ZIANI Arezki [Dictionnaire Algérie]

Par Laure Pitti

Né le 29 octobre 1925 à Bou Nouh, commune mixte de Dra-el-Mizan en Grande Kabylie  ; émigré en 1949, ouvrier à l’usine Renault de Billancourt (près de Paris)  ; militant communiste et responsable CGT  ; militant du FLN à partir de mars 1956  ; de retour en Algérie après l’indépendance, un court moment en 1963, responsable à l’UGTA  ; devenu par la suite avocat.

Issu d’une famille de commerçants relativement aisée et aîné de sept enfants, Arezki Ziani quitte l’Algérie pour la métropole fin janvier 1949, après que son père eut connu des déboires en affaires. Dès son arrivée, il entre, sur recommandation de quelqu’un de son village, chez Alsthom dans le XIXe arrondissement de Paris, où il travaille deux mois comme OS (Ouvrier spécialisé) élingueur. Puis, en mars 1949, il est embauché aux usines Renault de Boulogne-Billancourt, comme OS meuleur aux forges, – département de l’usine qui employait alors une très forte proportion d’Algériens –, emploi qu’il occupe jusqu’en août 1962.
Il poursuit à Renault son apprentissage militant : partisan de la cause berbère et, selon ses propres termes, de ce fait en conflit avec les instances dirigeantes du MTLD dont il est militant à son arrivée en métropole, notamment avec M’Hamed Yazid*, il entre au Parti Communiste Français en 1950. Aux usines Renault, il milite activement au sein de la CGT dont il devient rapidement une figure emblématique, « l’un des cadres algériens du syndicat », selon l’expression de Claude Poperen, secrétaire général de la CGT à Renault-Billancourt de 1956 à 1967. Élu délégué du personnel pour la première fois le 24 juin 1950, en charge du département des forges, – un département où la CGT obtenait, durant la première moitié des années 1950, entre 80 et 90 % des suffrages –, Arezki Ziani occupe ce mandat jusqu’en 1958, date à laquelle il est élu au Comité d’ Établissement, toujours sur la liste CGT. Dès le début des années 1950, il devient une figure de proue de la Commission nord-africaine du syndicat, notamment choisi par ses camarades pour assister aux réunions de la branche automobile de la Fédération des Travailleurs des Métaux. Soucieux de voir prises en compte, les « aspirations nationales » des Algériens dans le cadre plus large de la lutte anti-impérialiste à l’échelle internationale, il n’appelle ni ne participe à la grève du 23 mai 1952 contre la répression en Afrique du Nord et pour libération de Messali, assigné à résidence en Algérie, une grève qui n’est suivie à Renault que par une minorité d’ouvriers « nord-africains » (16 %), vraisemblablement en majorité militants ou partisans du MTLD. Selon ses propres termes, il entretient, au début des années 1950, des rapports houleux avec une autre figure emblématique de la CGT-Renault, Larbi Bendaoud*, militant actif du MTLD, à l’origine de l’implantation du Mouvement au sein de l’usine.

Le déclenchement de l’insurrection, le 1er Novembre 1954, ne l’éloigne pas du PCF, en dépit des termes du communiqué de son Bureau politique, le 8 novembre 1954. Il en reste un militant actif, participant notamment aux mobilisations contre l’état d’urgence début 1955 et appelant, en décembre 1955, les Algériens à voter communiste aux élections législatives de janvier 1956. Il signe ainsi de ses initiales un article, dans les colonnes de L’écho des métallos Renault, journal de la section Renault du PCF, « pour l’indépendance nationale de l’Algérie [...], en premier lieu [par] un cessez-le-feu et la reconnaissance des droits [du] peuple [algérien] à disposer de lui-même ». Il est, avec Ramdane Kahlouche, Ali Labraoui, Laïfa Lattad et Omar Ouhadj*, l’un des cinq membres de la délégation des communistes algériens de Renault aux réunions régionales, organisées par le PCF et notamment son responsable aux questions coloniales, Léon Feix*, pour obtenir l’adhésion des militants algériens à la politique du Front républicain.

En mars 1956, au lendemain du vote des Pouvoirs spéciaux, il démissionne du PCF, de concert avec la quasi-totalité des autres militants communistes algériens de Renault, et participe à l’édification d’un noyau FLN à Renault sous le paravent de la Commission nord-africaine de la CGT, avec d’ex-militants du MTLD comme Larbi Bendaoud* ou Slimane Ben Rahou* et d’autres militants comme lui en rupture de ban avec le PCF, tel Laïfa Lattad ou Omar Ouhadj, futur dirigeant de l’AGTA. Il participe dès lors activement aux mobilisations que le FLN organise dans l’usine, telles les grèves pour l’indépendance du 5 juillet 1956, du 28 janvier au 3 février 1957 et du 5 juillet 1957. Au sein du Comité d’établissement, il dénonce à plusieurs reprises la collusion de services du personnel de la RNUR (Régie Nationale des Usines Renault) avec la police, laquelle a accès aux dossiers et aux photos des ouvriers au Bureau d’embauche, et les licenciements systématiques pour « absence injustifiée », des Algériens pris dans les rafles quasi-quotidiennes, particulièrement à compter des attentats d’août 1958 en métropole.

Aux lendemains de l’indépendance, il rentre définitivement en Algérie où il occupe des responsabilités syndicales au sein de l’UGTA. Il fait ainsi partie de la nouvelle direction du syndicat désignée par le Bureau politique du FLN lors du premier congrès de celle-ci, les 17-19 janvier 1963, et devient ensuite secrétaire du syndicat en charge de l’organisation. Taxé de berbériste, il démissionne de ses fonctions le 13 juillet 1963 mais demeure membre de la commission exécutive de l’UGTA. À compter de juillet 1963, il travaille au ministère des Transports, aux côtés d’Ahmed Boumendjel, comme administrateur de la RSTA (Régie Syndicale des Transports Algériens), jusqu’en 1966. Parallèlement, il entreprend des études de droit et devient, en 1978, avocat au barreau d’Alger. Il est aujourd’hui à la retraite et vit à Alger.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article152653, notice ZIANI Arezki [Dictionnaire Algérie] par Laure Pitti, version mise en ligne le 21 janvier 2014, dernière modification le 21 janvier 2014.

Par Laure Pitti

SOURCES : Régie Nationale des Usines Renault : Fichier du personnel de l’entreprise, Contrat d’embauchage d’Arezki Ziani, 31 mars 1949  ; archives Renault, classement SGA, service 07.16 – Contrôle social Billancourt-Liaisons CE, relatif aux séances du Comité d’Établissement, dossiers no 46 à 59  ; service 07.16. – Relations de Travail, dossiers no 140, 166 et 167. – Archives du syndicat CGT de Renault-Billancourt, dossiers « élections des délégués du personnel », 1950-1962. – Entretiens avec Claude Poperen, Paris, 4 juillet 2001  ; avec Arezki Ziani, Alger, 22 septembre 2003.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément