MANSART Jules.

Par Jean Puissant

Bois d’Haine (aujourd’hui commune de Manage, pr. Hainaut, arr. Charleroi), 29 mai 1862 − Saint-Gilles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 24 juin 1944. Ouvrier mineur, militant socialiste, syndicaliste, fondateur de la coopérative Le Progrès de Jolimont, conseiller communal, échevin, bourgmestre faisant fonction de La Louvière (pr. Hainaut, arr. Soignies), député de l’arrondissement de Soignies.

Fils de Julien M. et de Léocadie Hoyois, Jules Mansart naît dans une famille de quatre enfants. Il suit l’école primaire à Bois d’Haine, puis les cours pour adultes à Jolimont (pr. Hainaut, arr. Charleroi/Soignies) et enfin l’École industrielle de Morlanwelz (pr. Hainaut, arr. Thuin). Ayant tiré un « mauvais » numéro, il fait son service militaire en 1882-1885. Il y suit des cours à l’École du génie. Il quitte l’armée avec le grade de sergent du génie.

En dehors de sa période militaire, Jules Mansart est ouvrier mineur dans divers charbonnages du bassin du Centre, du 18 septembre 1872 − il a dix ans, l’âge minimum pour descendre − à janvier 1891 (charbonnage de Mariemont). Il est alors porion.

Dans le livre De la Sociale, Histoire du socialisme et de la coopération dans le Centre paru à La Louvière en 1894, il est indiqué que Jules Mansart s’était mêlé au mouvement avant son service militaire et qu’il y est revenu après (p. 351).


L’homme des organisations

Jules Mansart est un des fondateurs de la Coopérative Le Progrès de Jolimont en 1886. Il en devient employé lorsqu’il quitte la mine en janvier 1891. En janvier 1886, à la réunion de la mutualité La Solidarité de Fayt − mutualité qui assure la transition entre l’Association internationale des travailleurs et le Parti ouvrier belge (POB) −, il est, avec Théophile Massart, de ceux qui défendent la création d’une boulangerie coopérative comme nécessaire à l’auto-émancipation prolétarienne. Il s’oppose ainsi aux partisans d’Alfred Defuisseaux* qui n’en veulent pas.

Habitant Jolimont (Haine Saint-Paul, aujourd’hui commune de La Louvière), Jules Mansart participe alors, avec une cinquantaine de compagnons, aux travaux d’aménagement du site et de construction de la boulangerie. Il fait partie des fondateurs statutaires et est membre du conseil d’administration de la nouvelle coopérative qui rapidement rayonne sur une grande partie du bassin industriel. « Au Progrès », boulangerie coopérative des ouvriers du Centre (25 juin 1886) permet le maintien du POB dans la région au moment où la majorité de la Fédération politique suit Defuisseaux dans la création du Parti socialiste républicain (PSR - 1887-1889).

Au nom des mineurs du bassin, Jules Mansart prône à plusieurs reprises la grève générale pour arracher le suffrage universel en 1891, 1892, 1893. Arrêté par deux fois lors des grèves du printemps 1893, poursuivi et acquitté par deux fois, après avoir tenu des meetings à Jolimont, La Louvière, Morlanwelz − en raison « de la violence de ses propos et de la pression qu’il a exercée sur les ouvriers » selon le Commissaire de Feignies (p. 54) −, il est devenu l’un des principaux militants de la région.

Jules Mansart est président de la Fédération syndicale des mineurs du Centre (pr. Hainaut), créée en 1890. Il en est un des fondateurs et le secrétaire-trésorier jusqu’en 1910. Il la représente aux Congrès nationaux et internationaux des mineurs. Les Congrès de Jolimont en 1888 où la majorité interdit l’entrée aux délégués du Conseil général du POB et se rallie à la tactique préconisée par Defuisseaux, et du 24 mai 1890 durant laquelle est fondée la Fédération internationale des mineurs, soulignent l’importance de la région dans l’évolution du mouvement syndical des mineurs. En 1905, la Fédération compte 8.890 adhérents (sur 27.000 mineurs) regroupés dans 34 sections communales, et organise des services d’assistance juridique et médicale, appelés à orienter et soutenir les démarches des affiliés. Mansart est délégué du bassin au Comité national de la Fédération nationale des mineurs puis de la Centrale nationale des mineurs (CNM) jusqu’après la guerre. Il figure encore à ce Comité national en 1921. Il y exerce une influence modérée et nourrie de son expérience parlementaire. Mais ses autres fonctions l’accaparent désormais complètement. Du 4 au 11 août 1893, il représente, avec Évariste Pierron, la Fédération nationale des mineurs (FNM) au Congrès de Zürich, durant lequel est constituée la Fédération internationale des ouvriers métallurgistes (FIOM).

Jules Mansart est secrétaire-trésorier de la Fédération des sociétés de secours mutuels du Centre, la plus importante mutualité socialiste du pays avec le Bond Moyson de Gand (Gent, pr. Flandre orientale, arr. Gand), lors de sa constitution définitive en 1891. Il en est un permanent de 1902 à 1904 durant la vacance de son mandat parlementaire. En 1905, la fédération mutualiste regroupe 17.000 membres dans 97 sections. Ses interventions s’élèvent à près de deux millions d’indemnités diverses à cette date. Président en 1911, Mansart, remplacé par Arthur Jauniaux* à la tête de la principale Fédération régionale des mutualités socialistes (ce qui explique l’installation de la Fédération nationale à La Louvière à cette date), en devient le président d’honneur en 1920. Il est vice-président de la Commission permanente (nationale) des sociétés mutualistes.


La politique

Le suffrage universel, tempéré par le vote plural, même amoindri par la loi des « quatre infamies » permet au POB de remporter la majorité absolue à La Louvière, jusqu’alors ville libérale, en 1895. La suite est plus difficile, ce qui explique le parcours chaotique, à la tête de la commune, de Jules Mansart. Il apparaît désormais comme la principale personnalité socialiste de la ville. Élu conseiller communal, premier échevin ayant en charge les finances de La Louvière, bourgmestre faisant fonction de 1896 à 1897 et de 1898 à 1904, ensuite à nouveau conseiller communal jusqu’en 1929, il est administrateur des hospices civils et de l’hôpital de La Louvière, membre du bureau administratif des Écoles moyennes de la Louvière à partir de 1896, administrateur de la Société anonyme des Chemins de fer vicinaux du Centre.

Jules Mansart est élu député de l’arrondissement de Soignies de 1894 à 1902 et de 1904 à 1932. Trésorier du groupe parlementaire socialiste, il est secrétaire de la Chambre de 1910 à 1921. C’est un parlementaire actif. Son premier discours porte sur l’utilisation de la dynamite dans les travaux miniers. Sa pertinence attire l’attention sur lui. Il signe les principales propositions de loi concernant les mineurs (diminution du temps de travail, pension), sur les accidents de travail, sur la prévoyance sociale (assurances maladie, vieillesse) et intervient également sur les questions scolaires et militaires.

Correspondant local officiel du journal Le Peuple de 1891 à 1894, membre du Comité régional du POB en 1892, président de la Fédération régionale du POB de Soignies, lorsque la tactique électorale s’impose à l’organisation du parti après 1894, Jules Mansart est aussi président de la Commission régionale de lutte contre le chômage involontaire du bassin du Centre, membre du conseil d’administration de l’Institut national des mines en 1921 et de la Commission fiscale chargée d’améliorer la situation des provinces et communes.

En 1907, Jules Mansart participe à la création de la société d’assurances La Prévoyance sociale (PS), siège à son conseil d’administration, en devient administrateur délégué en 1911 puis vice-président à Bruxelles à partir de 1921. Il est également membre fondateur et administrateur de la Banque belge du travail (BBT), fondée à Gand en 1913 jusqu’à sa faillite en 1934.

Installé à Bruxelles, certainement en 1911, Jules Mansart n‘est plus militant régional, ni même militant ouvrier, même si ses mandats de conseiller communal et de député le sollicitent toujours dans la région. En 1929, il donne sa démission de conseiller communal, théoriquement pour une question de santé. Mais il y procède avec deux collègues. Il y a eu crise au sein de la majorité socialiste, ce dont se gausse la minorité libérale. De manière plus générale, la question se pose de la difficulté qu’éprouve le POB à assurer le retrait des « grands fondateurs » qui ont tendance à s’accrocher à leurs mandats et donc à organiser leur succession. Cette crise de renouvellement, au moment où le parti éprouve des difficultés à gérer la crise politique de l’époque, aura des répercussions lorsqu’il sera nécessaire d’aborder la grande crise économique et d’apporter les réponses adéquates.


En guise de conclusion

Jules Mansart, personnalité centrale de la création du POB dans le Centre avec son aîné Théophile Massart, offre la belle figure exemplaire de l’ancien ouvrier, devenu un important et efficace gestionnaire de toutes les principales formes d’organisation du nouveau parti : coopérative, mutualité, syndicat qu’il a contribué à créer et à développer avant de mener une longue carrière parlementaire. Mais il a aussi l’image de « l’administrateur de sociétés » (qu’il précise comme profession en 1930), cumulard, dont l’efficacité est sans doute réduite en raison des faiblesses initiales de sa formation et de la multiplicité et de la diversité des responsabilités assumées, notamment à la tête des principales institutions économiques du parti où il révèle ses limites, en particulier à la Prévoyance sociale. Balancer entrées et dépenses dans des organisations en pleine croissance et passer aux questions de probabilité, de risque et d’investissement industriel ne relèvent pas exactement des mêmes compétences.

Le décès de Jules Mansart à son domicile de la place Dillens à Saint-Gilles à la fin de la Seconde Guerre mondiale passe inaperçu. La faillite de la BBT a gommé certains noms de l’histoire du socialisme de ce pays. Cependant, la principale place de La Louvière porte son nom.

Époux de Marie Clerbois (Fayt-lez-Seneffe, 1862 - Bruxelles, 1913) à partir de 1887, Jules Mansart en a trois enfants dont un mort en bas âge. Sa fille, Léa, est devenue pharmacienne dans une officine des mutualités socialistes à Bruxelles ; son fils, Oswald, après des études de droit à l’Université libre de Bruxelles, est devenu notaire à Mons. En 1914, il épouse en secondes noces la bruxelloise Marie Berckmans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article152844, notice MANSART Jules. par Jean Puissant, version mise en ligne le 30 janvier 2014, dernière modification le 8 juillet 2021.

Par Jean Puissant

ŒUVRE : Collaboration à la presse socialiste : Le Clairon, organe de la fédération de Soignies du POB (administrateur délégué), Le Peuple, Le Cri du Peuple, L’Ouvrier mineur − Avec CAVROT F., MAROILLE D., DEFNET G., Les revendications des mineurs à la Chambre. Discours prononcés dans la discussion du budget de l’industrie et du travail, Imprimerie coopérative, Cuesmes, 1901 − Avec JAUNIAUX A., Militarisme et socialisme, Gand, 1910 − Dialogue avec mon ami Jean, travailleur des champs, Gand, 1910.

SOURCES : LEKEU J., Les coopérateurs belges du 1er avril 1909, p. 122 (icono) − DE LA SOCIALE, Histoire du socialisme et de la coopération dans le Centre, La Louvière, 1894, p. 206 − BERTRAND L., Histoire de la coopération en Belgique. Les hommes - Les idées - Les faits, t. 2, Bruxelles, 1903, p. 358 et sv. (icono, p. 373) − Le Parlement belge de 1930, Bruxelles, 1930 − JORIS F., 1885-1985. Histoire des fédérations. Soignies-Thuin, Bruxelles, 1985 (Mémoire ouvrière, 10) − PUISSANT J. (éd.), Sous la loupe de la police française, le bassin industriel du Centre (1885-1893), Cercle d’histoire H. Guillemin, Haine-Saint-Pierre, 1988 − Notice réalisée par G. Papageorgiou, section Journalisme de l’Université libre de Bruxelles, 1995 − PUISSANT J., « Mansart Jules », dans KURGAN G., JAUMAIN S., MONTENS V. ( dir.), Dictionnaire des patrons en Belgique, Bruxelles, 1996.

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