RIZO Christian, Louis, Théodore [Pseudonyme dans la Résistance : Robert]

Par Daniel Grason

Né le 30 mai 1922 à Paris (XVIIe arr.), fusillé le 9 mars 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; étudiant ; membre de la Jeunesse communiste ; résistant membre de l’Organisation spéciale (OS).

Christian Rizo lors de sa première arrestation le 1er août 1940, D.R. (Arch. PPo. GB 187).
Christian Rizo lors de sa première arrestation le 1er août 1940, D.R. (Arch. PPo. GB 187).

Fils de Théodore, employé de commerce, et de Suavita, née Robinet, sans profession, Christian Rizo demeurait chez sa mère 100 rue d’Angoulême (aujourd’hui rue Jean-Pierre-Timbaud) à Paris (XIe arr.). Il était l’aîné de quatre enfants : André, né en 1923 ; Hélène, née en 1926 ; Pierre, né en 1935. Son père était mort le 13 janvier 1940, sa mère travaillait comme employée de bureau à la mairie du XVe arrondissement. Il adhéra aux Jeunesses communistes, à l’organisation antifasciste Lycéens de Paris. Avec les étudiants communistes, il participa à des sorties camping organisées par les Auberges de la Jeunesse.
Il fut interpellé fin juillet 1940 à la Sorbonne, alors que venait de se dérouler une distribution de tracts des étudiants communistes contre une conférence de Gustave Roussy, recteur de l’université. Mis à la disposition des autorités allemandes, il affirma qu’il n’avait pas pris part à cette distribution. Après soixante-dix jours de détention préventive, il signa un engagement où il écrivit qu’il ne participerait plus à ce type d’action.
Contacté par Roger Hanlet, il fit partie de l’Organisation spéciale. Christian Rizo exprima ses réticences à participer à des attentats, déclarant : « Nous sommes des militants responsables, nous ne sommes pas des tueurs c’est contraire à notre idéal humain. » Il était ami avec Pierre Daix et Tony Bloncourt. En août 1940, il participa à la destruction de poteaux indicateurs place de la République ainsi qu’à des arrachages d’affiches qui exaltaient les victoires des nazis en Union soviétique.
Il participa à plusieurs actions : dans la nuit du 12 au 13 août 1941, vol dans l’entreprise Dehé d’outils qui servaient à la réfection des voies ferrées à Orry-la-Ville ; le 23 août, sous la direction de Gilbert Brustlein, tentative de saboter un poste de repérage d’avions à Goussainville (Seine-et-Oise, Val-d’Oise) ; le 5 septembre, incendie d’un camion allemand à la hauteur du 11 avenue de Paris à Vincennes (Seine, Val-de-Marne) – les dégâts provoqués furent peu importants.
Après le lycée, il fut étudiant à la faculté des sciences. Pour vivre, il donna des cours particuliers, effectua des travaux en bibliothèque. Il fut hébergé début novembre 1941 chez les parents d’un ami, Émeric Schweitzer, qu’il connut au lycée Voltaire et avec qui il suivit des cours au Conservatoire national des arts et métiers.
Le 30 octobre 1941, des inspecteurs des Brigades spéciales de la police judiciaire se présentèrent au domicile de Roger Hanlet et y tendirent une souricière. Pierre Milan et Acher Semahya se présentèrent et furent arrêtés ; Fernand Zalkinov fut interpellé le lendemain et Robert Peltier le 1er novembre à Creil (Oise).
La police judiciaire rechercha « Robert », pseudonyme de Christian Rizo. Il fut interpellé par deux inspecteurs de la police judiciaire le 25 novembre, en compagnie de Jacques Grenier. On trouva dans sa serviette une feuille de papier où était écrit « L’Étudiant communiste » avec quelques notes et réflexions personnelles. En sa présence, les policiers perquisitionnèrent le logement familial, un livre fut saisi, À la lumière du marxisme, et une correspondance personnelle avec un ami étudiant polonais.
Les policiers se rendirent au domicile de Schweitzer, 48 rue Saint-Antoine (IVe arr.). Ils y saisirent deux opuscules intitulés Le Fusil Mitrailleur 1924 modifié 1929 et Cours de topographie élémentaire, des tracts de l’Humanité clandestine de janvier 1941, « Vive le 1er mai », « Lettre ouverte à Alexandre Zévaès », « Les généraux battus de 39-40 contre les grands mutilés de 14-18 », des carnets, dont l’un avec des noms.
Lors de l’interrogatoire, mené par le commissaire de la police judiciaire au 36 quai des Orfèvres (Ier arr.), le 26 novembre, Christian Rizo nia toute appartenance à une organisation communiste. Il déclara : « J’ai fréquenté les étudiants communistes, mais simplement pour discuter avec eux d’économie politique. » Il nia toute participation à des actions de propagande et de sabotage et minimisa la portée des destructions d’affiches : « En réalité, un seul panneau a été arraché, place de la République, à proximité de l’Hôtel Moderne. » Une confrontation eut lieu avec Roger Hanlet. Quand celui-ci confirma la participation de Christian Rizo aux actions, ce dernier rétorqua : « Tout ce que dit cet homme est faux », puis il déclara : « Devant les précisions apportées par Hanlet, je suis obligé de reconnaître qu’il dit la vérité. Je m’expliquerai plus longuement sur les faits. » Il fut incarcéré le même jour à la prison de la Santé (XIVe arr.).
Le procès des sept des « Bataillons de la jeunesse » se déroula au Palais Bourbon du 5 au 7 mars 1942 face à un Conseil militaire allemand qui leur imputa dix-sept attentats.
Christian Rizo fut inhumé au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). Le 10 mars 1945 dans l’après-midi, une cérémonie commémorative s’y déroula en présence des parents de Tony Bloncourt et de Christian Rizo et de deux cent cinquante personnes. Des représentants des Francs-tireurs et partisans (FTP) et de la Jeunesse communiste prirent la parole.
Le ministère des Anciens Combattants reconnut Christian Rizo comme sergent-chef FFI. En mai 1999, André Rizo, frère de Christian, écrivit au président de l’Assemblée nationale et rappela le procès qui s’était tenu en mars 1942. Le 9 mars 2000, un hommage solennel fut rendu aux sept combattants. Ils furent décorés de la Médaille militaire, de la Croix de guerre avec palme et de la Médaille de la Résistance à titre posthume ; Laurent Fabius, président de l’Assemblée nationale, présida la cérémonie. Une plaque commémorative rappelle qu’ils étaient « Morts pour la France ».

Dernière lettre
La Sante, 12h Lundi 9 mars 1942
Mes chers frères et soeur,
C’est à,toi surtout mon frère André que cette lettre s’adresse. Je vcais mourir : tu sais pourqoi. Tu deviens le chef de famille maintenant. Je te confie Maman. Depuis trois moiss je sais ce qum’attend et j’ai tout le courage nécessaire ; m
ais la seule chose qui m’a fait pleurer et avoir vraiment du regret, c’est notre mère. Elle a été une mère admirable de tendresse et de dévouement. Toute sa vie a été consacrée à nous. Crois-tu que nous l’ayons bine payée en retour ce cette tendresse ? Pour ma part, je sais bien que non. J’aurai pu la rendre fière de moi dans l’avenir, mais vois-tu cet avenir va s’interrompre brusquement. Je ne suis plus rien pour elle que d’une seule façon : par vous deux surtout mes frères. Je vous en supplie : qu’elle soit désormais quelque chose de plus pour vous - réfléchis bien, mon André, sur ce qu’est une mère, une mère comme la nôtre. Cette femme admirable a trouvé, par amour, pmar une affection sans borne pour son fuils aîné, le courage de leui sourire une dernière fois - alors qu’elle savait ne devoir plus le revoir. Et pourtant elle subissait la torture la plus affreuse qu’on puisse imposer à une mère : on lui arrachait son fils. Eh bien, pour ce fils, elle a montré le plus grand courage qu’elle pût monter.
 
J’ai appris avec plaisir que tu commençais à étudier et que tu t’apprêtais à devenir un homme ; que Pierrot en faisait autant - merci André et Pierre ! Peut-être ainsi arriverez-vous à donner un peu de joie, un peu de soleil dans la vie de ma malheureuse mère. De plus, montrez-lui bien votre affection, bien plus que vous ne le faisiez. - et ceci pour remplacer ce qui ne pourra plus lui venir de moi, et pour qu’elle puisse me retrouver un peu dans vos baisers. A l’avenir je compte beaucoup sur cette promesse que vous m’auriez faite si je vous l’avais demandée. Soyez toujours courageux. On arrive à tout avec le courage - même à mourir à dix-neuf ans le sourire aux lèvres. J’embrasse Hélène, mon cher petit Pierrot, mon oncle, ma grand-mère.
Plus tard répète tout ce que je te dis à propos de Maman à Pierre.
A ma mère chérie, ma dernière pensée, mes dernières baisers, les meilleurs.
Christian
 
Lindu 9 mars, 12h
Ma chère Maman,
Ma peite Maman chérie voilà qu’il te faut avoir le plus de courage possible ! Je serai mort courageusement quand tu recevas cette lettre. Oh maman comme j’ai de la pein à comprendre la souffrance que tu vas ressentir ! Comme j’ai peur pour ta santé, si nécessaire à mon petit Pierre. Maman, il faut que tu trouves dans mon souvenir la force de faire un homme de ce peit être, un second Christian, car il me ressemble. J’ai d’ailleurs demandé àmon frère André de devenir aussi un hommequi te fera honneur plus tard. Je lui ai demandé qu’il te montre plus de tendresse car je ne veux pas que ce que j’aurais fini par te donner plus atrd, te manque désormais. Sache bine en effet, Maman, que j’aurais compris de toutes façons ce que tu étais - la brave et bonne femme que tu étais. Mais j’ai confiance en mes frères (qu’André répète tout ceci à Pierre plus tard). Ils t’aiment dorénavant de tout leur coeur et surtout ils te le montreront par leur travail et leur affection. Sache aussi, Maman, que la prison ne m’a pas changé.
J’ai simplement réfléchi. la tendresse que j’éprouve pour toi maintenant, elle existait - mais elle dormait au fond de mon coeur. Elle s’est réveillée un peu trop tard seulement, mais celle de mes frères et soeur va se monter, ne t’en fais pas. C’est d’ailleurs, chère petite Maman, la seule chose qu’il te faut pour vivre, la tendresse. Tu vois que je te connaissais bien malgré mon indifférence apparente.
Allons Maman, courage, confiance en l’avenir : j’ai tout ça, tu l’auras aussi.
Je n’oublie pas ma petie soeur Hélène. Embrasse-la pour moi. Elle sera gentille pour toi, n’est-ce pas Hélène ?
J’embrasse mon peit frère - c’est drôle, j’ai le pressentiment qu’il me remplacera, qu’il me ressemblera en tout.
Ma peite Maman, adieu. Si un jour le découragement te prenait, sache que ce ne serait pas digne de moi, car je te jure que je le suis.
Christian.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article153209, notice RIZO Christian, Louis, Théodore [Pseudonyme dans la Résistance : Robert] par Daniel Grason, version mise en ligne le 9 février 2014, dernière modification le 22 octobre 2022.

Par Daniel Grason

Christian Rizo
Christian Rizo
Plaque à l'Assemblée nationale
Plaque à l’Assemblée nationale
Christian Rizo lors de sa première arrestation le 1er août 1940, D.R. (Arch. PPo. GB 187).
Christian Rizo lors de sa première arrestation le 1er août 1940, D.R. (Arch. PPo. GB 187).
Dernière lettre de Christian Rizo à sa mère.

SOURCES : Arch. PPo., BA 1752, Carton 12, rapports hebdomadaires sur l’activité communiste, 77W 1519, 77W 1760. – DAVCC, Caen, B VIII dossier 3 (Notes Thomas Pouty). – Pierre Daix, J’ai cru au matin, R. Laffont, 1976. – J.-M. Berlière, F. Liaigre, Le sang des communistes, op. cit. – Pierre Daix, Dénis de mémoire, Gallimard, 2008. – Le Matin, 1941, 1942. – Le Cri du peuple, 7 mars 1942. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Site Internet CDJC. – Site Internet le procès du Palais Bourbon. – Mémorial GenWeb. – État civil, Paris (XVIIe arr.).

Photographie : Arch. PPo. GB 187 (D.R.)

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