CHATAIN Jocelyne, Suzanne, Yvonne, née MONTEUX [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot et Jacques Girault

Née à Fez (Maroc) en 1924 ; après des études en France, professeur de philosophie en Algérie, au lycée de Bône (Annaba) en 1950 ; militante communiste, mariée en 1951 avec René Chatain, secrétaire de la région du PCA de Bône puis de Constantine ; collaboratrice d’Alger républicain et soutien de l’action clandestine du PCA à Alger ; arrêtée en février 1957 puis expulsée ; revenue à Alger à l’indépendance, recevant la nationalité algérienne

Fille d’un médecin militaire, Elie Monteux, "mort pour la France" avec le grade de général, Jocelyne Monteux revient du Maroc en France en 1928. Etudiante à la Sorbonne, elle participe avec sa famille, aux luttes de la Résistance. À la Libération de la France, elle adhère au Parti communiste français et à l’Union de la Jeunesse républicaine de France.

Après avoir obtenu sa licence et son diplôme d’études supérieures de philosophie en 1945, bi-admissible à l’agrégation de philosophie, Jocelyne Monteux exerça comme déléguée ministérielle à Saint-Dié (Vosges) puis à Nancy (Meurthe-et-Moselle) pendant deux années. En octobre 1950, elle est nommée professeur de philosophie au lycée de jeunes filles de Bône (Annaba) où elle fut titularisée.

Dès son arrivée en Algérie, Jocelyne Monteux adhère au Parti communiste algérien. Elle épouse en avril 1951 à Bône, René Chatain* qui travaillait au Centre psychotechnique de Bône, secrétaire des régions communistes de Bône puis de Constantine. Le couple eut une fille en 1953.

Jocelyne Chatain collabore à Alger républicain, dirigé par Henri Alleg*, jusqu’à son interdiction en septembre 1955. Elle y publie des articles « presque quotidiens », notamment de soutien aux soldats français de Bône, arrêtés et emprisonnés à Bône et à Constantine, en raison de leur solidarité avec Henri Martin et de leur lutte contre la guerre d’Indochine. Elle est présentée comme candidate à l’élection à l’Assemblée algérienne en 1954. Elle est acquise aux positions du PCA sur les aspirations à une Algérie libre rassemblant les Algériens de toutes origines.

Nommée à Constantine, Jocelyne Chatain est expulsée du département, ainsi que son mari, en juin 1955 par arrêté préfectoral pour « activités de nature à nuire à l’ordre public ». À Alger, le couple continue à lutter clandestinement dans le PCA, alors interdit. Elle enseigne alors à Alger au lycée du Champ de manœuvre. Son mari, en janvier 1957, est assigné à résidence et interné au camp de Lodi. Un mois plus tard, elle est arrêtée et incarcérée à la prison Barberousse à Alger, son nom ayant été prononcé dans le cadre de nombreuses arrestations de militants communistes au moment de la « bataille d’Alger ».

Mise en liberté surveillée à la fin d’avril, notamment en raison de la minceur du dossier l’accusant d’appartenir à une « association de malfaiteurs », expulsée vers la France, elle doit rester en Algérie pour comparaître devant le Tribunal militaire des forces armées (4-9 décembre 1957) au procès des Combattants de la libération, organisation communiste armée. Acquittée, elle est expulsée vers la France où son mari, libéré de Lodi pour raisons de santé, expulsé lui aussi, la rejoint. Jocelyne Chatain enseigna au lycée d’Angoulême (Charente) et tous deux continuent à militer pour la paix et l’indépendance de l’Algérie.

Après l’indépendance en 1962, le couple revient à Alger. Elle enseigne comme professeur de philosophie à l’École normale d’institutrices d’Alger Ben Aknoun tandis que son mari dirige le Service psychotechnique d’Algérie. Militant avec les syndicats d’enseignants de l’UGTA, elle assure la rubrique du tourisme d’Alger républicain sous le nom de Nadia Chami. Le Ministère de la Justice de la République algérienne, en application de l’article 8 du Code de la Nationalité, lui conféra, ainsi qu’à son mari, la nationalité algérienne « pour participation à la lutte de libération de l’Algérie ».

Après le coup d’État du colonel Boumédienne en juin 1965, menacés d’arrestation, les Chatain reviennent en France, militant au Parti communiste, au Secours populaire, dans l’Association des combattants de la cause anticolonialiste, présidée par Henri Alleg.

Membre du bureau académique du Syndicat national des enseignements de second degré, Jocelyne Chatain enseigne dans différents établissements avant d’être nommée au lycée Dumont d’Urville à Toulon (Var) où elle prend sa retraite en 1984. Elle appartenait en 2006 à l’Amicale des Vétérans du PCF.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article152943, notice CHATAIN Jocelyne, Suzanne, Yvonne, née MONTEUX [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot et Jacques Girault, version mise en ligne le 1er février 2014, dernière modification le 3 mars 2015.

Par René Gallissot et Jacques Girault

SOURCES : B. Khalfa, H. Alleg, A. Benzine, La grande aventure d’Alger Républicain, Paris, Messidor, 1987. — Collection d’Alger Républicain— Renseignements fournis par l’intéressée en 2006.

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