GUESLAFF Jean [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Marianne Enckell

Né le 28 septembre 1866 à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) ; mort à l’hôpital de Lyon le 12 décembre 1892. Manouvrier à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) ; condamné en 1885 à dix ans de travaux forcés pour acte terroriste.

Jean Gueslaff fut victime de la provocation de l’ouvrier mineur Brenin, indicateur au service du commissaire de police Thévenin chargé de mettre fin aux agissements d’une organisation secrète désignée communément sous le nom de la Bande noire et qui sévissait dans la région de Montceau-les-Mines. Entrée en action au mois d’août 1882, la bande se livra à une série d’attentats à la dynamite contre des édifices religieux, attentats qui reprirent l’année suivante et se multiplièrent à partir du mois d’août 1884 ; ils étaient dirigés contre les croix, les églises, les maisons des dirigeants des mines. Leurs auteurs envoyaient des adresses au journal anarchiste Le Révolté qu’ils signaient : l’Affamé, la Dynamite, la Suppression des Bourgeois, le Revolver à la main. La presse libertaire lyonnaise se fit aussi l’écho de ces actes.

Pour découvrir les terroristes, Brenin organisa lui-même un attentat qu’il fit exécuter le 7 novembre par Gueslaff à qui il remit une bombe et un revolver. Pris sur le fait au moment où il déposait une charge de dynamite au domicile d’un marqueur de la compagnie des mines de Blanzy, Gueslaff tira et blessa trois gendarmes. Arrêté et se jugeant trahi, il dénonça les auteurs des précédents attentats.

Le 26 mai 1885, 32 accusés comparurent devant la cour d’assises de Saône-et-Loire. Trois mois plus tôt, le 19 février, le commissaire Thévenin était mort à l’asile d’aliénés de Bourg (Ain) ; il n’avait cessé de répéter dans sa folie : « L’échafaud se dresse devant moi ! Le bourreau vient (...) ma tête va tomber... ».

Mes Laguerre et Millerand défendirent les accusés ; dix furent condamnés : Gueslaff, à dix ans de travaux forcés, commués en prison ; Hériot, ouvrier mineur, à vingt ans de travaux forcés ; Jacob, dit Grandjean, ouvrier mineur, à douze ans de travaux forcés ; Serprix Philibert, manœuvre, à huit ans de travaux forcés ; Serprix Gilbert, ouvrier mineur, à quatre ans de prison ; Langrand, Lauvernier et Martin à la même peine ; Laugerette, à deux ans de prison ; le provocateur Brenin à cinq ans de travaux forcés (mis en liberté dès 1887, il devint agent de police en Algérie). La Revue socialiste de Benoît Malon écrivit alors : « Si quelque chose pouvait rendre plus monstrueuses encore ces condamnations, ce serait la différence des peines appliquées à Gueslaff et à l’agent Brenin. Le jury rend pour eux le même verdict, et lés jugés sont indulgents au provocateur, ils sont féroces pour sa victime. O justice ! »

Le Révolté, 11-17 février 1888, annonça une réduction de peine de quatre ans pour Hériot et Jacob et de deux ans pour Gueslaff et Serprix Ph.

Gueslaff, ainsi que ses compagnons, fut amnistié par la loi du 19 juillet 1889. En 1891, il était admis à l’Hôtel Dieu de Lyon pour une pleurésie purulente ; c’est là qu’il mourut en décembre de l’année suivante.

En 1898, le journaliste Leyret écrivait : « Il y a encore en Nouvelle-Calédonie trois condamnés politiques graciés il y a trois ou quatre ans, et qui, en dépit de leur grâce, ne pourront jamais rentrer en France : ce sont les ouvriers mineurs Hériot, Jacob et Serpris (sic), tous trois condamnés dans le procès de Montceau-les-Mines » (L’Aurore, 2 janvier 1898). Bien qu’amnistiés, ils restaient en effet astreints à résidence.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article153667, notice GUESLAFF Jean [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Marianne Enckell, version mise en ligne le 29 mars 2014, dernière modification le 12 août 2020.

Par Jean Maitron, notice complétée par Marianne Enckell

SOURCES : Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste..., op. cit. — A. Bataille, Causes criminelles et mondaines, 1885. — Gazette des Tribunaux, mai-juin 1885 — La Revue socialiste, 1886 — Yves Meunier, La Bande noire, Paris, 2017. — Etat civil.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément