SCHMITT Paul [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot et Jean-Louis Planche

Né le 23 novembre 1907 à Oran ; secrétaire des Jeunesses socialistes d’Algérie (1928), secrétaire de la section SFIO de Beni-Saf (1929) ; représentant de commerce ; membre du Comité de direction d’Oran républicain (1936-1937), secrétaire du Comité d’organisation d’Alger républicain 1938), membre du Conseil d’administration de Constantine républicain (1939) ; administrateur d’Alger républicain (1943-1945) ; toujours SFIO, homme de presse.

Le grand-père venait d’Alssace-Lorraine ; il était arrivé en Algérie vers 1850 ; la mère est d’ascendance auvergnate et espagnole. Le père de Paul Schmitt est successivement comptable, voyageur de commerce et petit commerçant établi à Oran. Les enfants (frère, soeur ?) doivent interrompre leurs études pour travailler. Paul Schmitt est au lycée d’Oran quand il devient en 1925, secrétairte-adjoint des Jeunesses socialistes ; il deviendra en 1928, secrétaire des Jeuneses socialistes dont il contribue à élargir l’implantation dans le département d’Oran ; à Oran même, les JS qui s’étallissent dans le quartier de la Marine et le faubourg espagnol et dans le quartier juif pauvre, animent une vingtaine de clubs sportifs et ont des activités de loisirs.

Après l’adhésion à l’Internationale communiste en 1920, puis le retrait du PC, des aniens socialistes, la Fédération SFIO d’Oranie se reconstitue à partir de 1925 et obtient progressivement des succès électoraux, enlevant en 1929 avec l’instituteur Vignaux*, sanctionné, et remplacé par Gabriel Gonzalès*, la mairie de Beni-Saf, port actif près d’Oran avec un puissant syndicat CGT des mineurs. Membre également de la loge de l’Union africaine du Grand Orient de France, Paul Schmitt appelé pour être directeur des travaux communaux, devient secrétaire de la section SFIO de Beni Saf. Il parcourt l’Oranie en cordonnant les groupes de Jeunesses socialistes à Perrégaux (Mohammadia) avec Maurice Rabier*, futur député, à Tlemcen, Sidi-Bel-Abbès, et les sections SFIO du département qui sont au nombre de sept. Il est devenu en 1931, représentant de commerce de l’Union latine d’éditions, dont le siège est à Paris mais développe le placement d’ouvrages de luxe en Afrique du Nord.

Dans la poussée de rassemblement populaire en Oranie, face à la Dépêhe oranaise, les parrtisans du Front populaire autour de Pierre Tabarot*, préparent la réplique par un quotidien qui sera Oran républicain. Les frères Tabarot communistes un temps ou proches du PC, sollicitent pour présider, le notable radical de gauche Edmond Auzas* ; Charles-André Julien* propose comme rédacteur en chef, Michel Rouzé* qui appartient au courant minoritaire de la SFIO, la Gauche révolutionnaire ; Paul Schmitt est sollicité au titre de la Fédération SFIO et pour rabattre des fonds auprès des milieux de la gauche oranaise fonctionnaire ou commerçante, pour partie juive, en tout cas républicaine de progrès par l’école française. Par ailleurs le soutien est acquis de l’Espagne républicaine. Paul Schmitt devient un des six membres du Comité de direction politique du journal et appartient au Conseil d’administration. La publication commence en février 1937.

Installé à Alger, il participe ensuite à l’entreprise de lancement d’Alger Républicain avec le concours de Jean-Pierre Faure*, urbaniste et agent immobilier descendant des Reclus* et neveu de l’historien d’art Elie Faure. Il est secrétaire du Comité d’organisation. Le journal a un local contigu à la Maison de la culture d’Alger et le souten des intellectuels qui gavitent autour, à commencer par Albert Camus*. À l’automne 1938, Paul Schmitt passe à Constantine. Le Comité de Front populaire rassemble les fonds pour faire paraître un Constantine Républicain ; Raoul Borra* apporte l’appui de la Fédération socialiste ; Paul Schmitt gagne l’approbation du Docteur Bendjelloul alors que l’alliance du Front populaire et du Congrès musulman vaut le soutien de Ferhat Abbas, de l’Association des Oulémas, et de la région communiste dont le secrétaire est Paul Estorges*.

Lorsque la seconde guerre mondiale éclate, le Conseil d’administration est en place ; le personnel a commencé dêtre pressenti, le matériel acheté en voie d’être monté ; une petite imprimeris est acquise sous la responsabilité de Paul Schmitt. Aussi pour avoir sorti un tract du PCA fin août 1939 : “La vérité sur le pacte germano-soviétique”, en tant qu’imprimeur, Paul Schmitt est inculpé ainsi que P. Estorges en tant que rédacteur. Le PCA comme le PCF, et le PPA sont interdits. P. Estorges est condamné à 20 ans de travaux forcés ; Paul Schmitt, acquitté. Sous Vichy triomphant, celui-ci va se vouer à l’action secrête.

En Algérie sont arrivés de Londres des agents des services de renseignements polonais ; c’est à travers ce réseau”polonais” du gouvernement dit libre en exil, que Paul Schmitt travaille pour les services de renseignements du gouvernement de Londres de la France libre, en dehors du petit groupe des gaullistes d’Alger rasemblés sous le nom de Combat autour du professeur Capitant. Aussi Paul Schmitt est au courant de la préparation du débarquement allié en Afrique du Nord qui devait au reste s’étendre à la côte Est de l’Algérie ; les opérations se joueront pour l’essentiel à Alger, l’homme de renseignements est alors André Achiary*, mais la réalisation est bien plus le fait des jeunes regroupés autour de José Aboulker*. À Constantine, il faut attendre l’arrivée des troupes alliées et ralliées ; Paul Schmitt entre dans Constantine avec le premier convoi militaire allié. Il peut faire libérer le Dr Bendjelloul arrêté sous l’imputation de collaboration, car depuis 1941 il n’avait cessé de le solliciter en faveur de la France libre.

A la fin de 1942, Paul Schmitt est nommé liquidateur d’Alger Républicain ; il s’emploie alors à rétablir une association éditrice. René Capitant qui entre au Conseil d’administration, apporte le soutien des gaullistes ; Michel Rouzé est là pour assurer la rédaction. Paul Schmitt est partie prenante dans la reprise au titre de la Résistance française, de la presse qui fut collaboratrice du régime de Vichy et dont les biens, locaux et imprimeries sont placés sous séquestre. Au reste, il se rend à Paris pour prendre en charge le service de presse parisien du Gouvernement général qui s’abrite à l’Office algérien d’action économique (OFALAC) créé avec le concours de la Chambre de commerce d’Alger et où travaille de longue date Gabriel Audisio, le chef de l’école littéraire algérianiste qui a porté le jeune Albert Camus*. À Paris, Paul Schmitt se fait le correspondant d’Oran Républicain réapparu, dont le nouveau directeur, Jean Giovannoni, ancien officier, est son beau-frère.

En décembre 1946-janvier 1947, Paul Schmitt fait partie du cabinet de Guy Mollet qui monte à la tête de la SFIO et qui est ministre d’Etat dans le bref gouvernement présidé alors par Léon Blum. P. Schmitt vient en Algérie pour accélérer la dévolution des biens des entreprises séquestrées ; membre du Conseil d’adminstration de la Société nationale des éditions de presse (SNEP), il fait attribuer à Alger Républicain, l’usage de l’imprimerie, rue Koechlin à Bab-el-Oued, puis des locaux au centre (“la mosquée” en face de l’hôtel Albert 1er) de la Dépèche algérienne frappée de séquestre. Le déficit financier conduira plus tard à faire appel à l’Union française d’information qui dépend du Parti communiste, et assurant la relance du journal dont la direction et la rédaction seront réorganisées.

Rentré d’abord à Paris, Paul Schmitt s’emploie alors dans la presse et se consacre en partie au journalisme. Il collabore l’Agence centrale de presse (ACP) sous direction émanant de la SFIO. En 1955, il est correspondant parisien de l’éphémère journal Communauté algérienne publié par Mohammed-el-Aziz Kessous* ; en 1960, il dirige à Rabat, ACP-Maroc qui entre en 1961 daqns la constitution de l’agence Maghreb-arabe presse (MAP) pour être l’agence du gouvernement marocain et du Palais. Après l’indépendance algérienne, comme à Oran, le quotidien La République a succédé à Oran Républicain, Paul Schmitt en est le correspondant parisien jusqu’en 1970 donnant trois chroniques hebdomadaires (une est signée A.D. et échappe à toute censure).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article152252, notice SCHMITT Paul [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot et Jean-Louis Planche, version mise en ligne le 11 janvier 2014, dernière modification le 11 janvier 2014.

Par René Gallissot et Jean-Louis Planche

SOURCES : Arch. Outre-mer, Aix-en-Provence, dossier Oran. – Arch. Wilaya d’Oran. – F. Soufi, Oran républicain et les problèmes algériens, 1937-1938. Mémoire de DEA d’histoire, Université d’Alger, 1976. – Interviews de Paul Schmitt par J.-L. Planche, Paris, 1989-1990. – Notice par J.-L. Planche dans Parcours, op.cit., n° 13-14, Paris, octobre 1990.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément