CURIEL Henri dit Younès en Égypte, dit Pointet, Jacques, Guillaume, Frédéric, Wassef en France [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 13 septembre 1914 au Caire (Egypte) ; militant antifasciste de l’Union ou Ligue démocratique jusqu’en 1942 ; fondateur du Mouvement égyptien de libération nationale (1943-1947) élargi en Mouvement démocratique de libération nationale ; à l’origine du Mouvement soudanais de libération nationale qui deviendra le PC soudanais. Arrêté puis expulsé sur l’Italie en 1950, passe en France en 1951 ; apporte son concours à la Fédération de France du FLN et reprend en 1960 le réseau Jeanson ; fondateur en juillet 1960 du Mouvement anticolonialiste français ; au sortir de prison en 1962, développe l’organisation Solidarité de soutien aux mouvements de libération du Tiers-Monde et suscite les contacts entre personnalités israéliennes favorables à la création d’un Etat palestinien et délégués palestiniens agréés par la direction de l’OLP ; assassiné à Paris par des tueurs professionnels le 4 mai 1978.

Henri Curiel
Henri Curiel

Les Curiel étaient de familles juives séfarades, juifs occidentaux, venus vraisemblablement d’Espagne (de la ville de Curiel ?) ou de la diaspora juive du Portugal vers la Hollande ou des ports d’Italie, arrivés peut-être en liaison avec l’expédition de Bonaparte. En tout cas, le grand père Nessim Curiel est à l’origine de la fortune de la famille, achetant des actions et des terres, parlant l’arabe dans les affaires et à la maison. Le père, Daniel Curiel, aveugle très jeune, musicien et abonné de l’Opéra, est à la tête d’une des principales banques du Caire, homme d’affaires et propriétaire foncier dans le Delta. La mère Zéphira Behar appartenait à une des bonnes familles de bourgeoise juive d’Istamboul, en partie ruinée, mais conservant des liens avec les autres familles juives stambouliotes ayant essaimé dans l’ancien empire ottoman, en Syrie-Liban, Palestine et Égypte, voire à Paris. Elevée chez les sœurs Notre-Dame de Sion, instruite dans la religion catholique, elle est encline au mysticisme ; atteinte par une névrite qui l’handicape pour s’adonner au piano, ayant subi l’ablation d’un sein, son mariage et sa famille sont son apostolat. Le père de Rosette Aladjem qu’épouse Henri Curiel est sorti de l’école d’agronomie de Grignon (près de Paris) ; présenté comme meilleur élève de l’école lors d’une visite du khédive d’Égypte (vice-roi sous occupation britannique), il avait été attiré en Égypte en 1905 pour être ingénieur au Service des eaux du Nil, devenant haut fonctionnaire du ministère de l’agriculture. Il venait d’une famille juive de Bulgarie ottomane établie à Istamboul et qui avait poussé un de ses fils vers les études à Paris.

Face à la domination britannique, comme une part des Égyptiens musulmans ou coptes (10 % de la population), mais avec une passion patriotique, toutes ces familles vibraient pour la France dont les plus fortunés fréquentaient chaque année les villes d’eau. Outre l’anglais, langue de travail, les enfants faisaient des études en français à la Mission laïque française (MLF) ou plus classieuses dans les écoles de sœurs ou chez les Jésuites. À la naissance d’Henri Curiel, la famille célèbre la victoire de la Marne ; un oncle paternel et deux oncles de Rosette Aladjem se sont engagés dans l’armée française dès la déclaration de guerre. Alors même qu’ils se voulaient communistes, au moment du pacte germano-soviétique qui mettait l’URSS en dehors de la guerre, les deux fils Curiel répéteront ce geste en 1939 mais ne pourront être mobilisés.

Sous occupation militaire britannique depuis 1882, l’Égypte conservait de l’empire ottoman, la grande différenciation des statuts dits personnels, en fait familiaux et confessionnels, héritée du régime dit des Capitulations : bénéficiant d’exemptions fiscales voire de privilèges commerciaux, des familles et des communautés religieuses avaient été placées sous protection des anciennes grandes puissances chrétiennes recomposées ou partagées en devenant les États impériaux ou nationaux dominants du XIXe siècle. Le père Daniel Curiel, et donc sa famille relevaient de la protection du Royaume d’Italie unifié en 1869. Les Juifs locaux et les juifs orientaux sans puissance chrétienne protectrice, vivaient sous statut de minorité protégée en droit musulman ; dans une pauvreté laborieuse, ils avaient leur quartier au Caire. Sous ce même droit de minorité protégée en pays d’Islam, se trouvaient aussi les coptes qui étaient des chrétiens byzantins, seuls à porter ce nom grec d’égyptiens. Par contre les Juifs du commerce, des affaires et de la banque vivaient aux côtés des « colonies » également le plus souvent marchandes, grecques, italiennes, arméniennes, françaises, allemandes, syro-libanaises…, en fait et en droit distinguées par leur appartenance communautaire religieuse : chrétiennes latines romaines et chrétiennes orthodoxes diverses, ou juives avec des tribunaux rabbiniques. Les Juifs venant d’Algérie (moghrabi, maghrébins donc) pouvaient faire valoir, par astuce abusive, qu’ils étaient français depuis le décret Crémieux de 1870.

Dire nationalité n’a pas grand sens face à cette diversité de statut hérité. On parle de cosmopolitisme devant le croisement des langues, des références et des pratiques culturelles, cette mosaïque de « colonies » vivant à la fois entre elles et sur elles-mêmes ; l’arabe est peu pratiqué ou approximatif. Il faut ajouter des mariages mixtes qui conduisent à des redéfinitions d’appartenance. Les familles nucléaires et les relations sexuelles sont prises dans le cercle des parentés d’appartenance communautaire comme pour offrir un terrain à l’analyse freudienne à la recherche des origines et des identités. À l’opposé si on peut dire, la masse égyptienne est dans l’univocité d’un monolinguisme arabe et tenue par éducation familiale immédiate selon les normes qui sont conjointement religieuses et endogames, musulmanes donc ou minoritaires coptes. L’identification et la nomination relèvent de la parenté ; dans le mouvement national même on dira « frères », et le mouvement de protestation se proclame « Frères musulmans ».

Qui est égyptien, d’un mot d’origine grecque qui est étranger à la langue arabe (qui dit misri) ? À sa majorité en 1935, Henri Curiel a fait le choix du statut local qui le rend virtuellement égyptien, se plaçant en dehors de la protection italienne. En outre, il se met à l’arabe qu’il parlera sans pouvoir se départir d’un fâcheux accent. L’idéologie nationale est quasiment monopolisée par le parti Wafd formé en 1919, qui sur fond de manifestations, arrache en 1936 un nouvel accord d’indépendance de l’Égypte qui abolit certes le régime des capitulations mais sans modifier la cascade des statuts et moins encore la hiérarchie d’ignorance ou de mépris. L’armée britannique d’occupation demeure.

Quand les identifications nationales et le nationalisme s’affirment au XXe siècle jusqu’à la primauté, on comprend que les intellectuels juifs en particulier s’interrogent sur la question nationale. En devenant communistes, la solution du problème national se trouve en conjonction avec une réponse à la question sociale ; ils seront ainsi nombreux dans les groupes marxistes. Mais comment rejoindre les masses « égyptiennes » ? La préoccupation récurrente sera celle de « l’égyptianisation » (Al tamsir). Henri Curiel grandit dans la Villa Curiel ; 17 chambres et une douzaine de domestiques, située à la pointe de l’île de Zamalek à proximité du Guezireh Sporting club. La bibliothèque reçoit les revues et les livres ; elle est servie par abonnement auprès d’un libraire parisien. Les études se font au Collège des jésuites tout en renonçant à la croyance en Dieu.

Le frère renonce en outre à la banque et à l’argent. Aîné d’un an, Raoul Curiel obtient en 1933 le droit d’aller faire des études supérieures à Paris entre Langues Orientales et Sorbonne. Dès ses 15 ans et la classe de troisième (cursus français), il s’était inscrit aux Amis de l’URSS et ne cesse d’approfondir ses connaissances marxistes. Au quartier latin, il participe aux combats de Front populaire et de l’union antifasciste, et au soutien de la Révolution en Espagne défendue par les Brigades internationales. Il appartient au groupe des Étudiants socialistes. Comme il dénonce la non-intervention du gouvernement de Léon Blum en Espagne, il suit le courant de La Gauche révolutionnaire de Marceau Pivert pouvant se proclamer bolchevik-léniniste comme disent les partisans de Trotsky. Devant la menace de guerre et le risque de voir rompre les relations entre la France et l’Égypte, il rentre au pays en 1938. Il sera l’intellectuel de la famille, plus tard archéologue, spécialiste de numismatique et linguiste.

Ne fréquentant que les beaux quartiers, Henri Curiel en est encore à partager son temps au Caire entre la lecture d’une littérature romanesque et les filles des cabarets ou celles des familles alliées. Certes poussé par son frère, il lit aussi les brochures et manuels d’édition française du marxisme-léninisme soviétique ; « les principes du communisme » présentés et revus par Staline. En Palestine, en Syrie-Liban et clandestinement dans d’autres cercles intellectuels arabes de religion diverse ou hors religion, ou encore druzes ou arméniens mais en langue arabe, des intellectuels voire des collégiens participent à la Ligue anti-fasciste, « l’Antifa » qui aura des suites dans le Mouvement nationaliste arabe, courant moderniste et laïc de l’arabisme après guerre. L’Antifa est certes minoritaire dans tous les sens du mot, car l’attrait du fascisme domine dans l’intelligentsia elle-même. La Ligue anti-fasciste a une certaine influence à Alexandrie dont la vie intellectuelle est plus polyvalente et où émergent de jeunes intellectuels sensibles à l’internationalisme trotskyste et à l’arabisme comme Loftallah Soliman.

Au Caire par provincialisme ou du fait du rôle contradictoire du fascisme mussolinien dans l’importante colonie réputée italienne, la Ligue anti-fa paraît absente. Du mouvement pacifiste Amsterdam-Pleyel du nom des congrès de 1934 ou de l’écho des Fronts populaires, il ne reste que de petits groupes à penchant communiste notamment parmi les anciens élèves du Lycée français. Le communisme le plus avéré est celui du professeur Georges-Henri Pointet qui enseigne à l’école égyptienne de police et vient du parti suisse du Travai. Selon Raoul Curiel, c’est moins par ses soins fraternels que par l’exemple de G.Pointet qu’Henri Curiel est conduit définitivement au communisme. Pour l’heure en 1939, ces antifascistes se retrouvent dans un regroupement qui est l’Union ou Ligue démocratique que rejoignent des jeunes dont certains sont déjà séduits par le communisme dont notamment les frères Curiel et Marcel Israël.

C’est évidemment le banquier Daniel Curiel qui fournit les fonds pour ouvrir des locaux, organiser des conférences, tenir une bibliothèque dont la bibliothécaire est une amie proche, Diane Rossano (plus tard Didar Fawzy*) quitte à tolérer que la rédaction de la revue Don Quichotte se réunisse dans une maison close, par les soins d’Henri Curiel qui est membre du conseil d’administration. L’Union démocratique a en effet un organe d’expression, ou de provocation sous la plume du surréaliste Georges Henein : « l’hebdomadaire dirigé par des jeunes », Don Quichotte pour saluer l’Espagne républicaine. Le bal de lancement se tient dans les caves de l’avocat du roi Farouk, Me Allony. La revue dure six mois et publie le premier texte d’Henri Curiel, un articulet anodin qui évoque cependant la condition des ouvriers égyptiens. Don Quichotte avait soutenu la campagne (« cinq piastres par jour pour vivre mieux que les animaux ; un âne se loue 4 piastres à la journée ») du père Ayrout pour porter secours à la misère paysanne, en publiant les enquêtes en Haute Égypte de ce jésuite de choc, accompagnées des photos de la toute jeune Lydia Allony qui gravite dans le cercle Curiel. L’héritage le plus important de ce premier engagement qui couvre aussi une mue, reste la librairie du Rond-point en quartier européen qui assure la lecture à l’intelligentsia et aux officiers des troupes alliées stationnées en Égypte, en langue anglaise et française.

Le Pacte germano-soviétique d’août 1939 qui conduit l’IC à demander aux PC de ne pas être parties prenantes dans la guerre entre impérialismes, n’empêche pas Henri et Raoul Curiel que l’on dit en divergence sur l’accord, de se porter volontaires pour s’enrôler dans l’armée française. Le professeur Pointet réussit à rejoindre les troupes françaises ; il appartiendra ensuite à l’armée de libération et sera tué dans la campagne de France en 1944. À son arrivée en France en 1951, H.Curiel prendra le nom de Pointet pour premier pseudonyme. Outre par l’idéalisation de la France, ses positions sont portées par l’engagement contre l’Allemagne hitlérienne. Les trotskystes internationalistes apparaissent plus nombreux parmi les écrivains et les artistes que les partisans de Staline, mais les lignes de démarcations sont encore flottantes et l’entrisme d’un groupe dans l’autre est à l’honneur. Marcel Israël paraît être le premier en 1940 à former un groupement pour donner naissance à un parti communiste sous le nom de Libération du peuple  ; à la fin de 1940, le poète Anwar Kamel anime un groupe trotskyste Pain et liberté. La mutation est en cours.

Non sans connaître des soucis de santé, la personnalité d’Henri Curiel se transforme. Il devient végétarien impénitent marchant au jus de carotte et adepte du yoga ; il va pieds nus dans des sandales, vêtu d’un short qui n’a même pas la coupe coloniale ni le pli militaire et d’une chemisette sur sa maigreur d’un corps voûté de gringalet de 50 kg mesurant 1m 82. Henri Curiel choisit d’être à la marge plutôt qu’en marge, sans rompre avec sa famille et son entourage de cousinage et d’amitiés. Avec les reportages du père Ayrout, il découvre la condition de la paysannerie de la vallée du Nil, du Haut Nil et de la Nubie inconnue si ce n’est par la domesticité. Sur la grande ferme de Mansourieh (100 ha dans le Delta) il se soucie des conditions de travail et de vie des ouvriers agricoles. Comme le père Ayrout, il appelle ses jeunes amies à se faire infirmières. C’est le cas de Rosette Aladjem, juive locale égyptienne, qui s’est donné une formation d’infirmière après des études au Lycée français du Caire et le bac à Paris puis une année à Londres avant de revenir au Caire faire une licence de lettres à l’Université américaine. Elle soigne les yeux des paysans du domaine. Elle devient la compagne d’Henri Curiel vivant avec lui non sans choquer les familles, dans un modeste appartement.

En 1943, ils ont presque trente ans ; le couple fait acte de conciliation : grand mariage devant le rabbin du Caire puis réception à la Villa Curiel, et l’installation dans un bel appartement avec une bonne et un boy au 13e étage avec terrasse dans un des immeubles les plus hauts du quartier européen situé près de la banque Curiel et de la librairie du Rond-Point. Rosette Curiel ne peut avoir d’enfant. Sans rompre l’entente attentionnée, Henri Curiel aura en 1948, un fils qui demeure longtemps dans le secret sous le nom de sa mère Ruth Gresh, élevé par son mari, père déclaré. Le matin Henri Curiel travaille à la banque, ce que ne fait plus son frère Raoul Curiel qui prend son indépendance en enseignant au lycée français d’Héliopolis puis au lycée français du Caire.

L’emploi du temps de Rosette se partageait entre la Délégation française ou plutôt de la France libre de Londres, l’Association des Amitiés françaises et la Librairie du Rond-Point. Dans le royaume d’Égypte sous tutelle britannique, De Gaulle avait une représentation au Caire. Georges Gorse* qui appartenait à la SFIO, était son délégué ; l’association des Amitiés françaises ajoutait au rayonnement. Raoul Curiel sera le speaker de la France libre de la radio du Caire à celle de Brazzaville avant de se vouer à l’archéologie. Pour les frères Curiel : De Gaulle, c’est la France. Depuis juin 1941, Henri Curiel révère aussi le communisme soviétique qui résiste à l’invasion allemande devant Moscou défaite ensuite au siège de Stalingrad. Cette fois l’entrée en communisme devient adhésion à l’URSS et à Staline.

C’est en 1942 que les choses se nouent en Égypte. En février 1942 l’armée britannique encercle le palais royal, impose au roi Farouk, un gouvernement du parti Wafd qui écarte toutes tentatives de se tourner vers l’Allemagne. Le corps expéditionnaire allemand en Libye, commandé par Rommel menace Le Caire. La plupart des familles bourgeoises des « colonies » abandonnent Le Caire. Henri Curiel décide de rester. Il est arrêté par la police égyptienne qui prend des gages en emprisonnant aussi bien des communistes fichés, que des partisans fascisants de Jeune Égypte ou des Frères musulmans. C’est auprès des gardiens, des autres prisonniers, des Frères musulmans mêmes, qu’Henri Curiel inaugure sa méthode de séduction par la douceur et le dialogue, observant le Ramadan, passant même du Ramadan à une grève de la faim pour obtenir une sortie collective, son père étant intervenu pour obtenir sa libération individuelle. Après le coup d’arrêt porté à l’avancée allemande à d’El Alamein, tous sont élargis en novembre 1942. Henri Curiel se retrouve pour 3 ans sous le régime de la résidence administrative.

Les groupes d’études marxistes souvent liés à l’Amicale des anciens élèves du Lycée français ou aux réseaux communautaires des écoles chrétiennes, connaissent un renouveau. Des revues sont lancées comme l’Aube nouvelle, Citadelle et Aliana journal rédigé en arabe pour les ouvriers. Bientôt sous le nom d’Iskra, l’Étincelle, le tout jeune Hillel Schwartz lance ses publications et le journal Al-Gamahir, (les masses). Iskra se met à former au marxisme ses adhérents comme on le fait dans les écoles communistes de cadres. Marcel Israël qui a des liens avec l’IC à travers les partis communistes de Syrie-Liban (parti du peuple) et de Palestine, relance le groupe Libération du Peuple et va s’installer en « ville arabe ». Alors que dans ces groupes, on ne parle guère que des luttes internationales et de la révolution mondiale, l’objectif proclamé est celui de l’égyptianisation. Les Masses, c’est aussi le nom de la librairie et des éditions trotskystes en liaison avec la IVe Internationale ; avec le concours de Loftallah Soliman qui est à Alexandrie, elles publient des traductions en arabe et diffusent l’ouvrage d’Anwar Kamel Les problèmes des ouvriers en Égypte qui lui avait valu une arrestation en 1941.

La librairie du Rond-Point, autant dire la librairie Curiel redouble l’offre d’ouvrages venant du Canada ou des États-Unis pour les troupes alliées en stationnement et les publications en français des éditions de Moscou ou des partis issus de l’IC, malgré les réticences, par souci diplomatique, de l’Ambassade soviétique qui est installée juste en face la Villa Curiel. Cette concurrence entre groupes permet de comprendre qu’Henri Curiel s’emploie à être le premier voire le seul dans un projet léniniste de former un PC aux côtés du parti d’URSS qui l’emporte à Stalingrad. Remarquons que depuis mai 1941, l’Internationale communiste avait pour mot d’ordre de former des Fronts nationaux pour conduire la lutte nationale de libération appelée aussi et plus généralement en français : Résistance.

C’est le sens que donne Henri Curiel au groupement qu’il crée en 1943 : le Mouvement égyptien de libération nationale. Sans que la conception de la nation soit précisée, prendre le terme de libération nationale paraît trancher le débat sur l’égyptianisation et le front de classes ou de classe ; il s’agit de s’inscrire dans les luttes de l’époque historique mondiale. La situation des Égyptiens n’est cependant pas ignorée. Dénonçant les féodaux qui collaborent avec les fascistes, le projet entend aussi combattre les trois fléaux qui frappent l’Égypte : la pauvreté, la maladie, l’ignorance. Pour l’heure, Henri Curiel pense en premier à la maladie, au choléra et à la mortalité qu’il étudie en effet. Ce sujet sera celui de sa principale intervention à l’école des cadres qu’il organise en octobre 1943 sur le domaine de Mansourieh. Un vingtaine de stagiaires égyptiens, certains travailleurs migrants venant de Haute Égypte, conserveront un souvenir exalté de ces rencontres, de ces leçons simples annonçant l’avenir communiste, de ces échanges chaleureux ; on chante la Marseillaise en français et l’Internationale en arabe. Cela résonne un peu trop français ou externe si on se place d’un point de vue intérieur égyptien aussi bien social que national.

Le comble de l’inconscience est de tenir des réunions du MELN comme le fait fréquemment Henri Curiel, dans les locaux des Amitiés françaises. Les Curiel organisent les célébrations voulues par Georges Gorse, lors de la formation et départ d’Égypte de l’escadrille militaire française Normandie-Niemen qui va rejoindre le front soviétique. Il faut surtout apparaître comme ayant la caution ou l’onction de l’URSS et de l’IC dont on ignore la dissolution qui au demeurant n’est que formelle. Entre les dirigeants des groupes marxistes, Henri Curiel est celui prend figure de représenter le Komintern sans que celui-ci ait eu à se manifester ; Henri Curiel joue du silence entendu. Quand sur son trajet de Moscou à Alger où se trouve la délégation du PCF auprès du Comité de libération puis du gouvernement provisoire français, en juillet 1943, André Marty* toujours considéré comme représentant l’Exécutif communiste, fait une escale de 4 jours au Caire, il est pris en charge et logé dans l’appartement des Curiel.

C’est encore en soutien aux luttes de libération nationale, que le MELN et Henri Curiel portent secours aux mutins des brigades grecques en avril 1944 révoltées contre leurs officiers formés par le régime fasciste de Metaxas et encerclées par les troupes britanniques. Quand Churchill depuis Londres donnera l’ordre d’intervention armée, le groupe Curiel cachera les réfugiés. L’idée ou plutôt la pratique qui s’impose est celle de « solidarité » avec ceux qui sont en combat de libération nationale, en mobilisant tous les proches, les fidèles et l’entourage, et en s’ouvrant à ceux qui veulent se joindre.

Un des responsables grecs échappera à l’arrestation dans la maison Curiel en étant couvert par un colonel britannique ami et proche mais qui est officier de l’Intelligence service. Ces faits sont rapportés car ils vont être à charge plus tard dans l’Affaire Marty-Tillon qui touche Henri Curiel. Rappelons qu’avec l’accord de Staline, Churchill confortant un gouvernement réactionnaire, place la Grèce dans le camp anglo-américain. La lutte armée du front national grec et communiste sera donc abandonnée par les Soviéttiques. Henri Curiel qui a pris le pseudonyme de Younès, se trouve alors à contre-courant des accords de partage des zones d’influence (dits abusivement accords de Yalta). Il ne voit pas l’intérêt d’État soviétique.

Entre les groupements qui se réclament du communisme, ni Moscou ni le PCF n’ont fait de choix. Le secteur Égypte relève de la Section coloniale (ou Bureau ou Commission coloniale à Paris dirigée par Elie Mignot* sous la responsabilité d’André Marty*. Embarquant sur le Ville de Lumière en 1945, une délégation des trois principaux mouvements (Libération du peuple, Iskra, MELN ou plutôt trois factions), s’entendra répondre par les responsables du PCF que les groupes doivent d’abord s’unifier. Au Moyen-Orient, les délégués communistes soviétiques s’étonnent de ne voir en fait d’Égyptiens, que des Juifs d’Égypte communistes, et demandent à voir des interlocuteurs « arabes ».

Le MELN qui s’appuie sur la librairie du Rond-point publie en arabe quatorze ouvrages qui sont plutôt des brochures d’instruction communiste, notamment une traduction du Manifeste revue en arabe égyptien par Raymond Stambouli qui traduit aussi Que-faire ? de Lénine, et encore Socialisme utopique et socialisme scientifique d’Engels, Les principes du léninisme de Staline et La Nouvelle Démocratie de Mao Ze Dong, un résumé du Capital et Salaire, prix et profit, l’exposé sur l’exploitation du travail salarié de Marx sur lequel s’appuie H.Curiel quand il fait conférence ou leçon aussi bien publique que particulière. L’opuscule de Lénine L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, traduit à Beyrouth en 1945, sera aussi lu et diffusé (on sait qu’en arabe, le même mot traduit et donc confond colonialisme et impérialisme). Maxime Rodinson prendra un malin plaisir à faire remarquer que la formation marxiste d’Henri Curiel tient de l’école élémentaire du parti communiste. Il n’y aura cependant pas d’autre école ou stage de cadres.

Entretemps le mouvement de masses s’affirme en Égypte et particulièrement les grèves dans les centres textiles du coton sur l’autre bord du Nil au Caire, qu’accompagnent les manifestations d’étudiants qui réclament l’évacuation des troupes britanniques. Le Comité national des étudiants et des ouvriers est mis en place à la fin janvier 1956 ; le mouvement monte encore le 9 février 1946, constituant des Conseils collectifs sur les lieux de travail sur le mode des soviets ; le point culminant est peut-être atteint dans l’affrontement avec les forces de répression le 21 février qui sera pris dès l’année suivante comme journée mondiale de solidarité internationale avec les luttes de libération. Les grèves reprennent par centaines et la répression opère par vagues principalement en juillet ; les arrestations touchent « les communistes » dont Henri Curiel « le millionnaire communiste juif ». Pour la presse, il devient l’âme du complot. Il sera relâché, puis à nouveau arrêté en décembre 1946 puis libéré sous caution et tenu sous surveillance. Les services policiers égyptiens, et les services de renseignements britanniques, français et soviétiques remplissent leurs fiches, et l’écho porte le mythe Curiel.

L’activité est intense : multiplier les contacts, consulter, nouer les préparatifs, s’associer aux actions et manifestations du Comité national des étudiants et des ouvriers, colmater les brèches, abriter des poursuites, secourir les emprisonnés. À la tête des grèves, on trouve l’ouvrier Mohamed Chatta formé au MELN, que Roger Vailland présent au Caire et qui a ainsi qu’Elisabeth Vailland, ses amitiés dans le groupe Curiel, prendra comme modèle de militant. Au MELN, on parle de Chattahiser le mouvement. Des grèves reprendront en 1947.

Au terme d’une longue reconstitution de ces années de genèse avortée du communisme ou du mouvement ouvrier égyptien, l’historien fort orthodoxe Rifaat Al Said (« histoire des communistes et des organisations de gauche en Égypte » en arabe, conçue à travers 14 années de détention depuis 1947) s’interroge trente ans plus tard sur la déperdition du mouvement après cette montée en force. Certes l’explication de fond est peut-être économique et sociale ; sur les 350 000 ouvriers du coton, 250 000 travaillaient dans des établissements sous tutelle de l’armée pour la fourniture des troupes de guerre ; ce qui disparaît. Le sous-développement généralisé fait grandir la masse prolétarisée mais non le mouvement ouvrier. À son avis cependant, Henri Curiel aurait dû abandonner le rôle dirigeant, fut-il exercé en douceur et en coulisse, à d’autres grandis dans le monde du travail égyptien arabe. Or Henri Curiel, sans cesse en contacts, en rencontres et discussions d’initiatives, donnait ses rendez-vous ou tenait des réunions restreintes à la terrasse du salon de thé Groppi ou du café chic Big Ben au centre européo-colonial et prenait plaisir à distancer la police avec sa traction avant ; il paraissait mener une double vie dont une dans les relations mondaines ou diplomatiques qui ne le déliait pas des « colonies » étrangères, fut-il un ascète et un frère par la reconnaissance de la grande dignité des prolétaires.

Durant la poussée du printemps 1946, s’était tenu un congrès des syndicats égyptiens. Il faut aussi mettre à l’actif du MELN, les liens établis, dès sa constitution, avec la Fédération syndicale mondiale. Plus encore, au sein du MELN, s’est constituée une section soudanaise publiant sa tribune Omdourman qui se transforme en Mouvement soudanais de libération nationale qui donnera naissance au puissant Parti communiste soudanais. Si Henri Curiel n’est pas à l’origine du Parti communiste égyptien, il l’est du moins à celle du communisme au Soudan, au reste très lié au syndicalisme. Le programme entendait mettre fin au rattachement opéré par les Britanniques, du Soudan à l’Égypte en passant par une étape de co-tutelle.

Précisons que cette position n’est pas unique comme ses partisans l’affirment en oubliant les trotskystes ; Anwar Kamel qui avait déjà publié un livre sur le sionisme, rassemblant leurs écrits aux éditions Masses, publie avec Loftallah Soliman en 1947 Sortez du Soudan. Les points de vue se rapprochent sur le principe d’autodétermination du peuple soudanais qui sera reconnu par les futurs Officiers libres. La lutte tend à être commune dans la tentative d’union qui intègre le MELN dans le MDLN, Mouvement démocratique de libération nationale. Le MDLN dure à peine une année ; il aurait regroupé jusqu’à 1 600 membres à majorité égyptienne, ne comptant que 420 étrangers, si tant est que l’on puisse se fier aux chiffres proclamés.

Le rapprochement s’effectue en juillet 1947 principalement entre les trois groupements majeurs que sont avec le MELN, Libération du peuple de Marcel Israël et le groupe Iskra qui apporte dans la corbeille, le journal Al-Gamahir(Les masses), pour former un front national contre l’occupation britannique. Cette orientation explique peut-être l’attention et la pénétration que gagne le MDLN auprès de jeunes officiers égyptiens qui créeront dans la clandestinité le groupe des Officiers libres pour sortir de la tutelle militaire britannique. Au Comité central du MDLN, Henri Curiel est le responsable politique et Hillel Schwartz, le responsable à l’organisation, ce qui privilégie l’Iskra et les partisans de Curiel tout en activant leur rivalité. Le groupe Citadelle se retire du mouvement et une part de Libération du Peuple. La bataille de chefs reprend.

Ce qui en définitive bouleverse tout et n’a pas fini de changer le Proche-Orient, c’est après l’approbation, à commencer par l’URSS, du plan de partage de la Palestine, la création immédiatement expansionniste de l’État d’Israël et l’entrée en guerre pour leur perte, des armées des États de la Ligue arabe en mai 1948. En acceptant le plan de partage, le mouvement communiste et explicitement Henri Curiel renoncent à la perspective d’un Etat palestinien bi-national qui était la position de l’IC non sans variations, depuis 1936. Défaisant la Palestine, la création de l’État d’Israël fait la division. Le MDLN se réduit, non sans conflits, au groupe Curiel. Au milieu d’un magma de divergences, à Alexandrie, Loftallah Soliman regroupe tant bien que mal les trotskystes intellectuels plus qu’ouvriers ou plébéiens pour constituer le Parti communiste révolutionnaire qui rejette le plan de partage et lance appel à un autre arabisme qui soit révolutionnaire. Face aux nationalismes d’État, cette position d’exception ne peut pas non plus avoir une base de masses.

Les portes des prisons se ferment aussi bien sur les trotskystes communistes que sur les Frères musulmans et les militants du MDLN envoyés en Haute-Égypte ou dans des camps du désert. H.Curiel est enfermé d’abord à « la prison des étrangers » avant d’être mis au camp de Huckstep ; Rosette Curiel sera arrêtée puis pour raison de santé placée sous bonne garde en résidence pendant deux ans dans un sanatorium, sortant cependant avec droit de visite et pour suivre les affaires de la maison Curiel ; le banquier Daniel Curiel meurt en 1948.

Sans qu’ils en aient conscience, c’est la fin d’une époque, de l’illusion d’être Égyptiens pour ceux qui reproduisaient la double appellation (et Henri Curiel écrit sans cesse les deux mots) disant égyptiens étrangers ou étrangers égyptiens. L’identification forte et voulue était celle d’Égyptiens. Quand les définitions deviennent nationales par l’origine, les transfuges sont renvoyés à la case départ. Les juifs d’Égypte n’étaient guère touchés par le sionisme ; selon le propos de Raymond Stambouli : « Pour nous, Jérusalem, c’était le train de 9h45 à la gare du Caire ». Avec la création d’Israël et la guerre, non seulement l’identité des juifs « égyptiens » devient problématique mais la présence même des Juifs d’Égypte. En se prononçant pour le partage de la Palestine, Henri Curiel (et bien d’autres) sera taxé de sioniste. Les départs s’accélèrent et les sorties de prison vont conduire en Europe, non sans entretenir la nostalgie de l’Égypte fraternelle et familière d’avant.

Pour être libéré alors que la prison est son jardin secret et son lieu d’apostolat, de Ramadan et de solidarité, Henri Curiel doit en 1950 affronter l’heure de vérité des passeports et de ce qu’on nomme maintenant nationalité. À sa première arrestation en 1942, son passeport qui le mentionne égyptien depuis 1935 lui avait été confisqué ; il lui est restitué mais le tribunal conteste la qualité d’égyptien faute de trouver la déclaration de renonciation à la qualification originelle d’italien, en fait pour lui imposer cette nationalité comme pays de renvoi.

En effet, les élections de janvier 1950 en Égypte ramènent aux affaires, le parti Wafd et annoncent des libérations de détenus politiques, des « étrangers » du moins. Elargi, Henri Curiel est à nouveau arrêté le 25 juillet 1950 « aux fins d’expulsion en tant qu’étranger dangereux pour la sécurité publique ». Il est embarqué de force à Port-Saïd le 26 août 1950 sur un bateau de la Compagnie Lauro alors que le consul italien s’était laissé arracher pour qu’il puisse monter à bord, une autorisation de passager pour Israël. À l’escale de Marseille, il va chercher refuge ou protection au siège de la Fédération communiste des Bouches-du-Rhône qui se dérobe ; il est débarqué à Gènes avant de gagner Rome ; refusant la citoyenneté italienne, il obtient un permis temporaire de séjour, et tout autant de désintérêt du PCI que celui manifesté par le PCF. Rosette libérée et qui a un passeport égyptien, le rejoint 3 mois plus tard. Ruth Gresh et Didar Fawzy-Rossano* le trouvent à Rome. Muni d’un faux passeport autrichien, accompagné par Didar sur Lausanne et Evian, il passe en France en 1951 devenant un clandestin toléré, ayant quelques recours auprès des dignitaires gaullistes de gauche passés par Le Caire.

En ses premières années parisiennes, il ne rencontre guère que ses camarades exilés égyptiens, ce qu’on appelle le « clan des Egyptiens », ou des familles cousines établies en France. Il est aidé financièrement par Joseph Hazan* arrivé d’Égypte et qui a monté la société de papeterie et textile Patex et pratique aussi l’édition ; Henri Curiel sera formellement un employé Patex. Sa pensée est en Égypte et il rédige aussitôt un rapport à l’adresse des camarades du MDLN en Égypte comme s’il était le secrétaire général en exil traçant la continuité du mouvement. Le mouvement n’est pas le parti mais doit y conduire. Curieusement à l’exemple du PC d’Union soviétique qui autrefois ajoutait au sigle un petit b pour bolchevik, : PCb US, le MDLN est suivi d’un petit c pour communiste : MDLN ( c ). Les cinq points de conclusion emploient la même formule : le MELN a été le seul mouvement puis le MDLD ( c) est le seul mouvement, marxiste, liant la théorie et la pratique de masses, menant la lutte nationale, etc… « C’est plein d’optimisme et de confiance dans les forces démocratiques mondiales, ayant à leur tête la puissante Union soviétique et son chef génial, le camarade Staline, que le Mouvement poursuit sa lutte pour la libération nationale, pour un régime de démocratie populaire, pour le Socialisme, pour la Paix. ». Henri Curiel est le secrétaire général d’un parti communiste égyptien incréé. C’est par d’autres voies que le mouvement communiste retrouvera une audience après l’Appel de Stockholm contre l’arme nucléaire et les pactes, grâce au Mouvement de la paix qui au Moyen Orient entraîne une part de l’intelligentsia nationaliste de gauche.

Un PCE qui se veut réel comme le socialisme et plus encore arabe égyptien, n’en est pas moins créé au Caire par décision concertée entre le Centre de Moscou et le bureau colonial du PCF qui ne connaît rien à l’Égypte, se refusant en outre d’écouter Maxime Rodinson. En 1950-1951, Ismaïl Sabra Abdallah, originaire de Haute Égypte, ayant fait un beau mariage en bourgeoisie égyptienne de langue française, et revenant de Paris où il mène de front pendant 5 ans la préparation et l’obtention d’un doctorat d’économie et la fréquentation du bureau colonial du PCF, et Fouad Morsy, grandi à Alexandrie, rentré de France en 1949 et militant, adepte d’une ligne de classe, sont donc placés à la tête de ce PCE. Ils se retrouveront plus tard après des séjours en prison, avec des postes au sein du régime nassérien. Le Caire brûle le 26 janvier 1952 provoquant par effet second, l’annulation d’un congrès constitutif d’une Centrale ouvrière. Le 23 juillet, le coup d’État des Officiers libres renverse le roi, un an plus tard la République est proclamée. Contrairement aux partis communistes français et anglais et au PCE d’Ismaïl Sabri Abdallah, Curiel et le MDLN approuvent l’action des Officiers libres et informent la Section coloniale du PCF sur le caractère national du mouvement. La presse communiste se déchaîne contre le pronunciamento fasciste et le complot américain.. Un reportage en Égypte de Roger Vailland pour L’Humanité est mis à la poubelle.

Sur un autre registre, en novembre 1952, le PCF ouvre un procès de Moscou à Paris pour écarter, car la liquidation ne peut être complète, Charles Tillon qui fut le chef des FTP dans la Résistance sur le sol français et André Marty* qui encombre la direction du parti. Dans l’acte d’accusation, l’Humanité du 21 novembre 1952 relève qu’André Marty « a dû reconnaître devant la commission d’enquête…avoir entretenu une liaison avec un couple d’Égyptiens douteux dont il fit la connaissance lors de son passage au Caire en 1943. Or ces Égyptiens sont liés avec un de leurs parents qui n’est autre qu’un trotskiste accusé d’avoir été un « donneur » pendant la clandestinité ». C’est par la suite dans sa maladresse, qu’André Marty parlera nommément d’Henri Curiel sans penser à sa situation de semi-clandestin sans papiers, et que sera cité André Weill-Curiel avocat à Paris et qui est parent par alliance, ayant épousé Léonie Curiel, une des sœurs de Daniel Curiel, le père d’Henri. L’Affaire Marty-Tillon met en cause le passé résistant et les choix de personnes au sommet du PCF ; les Curiel ne sont que des pièces rapportées.

Mais les mots ont un sens. André Weill-Curiel de formation trotskyste, s’est engagé très tôt dans la Résistance ; il a simplement eu une rencontre avec le commandant allemand à Paris Otto Abetz qu’il avait connu dans sa jeunesse, avant de gagner Londres et de prendre part à la résistance gaulliste. Mais les fiches de police circulent. Le coup porté est une attaque euphémisée qui rappelle la disqualification vicieuse d’hitléro-trotskyste ou de « traître » ou d’éléments « douteux » ; ces termes sont chargés de soupçon à l’égard de Juifs, sans avoir à employer le mot. Si les Curiel sont des Égyptiens douteux, cela veut bien dire qu’ils ne sont pas vraiment Égyptiens comme le montre au reste les choix de création assistée du PCE par la Section coloniale du PCF. À ce moment, le PCF rompt les liens de parti avec ses militants « Juifs d’Égypte » de citoyenneté française qui ont adhéré au parti ; dans les organismes internationaux sous tutelle soviétique à Budapest ou à Prague, les Égyptiens ayant un passé dans le mouvement Curiel sont mis à l’écart qu’ils soient au reste juifs ou non. Sans forcer sur les retours d’antisémitisme dans les démocraties populaires et d’abord en URSS avec l’ouverture du procès « des blouses blanches », il faut noter que nous sommes au point du durcissement de la position de l’URSS vis à vis de l’État d’Israël, qui retentit au sein des partis communistes du Proche-Orient dans leurs références nationale. À Paris, Henri Curiel est de plus enfermé dans le clan des « Egyptiens en exil » ; il est confirmé comme un communiste à part, à part même du mouvement communiste réel et non pas idéel qu’il conserve dans sa tête et dans son cœur.

Le colosse Joseph Hazan* qui soutient les exilés laisse tomber la formule terrible à l’adresse du responsable de la Section coloniale du PCF : « Mignot a coûté dix mille ans de prison aux communistes égyptiens ». En effet, les partisans du MDLN, y compris ou notamment des militaires qui appartiennent aux Officiers libres, sont jetés dans les prisons et les camps, connaissant la torture, les fers aux pieds et l’horrible enfer du désert. Joseph Hazan* organise le soutien aux emprisonnés. La presse communiste redouble ses attaques contre les colonels fascistes visant en particulier Nasser caricaturé en Hitler. Le PCF envoie cependant des avocats du parti en visite des prisonniers. Henri Curiel mobilise les gaullistes de gauche. Toutefois dans les bulletins et les tracts qu’il rédige ou inspire au nom du MDLN, il se plie un temps à dénoncer la dictature. Il faudra attendre 1955-1956, la Conférence de Bandoug et la nationalisation de la compagnie du canal de Suez Par Nasser pour que la position de l’URSS évolue.

Si le PCF est en retard sur ces évolutions, Henri Curiel reçoit des informations par des messagers et des visiteurs. Il s’efforce alors de renouer les contacts et les retours en grâce auprès de Nasser. Il passe en particulier par Khaled Mohieddine, un officier libre en exil en Suisse et qui rentre en Égypte ; il pourra même lui communiquer le plan d’attaque tripartite anglo-franco-israëlien qui circule à Paris dans les officines de presse. Il peut dénoncer ce retour de colonialisme anglais et français ; à l’heure d’envol des journalistes correspondants de guerre quand l’expédition est lancée, il se prépare même à rentrer avec eux en Égypte. Le clan des Égyptiens s’y oppose en force, redoutant qu’il ne soit une victime de choix dans cette tourmente. Il ne reverra pas l’Égypte.

Alors qu’il faisait jouer ses relations avec Georges Gorse et d’autres Résistants gaullistes, anciens socialistes ou de gauche, pour pousser des rencontres entre socialistes français au gouvernement depuis janvier 1956 dont Christian Pineau, ministre des Affaires étrangères et des représentants du FLN, l’expédition de Suez lui confirme la place que prend la guerre de libération algérienne. Ce mouvement de libération nationale, -les mêmes termes et raisons se retrouvent-, devient la cause d’engagement militant contre le colonialisme français. A travers cette tension de l’année 1956, ce n’est pas la crise du communisme soviétique qui fait problème, l’essentiel est ce qui est vécu comme une mise en dehors de l’Égypte qui fait passer l’Algérie en premier. Henri Curiel envoie Didar Fawzy* à Londres en mission auprès du président du Movement for Colonial Freedown ; pensant agir contre l’expédition de Suez, il retient l’exemple et la nécessité de constituer en France contre la guerre d’Algérie, un mouvement anticolonialiste d’autant que le PCF montre son insuffisance avec et après le vote des pouvoirs spéciaux en mars 1956.

C’est à l’action anticoloniale qu’Henri Curiel va se vouer tout en pratiquant l’aide à la lutte algérienne avec le concours de ses amies les plus proches que rejoignent ensuite notamment les frères de Wangen* et Martin Verlet*. Joseph Hazan fournit toujours le salaire, les fonds, le papier pour les tracts et les journaux et les adresses d’imprimeurs dévoués. Par Roger Vailland connu en Égypte, Joyce Blau* conduit Henri Curiel à Robert Barrat cet intellectuel catholique et journaliste qui est lié à toutes les actions et comités de lutte prenant position pour les mouvements d’indépendance au Maghreb ; par lui, H. Curiel rencontre en novembre 1957 Francis Jeanson* qui vient de coordonner en réseau les petits noyaux d’aide à la Fédération de France du FLN.

Les pratiques se recouvrent : caches, transports de militants, diffusion des journaux et des tracts, collecte de l’argent de l’émigration en billets qui font charge et volume. H. Curiel connaît l’usage des banques ; l’argent sera déposé en France et crédité en Suisse. Le père dominicain Kaelin déjà en relation avec F.Jeanson* a parmi ses ouailles, le directeur d’une grande banque helvétique qui ouvre un compte à Rosette Curiel ; il reste deux opérations délicates, le passage de frontière de Rosette Curiel pour retirer les sommes, et plus risqué encore, la remise au sortir de la banque à un point convenu à un algérien du FLN, jamais le même. Le baron Jehan de Wangen* était administrateur du théâtre de Jean-Marie Serreau acquis à la cause, et en contact pour monter une pièce, avec Georges Mattéi* qui s’emploie à réunir d’anciens rappelés en Algérie. Aidé par son frère, le docteur Gerold de Wangen*, non seulement il prend en charge la supervision des transferts de fonds mais présente G.Mattéi à Henri Curiel pour qu’il assure une organisation sûre des passages de frontières. Le groupe Curiel, très restreint, agit à l’intérieur du réseau Jeanson qui rayonne et a ses antennes en particulier dans les milieux du spectacle et de la culture avec Jacques Charby*.

Ce que Georges Mattéi*, sans illusion sur le PCF qui tire à lui et à la modération les modalités d’action pour la paix en Algérie par le Mouvement de la paix et par son association filiale des Anciens combattants républicains, reproche à Henri Curiel, c’est d’avoir sans cesse les yeux fixés sur le parti communiste. Il est à remarquer que H.Curiel a peu ou pas de liens avec la CGT qui est plus libre de mouvement et active contre la guerre coloniale. À une demande passée par Joseph Hazan, Jacques Duclos aurait dit que le parti fermerait les yeux sur les participations communistes individuelles aux actions des réseaux n’impliquant pas le Parti en tant que tel.

Quand après le coup du 13 Mai d’Alger en 1958, l’heure est à la mobilisation antifasciste, Henri Curiel (qui croît toujours que De Gaulle, c’est la France) pousse Francis Jeanson à rencontrer des dirigeants du PCF pour qu’ils envisagent des luttes en commun voire s’ouvrent à des contacts avec des représentants du FLN. Organisée par Curiel, une première rencontre de Francis Jeanson, a lieu dans les beaux quartiers de l’Ouest parisien, le 30 Mai 1958, avec Antoine Casanova*, qui conduit à une 2e rencontre le 5 juin avec Waldek-Rochet second du parti, promettant une 3e rencontre pour parler des rapports avec le FLN ; il n’y aura pas de 3e rencontre. Les divergences sont peut-être amorties mais demeurent. Les positions du PCF sur le gaullisme ne sont pas claires ; elles retentiront encore dans la dernière « affaire » d’épuration, l’affaire Casanova-Servin en 1961 (voir au nom de A. Casanova*). Selon le mot du père Kaelin, o.p., même pour le parti communiste, « Curiel est un marginal ». Par ailleurs, grâce aux entrées gaullistes de gauche d’Henri Curiel à l’Elysée, c’est par Albert-Paul Lentin*, camarade de nombreux responsables algériens, que passent les relations occultes entre la présidence de De Gaulle et le FLN.

En dépit de la relève par des insoumis qui se retrouvent à Jeune Résistance, et de l’entrée en activisme de lycéens et d’étudiants (groupe Nizan), et parfois par suite de leur imprudence, des éléments du réseau Jeanson tombent dans les arrestations qui frappent plus profondément en janvier 1960 . La différence des motivations réapparaît entre le groupe Curiel et Francis Jeanson* en cavale, ce qui n’empêche pas Henri Curiel et Didar Fawzy* d’assurer la tenue de la conférence de presse de Francis Jeanson à Paris le 15 avril 1960. La Fédération de France du FLN ne peut que resserrer son recours à ce qui devient le réseau Curiel dont les de Wangen fournissent l’intendance et Georges Mattéi reprend la coordination. Henri Curiel ne cache pas au FLN, les effets négatifs de l’ouverture en France « d’un second front ». Des sabotages et à des actions armées devenant spectaculaires ou sanglantes risquent de heurter l’opinion métropolitaine. De son côté, Omar Boudaoud à la tête de la Fédération de France du FLN, ne veut pas voir le réseau Curiel gagner en pouvoir ; il intervient pour séparer l’organisation Jeune Résistance qui prend en charge les insoumis et dont la direction est confiée à Louis Orhant*

Aussi H. Curiel relance-t-il le projet de Mouvement anticolonialiste français qui doit mobiliser en dehors ou aux côtés des partis. La réunion fondatrice préparée par Jehan de Wangen* se tient le 20 juillet 1960 dans des locaux prêtés par la mairie suisse de Saint-Cergue à l’écart de Lausanne. Une trentaine de délégués assistent à une sorte d’affrontement plus ou moins voilé et entrecoupé d’éclats entre Henri Curiel et Francis Jeanson*. Celui-ci était déjà ulcéré de la modestie supérieure avec laquelle H. Curiel lui avait fait part de la relève de son réseau que lui avaient confié les Algériens. Pour Jeanson, le FLN qui en France avait en partage l’autorité sur l’immigration, lui avait remis la responsabilité de la part française de l’aide qui était la contribution des Français à la cause algérienne. Francis Jeanson* croyait que l’avenir révolutionnaire était en Algérie. Henri Curiel pensait que la première tâche pour le présent et pour l’avenir, était de développer un mouvement anticolonialiste en France en ayant une opinion très réservée sur les capacités socialistes des dirigeants, cadres, militants algériens sortant difficilement de la condition paysanne. Henri Curiel sensible à la misère, raisonne en stratégie internationale mais ne condescend pas à l’analyse sociologique, et la société algérienne est une inconnue. Les paysans sont largement dépaysannés, selon l’expression de Pierre Bourdieu et Abdelmalek Sayad.

Alors que le courant Jeune Résistance se tient à l’écart, dans le Manifeste du Mouvement anticolonialiste français (MAF) qu’il fait approuver, Henri Curiel reprend ce terme de Mouvement pour dire un rassemblement des forces contre la guerre coloniale d’Algérie et pour contrer les modes de domination impérialiste dans le monde, qui ne prétend pas être un parti malgré les défaillances des partis de gauche en France. L’Appel, en pure langue communiste grevée de références nationalistes, s’adresse aux Français et Françaises, aux Travailleurs Français (avec majuscule), aux Jeunes de France, aux Étudiants et Etudiantes Français (sic), aux Paysans comme au temps de la Résistance, aux Femmes de France enfin. Georges Mattéi* par fidélité mais non par conviction, et les proches d’Henri Curiel auront à cœur de publier et diffuser ces textes et plus encore de donner comme une suite à Vérités pour…, publication en déperdition du réseau Jeanson, en faisant paraître Vérités anticolonialistes qu’Henri Curiel suit depuis la prison de Fresnes. Georges Mattéi* passera ensuite à la revue Partisans en rupture d’orthodoxie communiste, portée par François Maspero, et qui se réfère à Frantz Fanon* et à la Révolution cubaine qu’Henri Curiel n’abordera que plus tard.

Le 7 octobre 1960, Rosette Curiel est arrêtée à Genève puis expulsée vers Tunis. Le 20 octobre à Paris, ce sont Henri Curiel, Jehan de Wangen, Didar Fawzy et Christian Mottier locataire des lieux, qui sont cueillis. Jehan de Wangen sortira rapidement de Fresnes ; Didar Fawzy sera emprisonnée à La Roquette et s’évadera ; C. Mottier sera expulsé de France avec sa compagne. Il n’y aura pas d’autres arrestations ni matière à procès.

Le réseau continue mais le MAF reste en suspens ; avait-il une place ? Sur sa fiche d’écrou à l’arrivée à Fresnes, Henri Curiel inscrit : « nationalité : sans ; religion :sans ; profession :sans ; domicile : sans ». Plus d’un millier d’Algériens sont dans la même division pénitentiaire ; après la dernière grève de la faim de novembre 1961, de guerre lasse d’Algérie, le régime politique leur sera reconnu. En attendant le FLN a déployé son organisation qui veille et exerce son contrôle sur Henri Curiel, et recrute pour donner des cours ; Henri Curiel est choisi pour un cours d’histoire qu’il commence et arrête sur 1848 et le Manifeste du parti communiste. Aussi est-il assigné par le FLN au perfectionnement en français ; il fait le Ramadan, suit les grèves de la faim, affiche sa solidarité avec les frères algériens ; il entretient toutefois des relations avec Bachir Boumaza* qui de la prison joue la carte de suivre la montée au leadership d’Ahmed Ben Bella.

C’est à Fresnes qu’Henri Curiel apparaît, selon la dénomination de Gilles Perrault comme « un homme à part » ; à part aussi des groupes et des militants des diverses tendances communistes révolutionnaires qui se retrouvent compagnons de prison et de chambre. Les partisans de La Voie communiste sont en nombre et très liés avec des syndicalistes algériens. Lui, correspond avec ses proches à l’extérieur, adressent ses consignes à Joyce Blau* à Bruxelles. Il ne pense pas évasion, s’adonne scrupuleusement au yoga. « Il était en prison comme si c’était normal » note Simon Blumental* qui s’agace.

Après les accords d’Evian, Henri Curiel quitte Fresnes le 14 juin 1962 puisqu’il n’est pas condamné. Aussitôt après son arrestation, il avait été frappé d’un arrêté d’expulsion daté du 9 novembre 1960, mais l’expulser vers quel pays ? On lui accorde alors un permis de séjour renouvelable tous les trois mots. Ce régime de surveillance va durer. À Alger, il rencontre le président Ben Bella, Bachir Boumaza, Rabah Bouaziz*… et discètement Mehdi Ben Barka. Lui et son frère font don à l’Algérie de la Villa Curiel de Zamalek qui devient l’ambassade d’Algérie au Caire. Pensant qu’il n’a plus rien à voir avec l’Égypte, Ben Bella le détourne d’un retour au Caire ; il fera venir d’Égypte à Paris sa mère Zéphira pour un adieu.

Ce qu’Henri Curiel obtient de Ben Bella, c’est le soutien à l’association qu’il vient de créer au début de décembre 1962 : Solidarité qui va apporter son aide aux mouvements de libération sur tous les continents par des fonds, des secours, la prise en charge de stages de formation y compris à la guérilla, et une formidable mise en relation pour assurer les transferts, les correspondants pour l’accueil et les refuges, les réunions et concertations internationales. Le soutien à la lutte contre la ségrégation en Afrique du Sud et aux luttes d’Amérique du Sud tend à passer en premier. On retrouve les deux idées-forces de solidarité et de libération nationale. En un sens, cette action qui se continue dans les années 1970, double et prolonge la Tricontinentale mise en œuvre par Mehdi Ben Barka victime d’une conspiration des Services et du Palais royal d’Hassan II qui le fait disparaître en 1965.

Depuis 1967 et de plus en plus assidûment après 1973, Henri Curiel s’emploie à mettre en contact pour esquisser un plan de paix entre deux États, des Palestiniens et des Israéliens favorables au dialogue avec l’OLP. Malgré leurs dimensions contraintes, ces actions d’internationalisme contre le racisme colonial et pour la fin du conflit israélo-palestinien, représentaient pour le moins un double défi aux Services des puissances dominantes. En prétendant viser un super-agent du KGB, ceux-ci pouvaient trouver des exécutants, battant le rappel des agents de la France coloniale ou des professionnels au service des Services. Henri Curiel avait rendez-vous avec le responsable palestinien Issam Sartawi mandaté par Yasser Arafat quand il fut abattu, sur informations minutées d’écoutes téléphoniques, en sortant de l’ascenseur de son domicile le 4 mai 1978. L’attentat fut revendiqué par le groupe Delta faisant écho au commando Delta de l’OAS en Algérie et en France. Dans les assassinats politiques commandés, le premier communiqué de revendication est à la fois un leurre et prend aussi une signification révélatrice des raisons de tuer.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article153605, notice CURIEL Henri dit Younès en Égypte, dit Pointet, Jacques, Guillaume, Frédéric, Wassef en France [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 19 février 2014, dernière modification le 9 décembre 2020.

Par René Gallissot

Henri Curiel
Henri Curiel

SOURCES : Marie-Dominique Gresh, Le PCF et l’Égypte. 1950-1956, mémoire de maîtrise, Université de Paris 1, 1969. — M. Rodinson, Marxisme et monde musulman, Le Seuil, Paris 1972. — G. Perrault, Un homme à part, Barrault, Paris 1984. — Lettre de Marcel Israël à Gilles Perrault et autres témoignages cités par H. Manna, « Le mouvement communiste égyptien avant Nasser : nationalisme et démocratie », R. Stambouli, « La formation du mouvement communiste en Égypte et le mouvement national », M. Al-Guindi, « Le mouvement communiste des années 1940 » dans Autour de l’action et de l’assassinat d’Henri Curiel. Textes et documents, Colloque international Université de Paris 8, novembre 1998. En annexes : Rapport envoyé d’exil par Henri Curiel à ses camarades en Égypte (1951) : « La Lutte du Mouvement égyptien de libération nationale puis du Mouvement démocratique de libération nationale depuis leur formation jusqu’à la déclaration de la loi martiale (mai 1948) ». —Des Brigades internationales aux sans-papiers. Crise et avenir de la solidarité internationale, M. Rogalski et J. Tabet, dir., Actes des rencontres internationales Henri Curiel (novembre 1998, Gennevilliers), Le Temps des Cerises, Pantin, 1999. — D. Fawzy-Rossano, Mémoires d’une militante communiste (1942-1990) du Caire à Alger, Paris et Genève. Lettres aux miens, L’Harmattan, Paris 1997. — J. L. Einaudi, franc-tireur, Georges Mattéi, de la guerre d’Algérie à la guérilla, Le Sextant-Danger public, Paris 2004. —J. Charby, Les porteurs d’espoir. Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie : les acteurs parlent, La Découverte, Paris 2004. — R. Gallissot, Henri Curiel. Le mythe mesuré à l’histoire, Riveneuve éditions, Paris 2009, Barzakh, Alger, 2011.

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