WISCHNEWSKI Hans-Jürgen surnommé Ben Wisch [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 24 juillet 1922 à Allenstein en Prusse orientale (Allemagne), mort le 24 février 2005 à Cologne (RFA) ; après avoir fait la 2e guerre mondiale, travaillant dans l’industrie métallurgique devenant secrétaire du grand syndicat I.G. Metall de 1953 à 1959, apportant une aide considérable à la Fédération de France du FLN repliée à Cologne ; proche des courants internationalistes trotskystes, au sein de la social-démocratie allemande (SPD) principal soutien des mouvements de libération dans le monde arabe, de l’Algérie à la lutte palestinienne et en Amérique du sud (Chili, Nicaragua) ; député au Bundestag de 1957 à 1990, au parlement européen de 1961 à 1965 ; ministre à plusieurs reprises de 1966 à 1982.

Après des études à Berlin, obtenant l’Abitur (baccalauréat) en 1941, H.-J.Wischnewski servit dans l’armée allemande ; en 1945, il termine avec le grade d’Oberleutnant. Employé dans la métallurgie en Rhénanie-Westphalie, il se fait remarquer d’abord comme syndicaliste ; de responsabilité en responsabilité, il devient en 1953, le secrétaire du puissant syndicat IG Metall. Il a adhéré au parti socialiste SPD en 1946 et en devient un des dirigeants pour le cercle de Cologne d’autant que depuis 1959 il est président des Jeunesses socialistes ; ces Jeunes socialistes sont l’aile gauche sinon gauchiste poussant le parti vers la lutte contre tout retour de militarisation et ouvrant l’internationalisme vers les luttes de libération dans les pays du sud.

Aussi, est-ce H.-J. Wischnewski qui assure le soutien des syndicats allemands de la RFA (adhérents de la CISL) aux partisans du FLN et de l’UGTA, non seulement en réponse aux demandes venant de Tunis ou du Caire, mais en contact avec les réseaux implantés dans l’immigration de travail en Europe occidentale notamment la Fédération de France du FLN. Plus encore, il est lié aux mouvements de jeunesses socialistes, souvent étudiants, en RFA et au Benelux et pays nordiques, qui sont animés par les courants trotskystes de la IVe Internationale. Il agit et ils agissent par anticolonialisme et par internationalisme. Il est vrai que pour ménager la SFIO, le parti frère de l’Internationale socialiste, le parti social-démocrate allemand se décharge sur les syndicats des prises de position et des actions contre la guerre française d’Algérie, ses méthodes et son sens réactionnaire. Au congrès du parti à Stuttgart en 1958, le jeune député pourra se permettre de faire la leçon à la majorité de la direction qui n’ose se démarquer du socialisme français.

Quand à partir de 1957, la direction de la Fédération de France du FLN se replie à Cologne, son principal interlocuteur en Allemagne est alors H.-G.Wischnewski qui est à la fois un dirigeant de Rhénanie-Westphalie et député. « Mon premier interlocuteur, note M. Harbi*, fut Hans-Jürgen Wischnewski. Très introduit dans la classe politique, ce député à l’esprit vif, futur ministre des Affaires arabes, avait en tête un véritable répertoire des personnalités favorables à la cause algérienne, toutes tendances confondues ». Ce syndicaliste à gauche de la social-démocratie joue sur deux plans. Très lié au mouvement étudiant et des Jeunes socialistes, - il est l’ami de Georg Jungclass, membre influent de la IVe Internationale, inséré dans les cercles intellectuels de Francfort et en relation avec les groupes de Bruxelles et des Pays-Bas-, il aide dans ses entreprises de recueil financier et d’approvisionnement en armes, le groupe autour de Pablo-Michel Raptis* ; il couvre même les mauvais effets de la tentative découverte de fabrication de fausse monnaie. Il permet la publication de l’équivalent de Libre Algérie qui est Freies Algerien.

Son action consiste à mettre des locaux, des hébergements, des stages, des bourses ou des rattachements sur postes à la disposition de militants et cadres du FLN et de l’UGTA. Devenu en 1961, responsable du Bureau des Affaires africaines du parti social-démocrate, il joue une fonction d’intermédiaire pour les contacts internationaux avec les dirigeants du FLN (GPRA) et d’une façon occulte avec les autorités ou les services français ; il peut ainsi sortir de leur détention, trois dirigeant du FLN dont Hafid Keramane, futur ambassadeut en RFA, et l’idéologue Mouloud Kassem, futur ministre. Par ailleurs, fort de son expérience syndicale et de sa place dans la confédération DGB, H.-G. Wischnewski fait adroitement pression sur le grand patronat de Ruhr et Westphalie pour obtenir des contributions. Ainsi met-il en place en 1961, l’Arab Afrika Gesellschaf qui fournit des ressources financières. L’argument est de ne pas se laisser prendre de cours par le placement de la DDR qui affiche son soutien à l’Algérie pour gagner une reconnaissance internationale. Ce sont des gages à prendre sur de futures relations après l’indépendance.

Devenant ministre dans les gouvernements de coalition, H.-G. Wischnewski est à la fois chargé des relations de la RFA avec les pays d’Afrique et d’Asie, « ministre des affaires arabes » et de la question palestinienne, puis le chargé de mission auprès de la Tricontinentale et des mouvements de libération en Amérique latine. Le leader palestinien Yasser Arafat le saluera en 1997 du nom de « Ben Wisch », surnom qui lui aurait été donné par Willy Brand, son mentor ; pour les sandinistes du Nicaragua, il était Comandante Hans.

en faveur de l’indépendance algérienne » dans J-Ch. Jauffret (ed.), Des hommes et des femmes en guerre d’Algérie. Éditions Autrement, Paris, 2003.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article152446, notice WISCHNEWSKI Hans-Jürgen surnommé Ben Wisch [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 15 janvier 2014, dernière modification le 8 septembre 2020.

Par René Gallissot

SOURCES : Catalogue de la Bibliothèque nationale allemande par internet (Deutschen Nationalbibiothek). — Mémoires politiques : H-J. Wischnewski, Mit Leidenschaft und Augn mass. In Mogadischu und anderswo. Politische Memoiren. Munich, 1989. –M. Harbi, Une vie debout. Mémoires politiques. Tome 1 : 1945-1962. La Découverte, Paris, 2001. –G. Meynier, Histoire intérieure du FLN. 1954-1962. Fayard, Paris, 2002. –J.-P. Cahn et K.-J. Muller, « L’engagement du député ouest-allemand Hans-Jürgen Wischnewski

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