ROHRMANN Jean-Baptiste

Par Jean-François Lassagne

Né le 30 mars 1899 à Rohrbach-Lès-Bitche (Lorraine annexée) ; cheminot, maître ouvrier puis sous-chef de gare à Metz (Moselle) ; militant de la CGTU puis de la CGT ; communiste ; résistant d’abord en Moselle, puis dans l’Allier ; membre du groupe Mario, alias commandant La Limace ; président des FTPF de Moselle ; conseiller municipal de Longeville-les-Metz ; mort accidentellement le 2 avril 1950 à Metz.

Jean-Baptiste Rohrmann
Jean-Baptiste Rohrmann

Jean-Baptiste Rohrmann était le fils de Nicolas Rohrmann originaire de Rohrbach-Lès-Bitche (Moselle) où il exerçait la profession de plâtrier, et de Marie Catherine Hector. Cheminot, il effectua d’abord des remplacements à la gare de Spincourt (Meuse), puis à celle de Secourt-Solgne sur la ligne de Metz-Château-Salins en Moselle. Il adhéra à la CGT en 1919, puis à la CGTU en 1922. Le 31 janvier 1927 il épousa Caroline Marie Thérèse (Carola) Zeyen à Longeville-Lès-Metz où elle était née le 14 avril 1903 dans une famille catholique. Le couple eut sept enfants.

Affecté à la gare centrale de Metz en 1937, avec le grade de facteur enregistrant, puis chef d’équipe, il était membre du Parti communiste et de la CGT réunifiée. Coorganisateur des premiers noyaux de résistance sous la direction du docteur Henri Barthélémy de Longeville-Lès-Metz (mouvement gaulliste), il passa à l’acte dès le 18 juin 1940 vers 4 heures du matin aux anciens bains militaires, où il précipita dans les eaux de la Moselle deux militaires allemands du premier groupement des troupes bavaroises stationné depuis la veille à Longeville-Lès-Metz, et dont les corps furent repêchés le 28 du même mois au lieu-dit « La Mère Francise ». Puis, à partir de juillet 1940, il participa à l’organisation du Mouvement de la Résistance Mosellane avec le cheminot communiste Charles Hoeffel*, alias Colonel Stahl. Ce dernier fut par la suite avec Jean Burger* (Mario) chef du groupe Mario des FTPF de la Moselle, qui compta jusqu’à trois mille membres, principalement cheminots, mineurs de fer et de charbon, sidérurgistes et métallurgistes. Nommé par Charles Hoeffel le 14 juillet 1940 commissaire à l’effectif chargé du recrutement , avec grade de capitaine, Jean-Baptiste Rohrmann fut chargé de mettre sur pied leur réseau de renseignements « France et Liberté », dont les ramifications allaient s’étendre vers Strasbourg (Georges Wodli), Nancy, Lyon via Mâcon et Saint-Germain-des-Fossés, Paris via Pagny, et Toulouse, et d’établir le contact avec la résistance intérieure. Il prit en charge l’aide aux prisonniers de guerre évadés (plusieurs centaines) et, grâce à sa position à la gare de Metz, facilita leur transit ainsi que leur passage à la frontière de la Moselle annexée, entre Château-Salins et Amanvillers, via Novéant, Chambrey. Avec l’annexion il refusa l’assimilation aux grades de la Reichsbahn (chemins de fer allemands), et fut classé comme « ouvrier étranger », synonyme pour lui de perte de salaire. La Gestapo se rendit à son domicile le 22 mars 1941 à la suite d’une dénonciation, pour infraction au règlement des devises, car il pratiquait l’échange de marks contre des francs dans les trains de permissionnaires allemands, pour permettre aux expulsés de disposer d’argent français. Mais il avait pris les devants et s’était réfugié avec sa famille à Moulins-sur-Allier dès le 21 mars, après avoir passé la frontière à Novéant (Moselle annexée).

À Moulins il se présenta au chef de gare, lui-même résistant, qui l’affecta au bureau des Allemands en qualité d’interprète de la SNCF, ce qu’il finit par accepter après un refus initial.

Dès lors, il déploya son activité notamment de renseignement et, outre les sabotages de wagons allemands par dépôt de poudre émeri dans les boîtes de graissage, il facilita le passage clandestin de la ligne de démarcation à des centaines de personnes, tant des particuliers que des prisonniers de guerre évadés, et procéda à l’acheminement en zone sud de valeurs et de d’objets qui lui furent confiés. De même, dirigés vers lui par des membres du groupe Mario, il aida de nombreux jeunes mosellans refusant la Reichsarbeitsdienst (RAD — Service du travail du Reich) ou de servir dans la Wehrmacht, en leur fournissant de fausses pièces d’identité et en les prenant en charge. De retour d’un passage clandestin de la Ligne le 15 août 1941, il fut blessé à la cheville par la balle d’un douanier allemand entre Villeneuve-sur-Allier et Le Veurdre. Le 22 novembre 1941, il subit un premier interrogatoire de cinq heures par la Gestapo, à sa descente du train au retour d’une mission à Metz. Arrêté par la Feldgendarmerie le 29 novembre 1941, il fut condamné à trois mois de détention à la prison militaire allemande de la Mal-Coiffée à Moulins, d’où il parvint à organiser la fuite de cinq prisonniers de guerre français qui devaient être transférés au camp de représailles de Vesoul. Nommé commandant (La Limace) par Jean Burger (Mario) et confirmé par Georges Wodli (Jules) le 14 juillet 1942, il conserva ses attributions et fit la liaison entre le centre de la France et la Moselle. Désigné comme otage par les Allemands durant un an en cas d’attentat, il fut déplacé sur ordre de la kommandantur à Villeneuve-sur-Allier, et résida aux Ravaux dans la commune de Trévol, où il continua de prendre en charge des réfractaires. C’est là qu’il eut plusieurs fois l’occasion d’héberger Jean Burger lors de leurs entrevues, la dernière ayant eu lieu en 1942. Jusqu’à son départ forcé vers Villeneuve, il participait depuis avril 1942 à la résistance de Moulins-sur-Allier organisée autour de Camille Maire, contact qu’il conservera jusqu’après la Libération. En novembre 1943 à Villeneuve-sur-Allier il entra en contact avec le groupe Gustave dirigé par Maurice Tinland, futur maire de Moulins. Il leur procura des armes et des munitions dérobées aux troupes allemandes, et en transporta de l’Allier jusqu’à Metz pour la résistance mosellane (Groupe Mario), notamment en août-septembre et octobre 1942, puis en février, mars, avril et mai 1943, armes qu’il livrait à Metz à Alexandre Gasser et Adrien Morhain, tous deux cheminots aux ateliers de Montigny. Il organisa également l’acheminement du courrier de la zone-SUD vers la zone-NORD, et jusqu’à Metz dans les deux sens. Dans la nuit du 28 au 29 avril 1944, alors qu’il transportait une caisse de six cents cartouches Mauser destinée au maquis de Munet (Capitaine « Georges »), il fut intercepté par un agent de la Gestapo, qu’il dut éliminer au terme d’une lutte sans merci, de laquelle il sortit avec de nombreuses blessures aux jambes et à la tête. Ayant intercepté le 3 septembre 1944 des informations d’ordre militaires relatifs à l’importance des effectifs et armements des troupes chargées de couvrir la retraite allemande, Jean-Baptiste Rohrmann put prévenir les responsables des maquis et éviter une attaque inconsidérée de Moulins par les FTPF et FFI face à un ennemi de loin supérieur en nombre et en moyens. Et si, n’ayant pu être prévenu à temps, le Groupe Voisin fut décimé à la Demi-Lune, à la Madeleine, un faubourg de Moulins le 4 septembre 1944, la libération de Moulins fut néanmoins effectuée avec des pertes relativement limitées. Par la suite, Jean-Baptiste Rohrmann effectua trois missions de caractère militaire entre Moulins-sur-Allier et la sécurité militaire de Metz. A partir du 20 janvier 1945 il cessa toute activité à caractère militaire.

De retour à Longeville où sa famille le rejoignit en octobre 1945, il occupa le poste de sous-chef de gare à la gare centrale de Metz. Président des FTPF de Moselle, il était également président de l’Union Omni-Sports Longevilloise. Il se présenta aux élections municipales de Longeville des 23 et 30 septembre 1945, second sur la liste « Union Républicaine et Patriotique de la Résistance » menée par Emile Klein. Elu au second tour, il fut battu d’une voix (10 contre 11) par Alphonse Bolzinger au poste de maire. Puis, en tête de la liste « Union Républicaine et résistante et de défense des intérêts communaux » aux municipales du 19 octobre 1947, il fut battu par la liste MRP.

Le 2 avril 1950, alors qu’il rentrait du travail et se rendait à son domicile à bicyclette, Jean-Baptiste Rohrmann fut heurté par un autobus des Transports départementaux, à la sortie du pont du Sauvage (actuel pont de Verdun), et mourut sur le coup. Ses obsèques le 6 avril rassemblèrent la foule imposante de ses innombrables amis et camarades venus lui rendre un dernier hommage.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article152582, notice ROHRMANN Jean-Baptiste par Jean-François Lassagne, version mise en ligne le 19 janvier 2014, dernière modification le 15 janvier 2022.

Par Jean-François Lassagne

Jean-Baptiste Rohrmann
Jean-Baptiste Rohrmann

SOURCES : Arch. personnelles de Charlotte Machet. — Arch. départementales de Moselle. —Dr Léon Burger, Le groupe « Mario », une page de la résistance Lorraine, Imprimerie Hellenbrand Metz, 2e édition 1985. — Le Républicain lorrain, des 3 et 7 avril 1950.

PHOTOGRAPHIE : Arch. personnelles de Charlotte Machet.

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