CHATAIN Auguste [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né à Fouka (Sahel d’Alger) en 1909, mort en 1988 ; entrepreneur de maçonnerie à Blida, communiste à la création du PCA en 1936, arrêté et torturé en 1941 sous Vichy ; participe à l’action des Combattants de la libération (PCA) en 1956 ; arrêté et horriblement torturé en 1957 ; fait citoyen algérien à l’indépendance.

D’origine paysanne, venant de l’Isère, la première famille Chatain s’est installée en Algérie quelque temps après la conquête (1830). Dans cette descendance, Auguste Chatain, aîné de deux frères, participe à la constitution du PCA en octobre 1936 par la transformation de la Région communiste d’Algérie. À Fouka, bourgade « rouge » de la côte à l’Est d’Alger, il prend part au soutien de la République espagnole. Il monte une entreprise de maçonnerie à Blida. Sa femme, née Marthe Imbernon, et leur fille partageront son combat politique. Arrêté en 1941 sous Vichy pour ses idées, il est une première fois torturé avant d’être interné au centre pénitentiaire de Berrouaghia dont il ne sort qu’en mars 1943, bien après le débarquement allié du 8 novembre 1942.

Rappelé dans un régiment du Génie, il prend part au débarquement en Provence en 1944 et fait la campagne de France. Démobilisé, il retrouve son entreprise du bâtiment à Blida et reprend la lutte anticolonialiste qui le conduit à participer à l’organisation des groupes de Combattants de la libération, suscités par le PCA à partir de juin 1955 ; une opération de commandos brûle des wagons de marchandises en gare de Blida.

Comme Marcel Montagné*, autre entrepreneur, il met à disposition véhicules et abris de chantiers pour le transfert des armes du camion détourné en avril 1956 par l’aspirant Maillot* ; des lots sont cachés notamment à la minoterie voisine de Beni-Azza. Il met un lot de côté pour le groupe de la vallée de la Chiffa ; selon Serge Kastell (op. cit.), « Accompagné de sa fille Paule et d’un de ses ouvriers également au Parti, Châtain dissimulera sa mini-panoplie sur un chantier à lui, en l’espèce une maison en construction située route de la Chiffa, en face de La Poste. »

Après le démantèlement début juin 1956, du maquis de l’Ouarsenis et la mort de Laban*, Maillot* et autres, les armes sont versées à l’ALN, et Auguste Chatain se joint aux clandestins du maquis de la Chiffa. Ces opérations durent jusqu’au début de 1957. Arrêté en octobre 1957 dans le maquis des gorges de la Chiffa, passant par les centres de tri, il est une nouvelle fois torturé, plus horriblement puis laissé toute une nuit enchaîné et nu dans le froid glacial comme en fait le récit Henri Alleg* dans Prisonniers de guerre, incarcéré à la prison Barberousse d’Alger puis à Maison-Carrée. A. Chatain est condamné en novembre 1959 à vingt ans de travaux forcés. Il n’est libéré qu’à l’indépendance. Comme René Chatain, son frère cadet, et Jocelyne Chatain, il recevra en 1963, la nationalité algérienne « pour participation à la lutte de libération ». Demeuré à Blida, il aura des responsabilités au ministère de l’Agriculture.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article152942, notice CHATAIN Auguste [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 1er février 2014, dernière modification le 1er février 2014.

Par René Gallissot

SOURCES : H. Alleg, Prisonniers de guerre. Minuit, 1961, Paris. – S. Kastell, Le maquis rouge. L’Harmattan, Paris, 1997. – Correspondance de Jocelyne Chatain, 2006.

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