DELOBEL Joseph

Par Christian Lescureux, Jean-Pierre Besse

Né le 22 juin 1920 à Noyelles-Godault (Pas-de-Calais), fusillé le 24 juillet 1942 à Arras (Pas-de-Calais) ; mineur ; membre des Jeunesses communistes et des FTPF à Noyelles-Godault.

Fils de Louis Delobel (administrateur de la section locale de l’ARAC) et de Léonie Jolis, Joseph Delobel était un membre actif des Jeunesses communistes de Noyelles-Godault avant guerre.
Sous l’Occupation, il adhéra à l’organisation clandestine du Parti communiste et assuma, au début de l’année 1941, les fonctions de secrétaire des Jeunesses communistes du secteur de Carvin (Pas-de-Calais) sous la responsabilité de Jean Lestienne. Il participa à la grande grève des mineurs en mai-juin 1941, à la fosse 4 des mines de Dourges, au cours de laquelle il fut arrêté le 5 ou le 6 juin puis relâché, le 21 juin 1941. Il entra alors dans la clandestinité le 31 janvier 1942, puis intégra les FTP. Il participa à de nombreuses actions avec son frère Louis Delobel : notamment l’attaque de forces de police au « Pont maudit » à Carvin le 14 avril 1942.
Le groupe de FTPF dont il fait partie fut dénoncé par son chef. Joseph Delobel fut arrêté le 27 avril 1942 par la brigade de gendarmerie de Pont-à-Vendin ou, selon les sources, par la police française pour « terrorisme, menées communistes, activité bolchévique, vol, sabotage et agression contre la Wehrmacht » et remis aux Allemands. Il fut condamné à mort le 8 juillet 1942 par le tribunal militaire allemand (OFK 670) d’Arras et fusillé à la citadelle le 24 juillet 1942.
Dans sa dernière lettre, Joseph Delobel écrivait : « Nous avons été de bons soldats du Parti et nous souhaitons d’être suivis par notre exemple, que cet exemple n’ait pas été inutile car il faut que la France vive et que notre grand Parti fasse sa place dans un régime meilleur où le peuple qui travaille doit imposer sa volonté [...]. »

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Dernière lettre
 
Arras, le 16 juillet 1942
A ma famille, à notre grand Parti,
et aux Jeunesses Communistes,
Ce n’est pas sans peine que je vous écris ces dernières lignes au nom de tous mes camarades victimes de la barbarie des teutons.
Nous avons tous été arrêtés fin avril, début mai. Dans les quinze premiers jours, nous avons subi interrogatoires sur interrogatoires, accompagnés chaque fois de « passages à tabac » tels qu’ils se pratiquaient il y a cent ans. A chaque interrogatoire, on était certain de recevoir sa ration de coups de bâton avec un clou au bout, de coups de cravache et de matraque, sans oublier le passage dans l’obscurité à la cave ; pendant que l’une de ces brutes nous lançait les rayons de sa lampe électrique, les autres, à deux ou trois, nous battaient.
Il fallait dire la vérité suivant le désir’ des bourreaux, dénoncer les camarades, autrement c’était la grêle de coups qui tombait. Je vous citerai une
réflexion telle qu’elle m’a été faire. « Si vous ne dites pas la vérité, on vous passera les pieds au feu, on vous tuera aux trois quarts et vous serez conduit au poteau d’exécution ». Après cela, on me répéta plusieurs fois « Ton compte est bon »
Notre grand camarade Humblot Ignace est mort en cellule, sans soins, la colonne vertébrale brisée par des coups reçus parce qu’il ne voulait pas dénoncer ses camarades. N’oubliez jamais ce nom d’un brave
C’était lamentable de se voir, par les fenêtres ou à la promenade, les yeux pochés, la figure et les membres meurtris
Ces barbares voué font croire que vous avez une chance de sauver votre tête. Ils vous disent que l’un a dit ceci, que l’autre a dit cela, pour faire avouer les pauvres diables qui n’ont pas le cran de résister.
Après ces interrogatoires pénibles, nous avons été deux mois à peu près tranquilles où nous n’avions plus qu’à nous laisser vivre et attendre toutes les deux, semaines le bon colis de la famille. Inutile de parler des deux gamelles de flotte et des deux cents grammes de pain par jour.
Aussi nous :attendions en sachant à l’avance ce qui nous arriverait, et le mardi 7 juillet à vingt heures, on nous prévient que nous passons le mercredi 8 juillet au tribunal Nous n’en sommes pas trop surpris, il fallait que cela arrive Le matin à huit heures, nous sommes vingt-six camarades réunis a la rotonde, le vingt-septième devait nous rejoindre, venant" de l’hôpital. Gardés par une vingtaine de soldats, nous sommes arrivés au tribunal qui fut plutôt un théâtre où s’est jouée l’ignoble comédie..A neuf heures commençait la séance qui devait être tragique, nous étions vingt-sept, présents, ce furent d’abord les interrogatoires d’identité, puis les interrogatoires individuels, tout en allemand. L’interprète traduisait les questions et les réponses De une heure trente à trois heures, il y eut interruption pour manger la gamelle dans une salle sur le côté, la surveillance fut on ne peut plus serrée, et pas moyen de causer entre soi. Pour aller à l’urinoir, nous avions deux gardiens et les menottes aux mains Après les interrogatoires, le procureur prononça son réquisitoire en allemand. Nous n’y avons rien compris, mais ce que nous avons coin.. pris c’est l’interprète, quand il nous annonça que le procureur réçlamait des condamnations à mort pour, vingt-cinq d’entre nous, sur vingt-sept accusés Je dois vous dire de tout mon cœur de communiste, que cet instant fut solennel, pas un d’entre nous n’a bougé, nous avons pris la chose avec le sourire. Jetant de cette façon notre haine à la face de nos bourreaux. Un avocat déguisé en caporal allemand prit la défense des condamnés à mort, ce qu’il dit, nous n’en sûmes rien. II y eut ensuite suspension de séance pour que le tribunal délibère, puis à la rentrée on nous donna lecture du réquisitoire, cette décision ayant été sans appel Le tribunal avait réduit a vingt-deux le nombre des condamnés à mort. Naturellement, les actes d’accusations ont été lus en allemand, et nous n’en connaissons pas le contenu Nous sommes sortis sans bruit, le sourire aux lèvres et le retour. à Saint-Nicaise s’est effectué dans les mêmes conditions que le départ du matin, enchaînés en camion et sous bonne escorte
Ce qui me rend heureux, c’est le cran, le courage montrés par tous les camarades communistes.
Mes chers camarades, soyez certains que nous avons fait notre devoir et que nous n’en éprouvons aucun regret. Nous avons été les bons soldats du Parti et de la France. Que cet exemple ne soit pas inutile, car il faut que la France vive et que notre grand Parti fasse sa place dans un régime meilleur où le peuple qui travaille doit imposer sa volonté. Nous partons avec la consolation .de voir qu’Hitler n’a pas pu faire son offensive et que les vaillantes Armées Rouges le tiennent en haleine, l’usant petit à petit.
Le triomphe est certain, le nazisme et le fascisme sont à la veille de mourir pour toujours.
Camarades, mes bons amis, je vous dlis adieu, vous assurant qu’avec tous les frères de misère, nous irons au poteau d’exécution la tête haute, les poings serrés en disant de toute notre force : Vive le grand Parti Communiste ! Vive la France !
Chers parents, j’ai la satisfaction de vous écrire ainsi qu’aux camarades, courage et adieu !
J. D.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article152697, notice DELOBEL Joseph par Christian Lescureux, Jean-Pierre Besse, version mise en ligne le 14 janvier 2015, dernière modification le 6 octobre 2020.

Par Christian Lescureux, Jean-Pierre Besse

SOURCES : DAVCC, Caen (Note Thomas Pouty). – Arch. Dép. Pas-de-Calais, M 5022/2, 1Z677. – J.-M. Fossier, Zone interdite, op. cit., p. 210. – Lettres de fusillés, Éditions France d’abord, 1946, p. 58-61. — Liberté, 5 décembre 1944.

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