ZAHIRI Saïd [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né en 1889, abattu à Alger par le FLN en mai 1956  ; personnage à part de l’Association des Oulémas en Oranie dans les années 1930, au cœur des luttes politiques de Front populaire en alliance avec les communistes  ; soutien du journal de gauche, Oran Républicain  ; collaborateur sous Vichy  ; directeur de 1947 à 1949 de Al-Maghrib al’Arabî, journal pro-MTLD (parti de Messali).

Né en 1899 à la Zaouia Sidi Nadji à Lichana près de Biskra, Mohammed Al Saïd Al Zahiri al Senoussi est d’abord un homme de confrérie dans la mouvance du mouvement senoussiste qui conduit la résistance à la colonisation italienne en Libye  ; il maintiendra toujours des contacts avec les confréries, tout en défendant le réformisme musulman. Formé à la confrérie familiale illustrée par son grand père, le poète cheikh Ali Benadji Ezzahiri, il passe par la médersa libre de Constantine puis étudie à la Zitouna de Tunis dont il est diplômé. À Tunis, il participe aux cercles culturels qui sont aussi des lieux d’agitation contestataire politique. Il est d’abord enseignant libre d’école musulmane à Biskra  ; il se fait connaître en publiant une feuille en arabe Al Zazaï al Zazïriar, (l’Algérie Algérienne, ce qui est un titre progressiste) qui se présente comme « journal politique, littéraire, éducatif et social »  ; le numéro un paraît le 1er avril 1925  ; le journal sera interdit. Il défend aussi l’idée d’un Maghreb arabe. On le retrouve enseignant à Laghouat en 1927, puis à Tlemcen et à Oran où dès 1931-1932, il a des liens avec les milieux progressistes. Adhérent de l’Association des Oulémas dès sa fondation en 1931, il cherche à prendre la tête du mouvement dans l’Oranais  ; il a publié un ouvrage sur l’Islah (la Réforme religieuse) à Tlemcen, la ville éminente de l’association et accompagne le cheikh Ben Badis en tournée dans l’Oranais.

Il est certes membre du Comité directeur de l’Association des Oulémas en 1932-1936, mais n’apparaît guère sur le devant de la scène  ; c’est qu’à Tlemcen, la présence et le rayonnement de l’Association des Oulémas est assurée par le Cheikh Bachir Al Ibrahimi dont l’influence religieuse est grande, maintenant une certaine réserve politique en se conciliant les fractions de bourgeoisie citadine. En milieu populaire, le militantisme syndical et communiste se marie au courant religieux social des Oulémas à travers la famille des frères Badsi*, dont un est imam, un autre animateur des luttes sociales au nom du communisme. Cheikh Zahiri semble rejeté de Tlemcen en 1936, aussi bien en milieu de bourgeoisie maure arabe citadine (hadars) que par le milieu turc, semi-turc (kouloughli). Il cède devant le cheikh Ibrahimi, et revient s’établir à Oran comme enseignant de médersa libre réformiste (modérée). C’est alors qu’il accompagne l’action communiste au sein du Front populaire plus même que du Congrès musulman conduit par les Oulémas  ; les luttes sont très vives à Oran contre l’abbé Lambert qui, bien que condamné par l’Église, conserve sa soutane et le revolver dans sa large ceinture, se bat pour reprendre la mairie, et conduit les campagnes contre le Front populaire non sans faire écho au racisme colonial fortement antijuif, en ayant transformé les Amitiés latines, en parti politique : le Rassemblement national d’action sociale.

Le cheikh Zahiri est de tous les meetings, y compris en faveur du projet Blum-Viollette  ; il prend la parole et multiplie les déclarations en collant au PCA, et trouve une tribune dans le premier journal de la gauche de Front populaire : Oran républicain lancé en février 1937. Il n’est pas le leader des Oulémas et se trouve écarté du comité local d’Oran du Congrès musulman  ; il n’est pas délégué au 2e Congrès musulman qui se tient à Alger en juin 1937  ; il s’y rend au titre d’envoyé d’Oran républicain. Cheihh Zahiri s’appuie en effet sur son association réformiste musulmane propre : El Islahia. C’est en son nom qu’il tient la page musulmane hebdomadaire dans Oran républicain. En préservant son alliance avec les communistes, il pousse la rivalité avec la Fédération des Élus derrière le docteur Bendjelloul qui, en rupture avec le Congrès musulman, relance la pratique des démissions après élection. La SFIO et le député socialiste de Front populaire, Marius Dubois*, plus favorables aux Élus, tiennent le cheikh Zahiri à distance. Oran républicain s’est réjoui de la dissolution du PPA, traité de Parti populaire algérien (Parti du Peuple algérien) par le gouvernement de Front populaire, d’autant que le PPF, effectivement : Parti populaire français, monte en puissance en Oranie avec plus de la dizaine de milliers d’adhérents et dresse l’hebdomadaire L’Oranie populaire contre Oran républicain.

Dans sa recherche d’alliés et de base, Cheikh Zahiri en 1938 se lance dans une double entreprise pour contourner la place prise par la Fédération des Élus et plus encore le pôle de Tlemcen de l’Association des Oulémas avec Cheikh Ibrahimi. Pour ce qui est de l’association des Oulémas, il se rapproche du Chekh El Okbi qui, à Alger, s’écarte de l’activisme du Cheikh Ben Badis. Surtout comme le PPA (et déjà l’ENA) est plus influent à Tlemcen qu’à Oran, il fait alliance sans perdre le soutien communiste, avec les partisans oranais de Messali. Il est au reste en correspondance avec Chekib Arslan à Genève et Messali qu’il rencontre quand celui-ci passe à Oran. Bénéficiant de la bienveillance communiste pour contrer Messali, il crée le Bloc des organisations musulmanes qui a son siège à Oran et une section à Tlemcen  ; le signe de ralliement est le Maghreb arabe. Avec le soutien du PCA, il édite la revue Al Wifâk (La concorde) dont le numéro 1 sort le 24 mars 1938. Il tente alors de mettre en place un mouvement qui prend le nom de Rassemblement nord-africain (en hommage à l’ENA) et tient son assemblée le 12 juin 1938. Mais à la retombée du Front populaire et dans le retour de puissance à droite, c’est le regroupement de Bendjelloul, le Rassemblement franco-musulman qui connaît un succès provisoire et fait échouer la tentative de Cheikh Zahiri.

Parallèlement, -mais les liens n’avaient jamais été coupés-, Cheikh Zahiri qui est en relations avec l’administration, va chercher ouvertement l’appui des confréries  ; il participe au premier congrès des Zaouïas en avril 1938, et au second en avril 1939, ce qui le place dans la collaboration avec les services du Gouvernement général. Tout en appelant à la modernisation de l’Islam, il va devenir une figure et un orateur du mouvement confrérique qui revient à l’honneur sous le régime de Vichy  ; a-t-il été sensible à la propagande islamiste de l’Allemagne national-socialiste ? Rien d’avéré. Après 1942 et plus encore 1945, Cheikh Zahiri s’affirmera comme adversaire des Oulémas. La violence de ses diatribes, par un curieux retour fait d’hostilité rivale, trouve un exutoire dans le journal de langue arabe, Al-Maghribi al-‘Arabî dont il assure la direction de 1947 à 1949. Il dénonce encore au printemps 1956, le ralliement de l’Association des Oulémas au FLN. Il est abattu en mai 1956, en pleine rue à Alger  ; le FLN revendique cette action.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article152587, notice ZAHIRI Saïd [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 19 janvier 2014, dernière modification le 19 janvier 2014.

Par René Gallissot

SOURCES : A. Merad, Le réformisme musulman en Algérie de 1925 à 1940. Essai d’histoire religieuse et sociale. Mouton, Paris/La Haye, 1967. -F. Soufi,Oran républicain et les problèmes algériens, 1937-1938, mémoire de DEA d’histoire, Université d’Alger, 1976. -Notice Cheikh Zahiri par M. El Korso, Parcours, op. cit., no 15, Paris, 1991. – M. El Korso, Politique et religion en Algérie. L’Islam : ses structures et ses hommes. Le cas de l’Association des ulamas musulmans algérierns en Oranie, 1931-1945. Thèse d’histoire, Université de Paris 7, 1989. –Notes complémentaires de O. Carlier.

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