HARAIGUE Zina [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Née en 1934 à Bougie (Bejaia) ; cadette de sept ans d’Omar Haraigue ; arrivée en France chez son frère, ouvrière à l’usine Verdier (Creusot-Loire), syndiquée à la CFTC, seconde activement son frère à l’organisation spéciale de la Fédération de France ; clandestine à Paris, arrêtée en mai 1960, emprisonnée à la prison de femmes de La Roquette à Paris, partie prenante de l’évasion en février 1961.

La famille Haraigue vit entre Bejaia et Sétif où, à onze ans, le 8 mai 1945, Zina assiste à la répression du défilé célébrant l’armistice, et qui tourne au massacre. Elle dit son émotion dans son entretien réalisé par Danièle Djamila Amrane-Minne pour sa thèse, entre 1978 et 1986 ; mais son témoignage comporte des flottements chronologiques sans parler de confusions sur le mouvement messaliste MNA. Son frère Omar Haraigue l’accueille en 1954 alors qu’elle a vingt ans, et non pas plus tôt comme cela est écrit le plus souvent. Elle dit elle-même : « En 1954, j’étais mariée et j’avais une petite fille. Cela n’allait pas avec mon mari. Je suis partie en France chez mon frère ; ma fille est restée chez ma mère ». Ensuite, la famille (la mère et les trois jeunes frères) se regroupe près de Firminy (Loire).

On sait qu’Omar Haraigue et sa femme Marthe travaillent à l’usine Verdier de Creusot-Loire où Zina entre à son tour, faisant le trajet à vélo. « Après l’arrestation de mon frère » – peut-être à sa première arrestation en 1955 – « les ouvriers algériens m’ont proposé de le remplacer et j’ai été déléguée CFTC ».

Elle devient de plus en plus activement, agent de liaison de l’organisation clandestine dont son frère a la direction pour le centre et le sud de la France en 1957. « Je faisais des liaisons, des fois, j’allais jusqu’à Paris, Marseille, Lyon. Je logeais à l’hôtel ou dans des familles algériennes ou parfois même françaises. À partir de 1958 […], je me suis installée à Paris, j’ai continué à travailler clandestinement avec de faux papiers ».

Quittant sa chambre de bonne pour se rendre dans l’appartement où Moussa Kebaïli qui en avait fait un dépôt, y compris d’armes, vient d’être intercepté, elle est arrêtée le 13 mai 1960. Sa carte d’identité est au nom d’Hélène Barré. À la police qui la prend d’abord pour une Française, elle réplique qu’elle est membre du FLN et s’appelle Zina Haraigue ; son frère Omar, toujours recherché, est connu comme Omar-Mourepiane. Après quatre jours douloureux d’interrogatoire, elle est enfermée à la prison de femmes de La Roquette, boulevard Raspail. Les Algériennes sont mises avec les prisonnières de droit commun. Puis, sous action de la Croix Rouge, Zina Haraigue va rejoindre le groupe des femmes des réseaux Jeansonet Curiel qui bénéficient du régime politique et s’organisent entre elles sous l’œil des bonnes sœurs surveillantes. Les relations se tendent quand Zina fait preuve d’un nationalisme algérien exacerbé, à la limite du racisme, comme elle le reconnaîtra plus tard, face à ces militantes communistes internationalistes, plus âgées. Cependant l’évasion se prépare en commun.

Avec Didar Fawzy* et Jacqueline Carré, après bien des dérapages sur le toit, les trois femmes sont les dernières à sauter dans la rue. Gagnant un café algérien près de la Place Clichy, puis abritées dans un hôtel algérien de Clichy, elles sont prises en charge par le réseau de soutien, entre autres par « des gens de gauche » à Neuilly. Zina Haraigue est un temps abritée chez la chanteuse Catherine Sauvage. Cette solidarité lui fait abandonner ses préventions. Transférée en Allemagne, elle rejoint au Maroc son frère Omar, responsable de l’action sociale auprès des orphelins à Oujda, qu’assiste aussi la compagne d’évasion, Didar Fawzy-Rossano.

Après l’indépendance, remariée et mère de six enfants, Zina Haraigue ne revient à la manifestation politique qu’en 1990-1991, au sein du Comité algérien contre les tortures et en militant pour les droits humains.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article152264, notice HARAIGUE Zina [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 11 janvier 2014, dernière modification le 23 janvier 2019.

Par René Gallissot

SOURCES : Danièle Djamila Amrane-Minne, Des femmes dans la guerre d’Algérie, Karthala, Paris 1994, Entretiens dont celui avec Zina Haraigue en complément de la thèse publiée en version abrégée : Les femmes algériennes dans la guerre, Paris Plon 1991. — D. Fawzy-Rossano, Mémoires d’une militante communiste (1942-1990) du Caire à Alger, Paris et Genève. Lettres aux miens, L’Harmattan, Paris 1997. — H. Cuénat, La Porte verte, Bouchène, Saint-Denis, 2001. — Témoignage de H. Cuénat dans J. Charby, Les porteurs d’espoir. Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie : les acteurs parlent, La Découverte, Paris 2004.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément