REVEL Gaston, [REVEL Gaston, Raymond, Jules, Albert] [Dictionnaire Algérie]

Par Colette Drogoz et Alexis Sempé

Né le 20 février 1915 à Laure-Minervois (Aude, France), mort le 27 janvier 2001 à Carcassonne (France) ; après avoir été instituteur dans le bled à Aïn-Tabia près de Collo, instituteur à Bougie (Bejaia) ; devenu communiste face à la situation coloniale ; élu au conseil municipal de Bougie dans le 2e collège dit "musulman" ; syndicaliste CGT en Algérie et SNI en France ; correspondant d’Alger Républicain.

Gaston Revel était le seul enfant de Jules Revel et Marie Gareil. La famille appartenait à la moyenne paysannerie. Gaston Revel fut baptisé. Son père avait des idées socialistes sans avoir milité à la SFIO. Après le certificat d’études primaires, Gaston Revel entra à l’école primaire supérieure de Limoux puis, en octobre 1933, à l’École normale de Carcassonne. À partir de février 1935, il tint régulièrement un carnet. Il était attiré par la littérature, l’histoire et les actualités politiques. Hors de l’influence familiale il devint athée.

Gaston Revel fut touché par la misère entraînée par la crise des années 1930. Sursitaire, pacifiste convaincu il exprima ses inquiétudes dans son carnet, étudia l’espéranto. Il obtint le brevet supérieur en juillet 1936 et partit en septembre pour l’École normale (EN) de Bouzaréah (Alger) pour une année de préparation à l’"enseignement indigène". C’est de là qu’il suivit les évènements de 1936 en France comme en Espagne, lut Marx et Engels. L’aventure et la doctrine de l’assimilation de la III ème République avaient été sa motivation de départ. Le contact avec la réalité algérienne fut pendant cette année plutôt ténu. L’EN était isolée et le programme chargé. En 1937, Gaston Revel obtint son CAP, ses idées étaient alors proches de la SFIO. En 1937-1939, il effectua son service militaire à Paris.

Dès 1938, il se rapprocha des communistes et, en 1939, il était clairement sympathisant communiste voire peut-être membre des Jeunesses communistes. Au début de la deuxième guerre mondiale, maintenu sous les drapeaux, il partit pour la Moselle, combattit sur la Somme en juin 1940 puis se replia dans le Tarn. Il fut démobilisé le 26 juillet 1940. Il partit alors enseigner, en Algérie, dans le bled, à Aïn-Tabia (près de Collo) jusqu’en 1942. Il y découvrit la misère, la malnutrition, les maladies, le manque de vêtements de la population algérienne mais aussi constata que l’injustice et l’arbitraire régnaient en maître dans le douar sans pour autant condamner le système colonial. Ses conditions de vie et de travail étaient également difficiles.

Depuis l’Algérie, Revel soutint la Révolution nationale et approuva la collaboration. Pour 1941 et 1942 les documents manquent. Le 3 octobre 1942, Gaston Revel fut nommé à Bougie (Béjaia). Le 15 décembre, il fut mobilisé après le débarquement anglo-américain et participa à la campagne de Tunisie. Son état d’esprit avait clairement changé. Il devint hostile au régime de Vichy. Le 9 septembre 1944, il débarqua près de Saint-Tropez et alla avec sa compagnie jusqu’en Allemagne. Il fut démobilisé dans l’été 1945, revint en Algérie et s’engagea en politique en adhérant au PCA.

Gaston Revel retrouva un poste d’instituteur à Bougie, sa mère l’avait rejoint après le décès de son père. Les conditions d’enseignement et de vie étaient meilleures que dans le bled. Les enseignements européens et musulmans étaient toujours séparés mais de 1946 à 1949 une certaine fusion s’opéra. En décembre 1945, Gaston Revel fut inspecté pour la première fois, une deuxième fois en 1949, les rapports furent à chaque fois élogieux. De 1945 à 1955, à Bougie, G. Revel déplore le peu de moyens que l’administration consacre à l’enseignement des Musulmans. Il s’investit dans les cours du soir organisés par l’union locale CGT de Bougie.

À ce moment, le Parti communiste algérien demandait une Algérie associée, excluant l’indépendance. Cependant au 5ème Congrès du PCA les 26-28 mai 1949 c’est la lutte pour la libération nationale et la demande d’une République algérienne, démocratique et sociale qui furent adoptées. Gaston Revel, dans un discours, expliqua à ses camarades la nouvelle orientation contre l’oppression coloniale, économique, politique, administrative, culturelle et donc contre la misère des Algériens qui avaient pourtant participé à la guerre. Les communistes luttant contre l’oppression, pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes devaient donc aider le mouvement algérien contre le colonialisme.

Gaston Revel mena, dès 1946, une intense propagande, dénonçant le trucage des élections, le système de l’Assemblée algérienne non représentative et sans pouvoir, la main mise européenne sur la terre, l’absence d’industrie. Au fil des années les connaissances théoriques et pratiques de l’instituteur se renforcèrent, il devint un leader. Pendant les vacances scolaires, il suivit les cours de l’école fédérale du PCF de l’Aude (France). Dans l’été 1947, il fit un long voyage en Europe de l’Est avec son ami Lalla Adjaout*, ce qui renforça sa conviction qu’un monde meilleur passait par le communisme. Il fut plusieurs fois secrétaire général de la section communiste de Bougie. À partir de 1948, il fut présenté par le PCA aux différents scrutins du 1er collège. Les scores montraient que le vote communiste devenait marginal chez les Européens.

Parallèlement, il participa au mouvement syndical dans la CGT. En 1950, il fut secrétaire général de l’union locale CGT. Ce syndicat, regroupant les deux communautés (européenne et algérienne) était un lieu de rencontre privilégié. La presse était un moyen d’information pour Gaston Revel mais aussi de dénonciation du système colonial. Il fut dans les années 50 un correspondant local très actif d’Alger Républicain, journal créé en 1938 et qui devint un instrument de rassemblement et d’éducation des masses populaires. G. Revel vendit aussi l’hebdomadaire du PCA, Liberté.

Au fil des années, par ses actions militantes Gaston Revel devint un homme populaire et respecté parmi la population de Bougie, particulièrement aimé des Algériens, ce que confirma son élection en 1953 aux élections municipales dans le deuxième collège (celui réservé aux Musulmans) sur une liste UDMA/PCA/progressistes. Il fut le premier Européen élu au deuxième collège dans une ville de cette importance. Il siégea avec les communistes Lalla Adjaout* et Abdelkrim Khoudir* ainsi qu’avec son avocat Mabrouk Belhocine*. Les mots d’ordre étaient « dénonciation (du colonialisme), clarification (des problèmes), organisation (des luttes) ». Mais le conseil municipal laissait peu de place à la parole des communistes.

Dans cette période, Gaston Revel fut agressé par deux fois en 1953. Il fut également condamné à trois reprises, la première fois en mars 1949 pour avoir effectué une collecte non autorisée en faveur des mineurs en grève. C’est dans ces circonstances de combat intense mais difficile aux côtés du peuple algérien que débuta la guerre d’Algérie en novembre 1954. Gaston Revel fut contraint de quitter l’Algérie en octobre 1955 après l’interdiction du PCA en septembre. En juin 1955, le PCA s’était rallié à la lutte nationale et s’était préparé au passage à l’illégalité. Un soulèvement paysan, en août 1955, entraîna une forte répression, de nombreuses arrestations eurent lieu dans la section du PCA et ce dernier fut dissous le 12 septembre 1955. Une perquisition fut effectuée chez Gaston Revel dans la nuit du 12 au 13 septembre et peu après un attentat eut lieu contre lui. Le 4 octobre 1955, il lui fut notifiée une interdiction de séjour dans le département de Constantine. Il partit donc pour Alger. Un nouveau poste d’instituteur lui fut refusé en Algérie, il rentra alors en France où il resta sans poste pendant un an.

Gaston Revel se maria le 28 avril 1956 avec une institutrice : Lucienne Guillon. Le premier octobre 1956, il fut nommé à Laure-Minervois, commune de sa naissance. Ses relations avec le maire SFIO et une partie de la population furent tendues et l’année suivante Gaston Revel fut nommé à Carcassonne. Il fut membre du Syndicat national des instituteurs (SNI), milita au Secours populaire, participa à l’aide aux Algériens victimes du conflit.

Dès l’indépendance algérienne, Gaston Revel revint en Algérie. En octobre 1962, il était de nouveau instituteur à Bougie où il constata les deuils et les destructions. Il milita au PCA bien que la parti reste interdit. Gaston Revel fut arrêté, le 8 mai 1963, lors d’un rassemblement contre le chômage, ce qui lui valut l’emprisonnement et le 30 mai 1963 l’interdiction de séjour dans le département de Sétif. Libéré en juin 1963, il retourna à Alger, son épouse étant toujours à Bougie (Bejaia), puis le 17 juin reprit son poste d’instituteur. Le premier octobre 1964, à 49 ans, Gaston Revel était à la retraite mais accepta de rester un an de plus à la direction de l’école. Le 19 juin 1965, eut lieu le coup d’état de Houari Boumedienne ; Alger Républicain fut supprimé, les communistes furent arrêtés. Gaston Revel rentra alors en France définitivement avec une certaine amertume et un goût d’inachevé. Au retour, il adhéra au PCF à Carcassonne et resta militant de base. Il mourut le 27 janvier 2001.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article152066, notice REVEL Gaston, [REVEL Gaston, Raymond, Jules, Albert] [Dictionnaire Algérie] par Colette Drogoz et Alexis Sempé, version mise en ligne le 7 janvier 2014, dernière modification le 7 janvier 2014.

Par Colette Drogoz et Alexis Sempé

SOURCE : Un instituteur communiste en Algérie. L’engagement et le combat (1936-1965). Carnets, correspondance et photographies de Gaston Revel. Présentation et notes par Alexis Sempé, éditions La Louve, Cahors 2013.

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