue Euryale-Dehaynin, (XIXe arr.), puis 4 square du Vaucluse à Paris (XVIIe arr.). Judas Barszczewski était surtout connu sous le nom de Ild Korman, il fonda l’organisation Solidarité, et il travailla régulièrement jusqu’au dernier trimestre 1939.
Il fut interpellé par des policiers lors d’une rafle le 29 septembre 1940 à la hauteur du 88 quai de la Loire à Paris (XIXe arr.) ; fouillé au corps il fut trouvé porteur d’un numéro de Unzer Vort (Notre Parole) édité par la sous-section juive du Parti communiste. Il déclara qu’un passant lui avait remis ce tract dans la rue et qu’il l’avait gardé pour le lire. Considéré comme suspect communiste, interné à la caserne des Tourelles, (Paris, XXe arr.), il fut libéré le 9 janvier 1941.
Le mardi 13 mai 1941, des centaines de policiers distribuèrent une convocation dans les quartiers Juifs de Paris indiquant que les Juifs devaient se présenter le lendemain dans l’un des dix points de rassemblement à Paris. Cette convocation resta dans la mémoire des survivants sous le nom de « Billet vert » en raison de la couleur du document, qui était signé d’un commissaire de police. Ils furent autour de 3800 à se présenter, 1300 autres flairèrent le piège et Judas Barszczewski fut de ceux-là. Les premiers furent internés à Pithiviers et Beaune-la-Rolande (Loiret) avant d’être déportés en trois convois en juin et juillet 1942 à Auschwitz (Pologne).
Judas Barszczewski entra dans le comité de solidarité Juif du XIXe arrondissement, il devint trésorier du comité. En février 1943 il assuma au sein de la Main-d’œuvre immigrée la fonction de responsable politique permanent du travail des masses parmi les juifs étrangers pour la région parisienne. Cette action était de solidarité et de diffusion de la propagande principalement dans les ateliers de fourrure où des Juifs travaillaient. En juin 1943 des comités populaires étaient présents dans une dizaine d’ateliers. Au printemps 1943, il participa à la réunion fondatrice de l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide (UJRE).
Le 28 juin 1943 le commissaire Paul Tissot, principal adjoint de Jean Hénoque à la Brigade spéciale no 2 (BS2) fut abattu de deux balles dans le dos. Les policiers furent persuadés que le coup venait des FTP-MOI, de Judas Barszczewski. L’ordre fut donné de l’arrêter dès que possible.
Le 29 juin 1943 vers 20 h 45, Judas Barszczewski fut interpellé par deux inspecteurs de la BS2 près du 13 rue Sainte-Blaise (XXe arr.). Des policiers le filaient sans réussir à découvrir son nouveau domicile clandestin. Il portait sur lui une fausse carte d’identité au nom de Stanislas Souchanski, des cartes d’alimentation, dix-neuf feuilles manuscrites en français et en yiddish, des tracts, cinq notes aux responsables régionaux… Lors de la perquisition de son nouveau logement clandestin au 13 rue Sainte-Blaise, un agenda annoté, deux récépissés de mandat de cinq mille francs avec l’adresse de l’expéditrice à Nice et différents papiers furent saisis.
Son ancienne chambre au 8e étage du 4 square du Vaucluse, louée sous le nom de Stanislas Souchanski, fut visitée, La Vie Ouvrière du 4 mai 1943 y fut découverte ainsi qu’un agenda de 1942. Un pneumatique expédié le 16 juin 1943 de la poste de la rue Benjamin-Constant [XIXe arr.), adressé à Souchanski intrigua les policiers : « Tire-toi, les flics vont te sauter, sauve-toi ».
Emmené dans les locaux des Brigades spéciales à la préfecture de police, il fut probablement tabassé voire torturé lors des interrogatoires. Les policiers l’avaient repéré dès le 6 mai 1943 vers 9 h 40 à la Porte d’Orléans, et ils l’appelèrent désormais « Orléans », il était en compagnie d’Ephraïm Lipcer. Puis il avait été vu le 23 mai à 13 h 35 face au 35 square du Tarn avec Vachman ; le 8 juin à 18 h rue Monceau avec Ephraïm Lipcer et Chana Goldgewitcht. Il déclara ne pas reconnaître l’écriture de l’auteur du télégramme : « J’ai quitté [le logement] square du Vaucluse le 15 juin et le pneumatique est daté du 16 juin ». Il tint bon sous les coups, ignorait à quoi servaient deux clefs trouvées dans le même lieu. Quant aux tracts et aux « projets de tracts trouvés rue Sainte-Blaise [ils] étaient destinés à la documentation personnelle ». Il dégagea la responsabilité de sa femme, elle « ne participe en aucune manière à mon action clandestine ». Il ne lâcha que des pseudonymes, quant aux papiers trouvés sur lui, il affirma : « En résumé, je ne puis vous fournir aucun renseignement sur les documents dont j’ai été trouvé porteur ».
Interné au camp de Drancy sous le matricule 4624, Judas Barszczewski était dans le 7 octobre 1943 dans le convoi no 60 à destination d’Auschwitz. Il participa à organiser la Résistance dans le camp, celui-ci était évacué en janvier 1945. Judas Barszczewski fut déporté dans les camps de Dora - Nordhausen (Allemagne) et Theresienstadt (Tchécoslovaquie).
Judas Barszczewski témoigna le 22 août 1945 devant la Commission d’épuration de la police. Il déclara : « J’ai été arrêté le 28 juin 1943 à mon domicile illégal 13 rue Saint-Blaise à Paris XXe arrondissement pour activité communiste clandestine, par deux inspecteurs de Police. »
« Sur les photographies que vous me présentez, je reconnais les inspecteurs que vous me dites être P… et L… pour être mes capteurs. »
« Ces deux policiers m’ont conduit à la préfecture de Police service des Brigades spéciales, où je suis resté détenu cinq jours pendant lesquels j’ai été sauvagement frappé avec un nerf de bœuf, j’ai également été roulé par terre, ces séances de matraquage duraient environ deux heures à chaque fois, je me suis évanoui à plusieurs reprises sous la violence des coups. Lors de mon départ pour Fresnes, j’avais les jambes enflées et je ne pouvais pas me tenir debout. »
« Ce sont les policiers R… et Barrachin qui se montraient les plus acharnés pour me frapper, les inspecteurs D… et B… m’ont également torturé je les reconnais formellement sur les photographies. »
« Interné six semaines à Fresnes les services allemands de la rue des Saussaies, sont venus m’extraire pour me faire subir un interrogatoire puis m’ont emprisonné de nouveau à Fresnes, pour une nouvelle période de six semaines, ensuite j’ai été interné à Drancy comme israélite, le 7 octobre j’ai été déporté à Auschwitz. J’ai été libéré le 7 mai 1945 par les troupes russes. »
« N’ayant pas encore réintégré mon domicile, je ne puis déclarer si des vols ont été commis au cours de la perquisition qui a eu lieu 13 rue Saint-Blaise. »
« Je porte plainte contre les policiers qui m’ont arrêté, contre ceux qui m’ont frappé et je les considère comme responsable de ma déportation. »
Gaston Barrachin avait dans l’exercice de ses fonctions été un « violent » écrivit Jean-Marc Berlière « Ses interrogatoires se terminent parfois tragiquement. Le groupe qu’il dirigeait fut l’un des plus actifs. Pourchassant inlassablement les « communo-terroristes », les interrogeant avec violence, il a commis de gros dégâts. »
Jugé en octobre 1945, Barrachin a été condamné à mort et fusillé, « non sans avoir tenté, aidé de sa fille, de se battre jusqu’au bout sur le terrain politique. »
Juda Barszczewski a été homologué Déporté interné résistant (DIR). Il devint permanent à l’UJRE, vivait avec Techka Tenenbaum, celle-ci abandonna son métier de couturière et devint également permanente de l’organisation au 14 rue de Paradis à Paris (Xe arr.) Le Parti considérait que le couple serait plus utile en Pologne.
En 1954 accompagné d’une nièce ils partirent pour Varsovie. Judas devint membre de la direction du Farband Fun Yidn in Poïln (L’Union des Juifs de Pologne) et rédacteur de politique étrangère du journal yiddish la Folkshtimme, (La Voix du peuple), Techka était chargée de la rubrique courrier des lecteurs dans un magazine en polonais. Après la guerre des six jours de 1967, tous les pays du bloc soviétique soutinrent les pays arabes. Sous le couvert de l’antisionisme une violente campagne antisémite fut déclenchée en Pologne. Dans un discours prononcé le 19 mars 1968 Wladyslaw Gomulka accusa « les Juifs de mener une campagne antisoviétique et de créer une cinquième colonne » dans le pays. Treize mille Juifs quittèrent la Pologne entre 1968 et 1971, Juda Barszczewski et Techka Tenenbaum furent du nombre.
Judas Barszczewski dit Ild Korman mourut à Paris en 1977.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article152032, notice BARSZCZEWSKI Judas, dit KORMAN Ild, dit Idel KORMANN, dit Philippe, alias SOUCHANSKI Stanislas par Daniel Grason, version mise en ligne le 6 janvier 2014, dernière modification le 15 mars 2022.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BA 2298, 77 W 5351-292132. – Bureau Résistance GR 16 P 35526. – Jean-Marc Berlière avec Laurent Chabrun, Les policiers français sous l’occupation, Éd. Perrin 2001. – Stéphane Courtois, Denis Peschanski, Adam Rayski, Le sang de l’étranger. Les immigrés de la MOI dans la Résistance, Fayard, 1989. – Boris Holban, Testament. Après 45 ans de silence, le chef militaire des FTP-MOI de Paris parle…, Calmann-Lévy, 1989. – Annette Wieviorka, Ils étaient juifs, résistants, communistes, Denoël, 1986. – David Diamant, Le Billet vert, Éd. Renouveau, 1977. – Site internet CDJC.

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