SAFIR El Boudali [Dictionnaire Algérie]

Par Jean-Louis Planche

Né 13 janvier 1908 à Saïda (Algérie), mort le 4 juin 1999 à Paris ; professeur d’École primaire supérieure à Mascara (1929), à Orléansville (Chlef, 1940) ; membre de la SFIO depuis 1934, collaborateur d’Oran Républicain ; producteur à Radio-Alger en 1943, directeur artistique de la chaîne arabe, créateur de la chaîne en kabyle ; détaché à Paris au Ministère des Affaires Étrangères de 1958 à 1962 ; après l’indépendance, directeur à Alger de l’Institut National de Musique.

Issu d’une famille kouloughli (semi-turque) de Mascara, dont une partie se fixe à Saïda après la perte de sa capitale, Mascara, par l’Emir Abd-el-Kader, le grand-père d’El Boudali Safir, éleveur de troupeaux, ruiné par la sécheresse, décide d’envoyer ses 3 fils à l’école française ; l’un devient bachadel (avoué), l’autre secrétaire de commune mixte, le père enfin, instituteur à Saïda puis à Mostaganem à la fin des années 1920. El Boudali Safir poursuit ses études françaises en primaire supérieur à Saïda ; il apprend l’arabe avec son père, lecteur de l’Ikdam (La vaillance) et admirateur de l’Emir Khaled*. Le jeune homme se lie avec André Catroux, le fils du général, devenu par mariage un gros colon entre Saïda et Mascara.

Entré à l’École normale de la Bouzaréah (Alger) en 1924, El Boudali Safir obtient une 4e et une 5e année pour préparer l’École normale supérieure de Saint-Cloud, sans suite. En 1928, à Mostaganem où est arrivée sa famille, il fonde avec son ami, futur journaliste Mahmoud Benkritly, l’Union littéraire de Mostaganem ; ce cercle culturel passera sous le contrôle de l’ENA à celui du PPA. En 1929, El Boudali Safir devient professeur de français et d’arabe à l’École primaire supérieure de Mascara ; sa femme, institutrice, enseigne elle aussi. La gauche intellectuelle est présente à Mascara autour de l’imprimeur Muselli qui publie Le Réveil de Mascara et sur la poussée de Front populaire, gagne la mairie en 1935. Depuis 1934, El Boudali Safir qui est syndiqué au SNI comme ses collègues musulmans, fait comme 6 ou 7 d’entre eux, partie de la section SFIO de Mascara aux côtés d’instituteurs français qui plus nombreux, dirigent, de juifs de gauche, d’employés et de fonctionnaires qui sont francs-maçons.

Il adhère également à la Ligue Internationale contre l’antisémitisme ; écrivant des chroniques littéraires pour le journal Oran Matin, il y publie en août 1934, son premier article réellement politique : « Du sang sur le rocher », s’indignant du massacre de juifs à Constantine par des musulmans et rappelant la participation juive à la civilisation musulmane. Il est actif dans les Comités de Front populaire et comités du Congrès musulman en 1936 et 1937. Il quitte Oran matin, acquis au PPF, le parti de J. Doriot, pour collaborer dès sa création au début de 1937, à Oran républicain, le quotidien de Front populaire en Oranie. Son début de notoriété le conduit à donner quelques causeries littéraires à Radio-Alger ; il s’initie au montage d’émissions.

Dans l’été de 1940, il fait l’objet de perquisitions ; ses relations locales et régionales lui évitent la déportation au camp de Djenien-Bou-Rezg ; il est muté à Orléansville (Chlef). Après le débarquement allié, il entre en 1943 à Radio-Alger comme producteur des émissions de langue arabe, placées sous l’autorité du colonel Bendaoud, directement dans les locaux de la Direction des Affaires indigènes, et que supervise le capitaine Schoen, le chef des Services de renseignements. Son supérieur sous le gouverneur socialiste Chataigneau*, sera un temps, Si Hamza Boubekeur*, réputé comme savant musulman et garant de la langue arabe, qui sous Guy Mollet deviendra recteur de la Mosquée de Paris. Avec deux amis écrivains, Emmanuel Roblès*, socialiste, et Louis Julia, journaliste de gauche non communiste, à Alger républicain, il lance une revue : Forge, qui n’arrive pas à assurer sa diffusion.

Il devient directeur littéraire et artistique de la chaîne en langue arabe de Radio-Alger intégrée finalement à la Radio-Diffusion française en Algérie, commandée depuis Paris qui envoie des fonctionnaires et agents civils à Alger. Il continue à publier des chroniques littéraires et théâtrales, siège au jury du prix du théâtre de langue arabe, et entre en 1952 avec son ami Jean Sénac*, à l’Association des écrivains d’Algérie ; il est aussi l’ami du calligraphe Omar Racim. Son action se porte principalement sur le théâtre de langue arabe ; il diffuse les productions de la troupe de théâtre de l’Opéra d’Alger, puis la chaîne obtient les crédits pour recruter sa propre troupe qui joue en arabe dialectal. Il s’exerce aussi à faire écho sur la chaîne arabe, aux émissions que produit en langue française, son camarade Emmanuel Roblès* invitant les jeunes écrivains algériens : Mouloud Feraoun et Mouloud Mammeri. Il cherche aussi à faire entendre la langue kabyle.

Plus encore, il sert sa passion de la musique arabe ; il crée trois orchestres de plusieurs dizaines de musiciens attachés à Radio Alger : un de musique andalouse, un de musique populaire, un de musique moderne. Il fait transcrire et enregistrer un immense répertoire de noubas et ouvrir des studios d’enregistrement à Tlemcen, Oran, Bougie (Béjaia) et Constantine. La guerre apporte ses bouleversements et la disparition de ces disques. En 1957, un attentat ultra blesse un speaker de langue arabe ; les menaces se multiplient ; les arrestations frappent une part du personnel. En 1958, El Boudali Safir quitte Radio-Alger pour se joindre aux efforts de la Direction des centres sociaux.

Pour sa venue à Alger en juin 1958, De Gaulle a demandé à s’entretenir avec quelques « personnalités musulmanes représentatives » ; El Boudali Safi fait partie du choix et retient l’attention en parlant de l’impasse où risquent de conduire les hommes qui ont fait le 13 mai d’Alger. Le général lui fait proposer un poste de conseiller au Ministère des Affaires étrangères à Paris, à la direction des Affaires culturelles, qu’il occupe jusqu’à sa retraite en 1961 ; il lui aurait même laissé entendre qu’un jour l’Algérie serait libre.

Revenu à l’indépendance, El Boudali Safi est conseiller à la Radio-Télévison algérienne, puis est nommé directeur de l’Institut National de Musique. De 1967 à 1972, il organise les trois premiers festivals de musique andalouse à l’Opéra d’Alger. Il s’est retiré en France en 1987.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article152168, notice SAFIR El Boudali [Dictionnaire Algérie] par Jean-Louis Planche, version mise en ligne le 9 janvier 2014, dernière modification le 31 décembre 2017.

Par Jean-Louis Planche

SOURCES : Arch. Outre-mer, Aix-en-Provence, série cabinet du Gouverneur général. - N. Bouzar-Kazbadji, L’émergence artistique algérienne au XXe siècle. OPU, Alger, 1988. – Interview d’El Boudali Safir par J-L. Planche, Paris, 1990. – Notice originale plus développée de J-L. Planche, Parcours, op. cit., n° 12, mai 1990, Paris.

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