MONTGON Louis [dit Vérité] [Dictionnaire des anarchistes]

Par André Balent, Rolf Dupuy, Françoise Morel Fontanelli

Né le 26 mars 1885 à Lorlanges (Haute-Loire) ; mort le 28 août 1972 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; ouvrier puis artisan horloger-bijoutier ; militant anarchiste et syndicaliste de Perpignan.

Louis Montgon
Louis Montgon
Arch. Dép. Bouches-du-Rhône

Fils d’un ouvrier charpentier, Louis Montgon avait travaillé comme ouvrier à Lyon avant de venir s’installer en 1917 à Perpignan où il demeurait 310, avenue du Maréchal-Joffre avec sa compagne Marie Samagust. Au début des années 1920, il fut le secrétaire du groupe anarchiste local, qualifié dans un rapport de police « d’ennemi de toute autorité » (rapport du 11 juin 1923).

Militant de tendance anarcho-syndicaliste à la CGTU, il fut assesseur lors d’une conférence le 5 avril 1922 patronnée par le Comité de Défense Sociale et la CGTU. Il participa également à la délégation qui se rendit à la Bourse du Travail monopolisée par la CGT pour y demander des locaux pour l’union locale CGTU. Le 21 septembre 1923, il fut le représentant de l’Union Anarchiste et l’assesseur d’une réunion contre le fascisme présidée par André Marty. Il présida également les 14 mai et 21 octobre deux conférences tenues à Perpignan par Jules Chazoff qui critiqua vivement la politique de la Russie soviétique et mit en cause la nature prolétarienne de cet État. Il quitta ensuite la CGTU, contrôlée par les communistes, pour adhérer à la CGTSR.

Les 15 et 16 août 1925, il fut le délégué de Perpignan au congrès de la Fédération révolutionnaire du Languedoc, fondée à Béziers le 19 octobre 1924. Il continua par la suite à présider bon nombre de conférences anarchistes tenues à Perpignan telles celle de Lucien Huart (11 décembre 1929) ou celle d’E. Armand (1er janvier 1931) dont le thème était « Peut-on croire en Dieu ? ».

En 1936, il fut avec Giuseppe Pasotti et Joseph Ciuti l’un des animateurs du groupe anarchiste de Perpignan composé de 25 membres pour la plupart étrangers. Son domicile faisait office de siège du groupe dont il fut aussi le secrétaire. Il fut inscrit au carnet B.

Dès le début de la guerre civile espagnole, il fut le président départemental du Comité de défense de la révolution espagnole et de la Fédération des Comités espagnols d’action antifasciste en France. Il assura la gérance du Bulletin d’information du Comité de défense de la révolution espagnole antifasciste (Perpignan, 11 numéros du 6 février au 23 septembre 1937). Lors de la parution du numéro 3 (15 avril 1937) il démissionna pour désaccord avec la ligne officielle de collaboration du mouvement libertaire espagnol et fut remplacé par Jean Ay. D’autres sources indiquent que deux militants qui le remplacèrent se nommaient Pierre Le Goff, alias "Andrey" et [Alphonse Barbé>15631]. Toutefois, il continua de représenter le groupe de Perpignan au sein de la Fédération et se chargea, après les évènements de mai 1937 à Barcelone, de collecter des fonds en faveur des compagnons de la section française de la CNT emprisonnés par les staliniens. Le Bulletin d’information, qui était bilingue français-espagnol, fut ensuite remplacé par le journal La Nouvelle Espagne Antifasciste.

Au moment de la Retirada, Montgon assura la liaison dans les Pyrénées-Orientales entre le Comitato Anarchico Pro Vittime Politiche de Marseille et les anarchistes italiens internés notamment dans les camps d’Argelès-sur-Mer et de Saint Cyprien, activité dans laquelle il fut secondé par Ciuti. Pour Pio Turroni, animateur du comité marseillais, il fut un précieux relais dans les Pyrénées-Orientales. Une fois par semaine, tant pour le comité marseillais que pour le comité parisien, il faisait la tournée des camps pour récolter le courrier à expédier sans passer par la censure et la liste de ce dont avaient besoin les compagnons. Dans un second temps, Ciuti repassait pour distribuer les achats commandés à Montgon. Celui-ci disposait également d’une caisse dont l’argent était spécialement destiné aux évasions. Il était chargé de porter la presse et de distribuer les mandats. C’est à l’occasion de l’une de ces tournées qu’il fut surpris et arrêté par la Garde mobile, puis relâché au bout de 48 heures avec l’interdiction absolue de se représenter au camp d’Argelès (cf. lettre à Pio Turroni, 12 mars 1939). Il fut alors décidé qu’il s’occuperait du camp de Saint-Cyprien et que Ciuti irait à Argelès, le temps de se faire oublier.

En mai 1939, le ministre de l’Intérieur informa le préfet des Pyrénées-Orientales du rôle joué par Montgon dans l’organisation d’évasions d’anarchistes des camps de Saint-Cyprien et d’Argelès-sur-Mer. En 1938, Montgon aurait reçu 1000 à 2000 francs mensuels afin de mener à bien ces opérations dans les camps. Une salle de la Bourse du Travail de Perpignan aurait été utilisée pour héberger les anarchistes espagnols évadés en attente de transfert sur Marseille, Toulouse et Paris. Le 3 juin 1941, Louis Montgon fut interné administrativement à Argelès-sur-Mer, il fut libéré le 8 septembre 1941.

Après la Seconde Guerre mondiale Louis Montgon fut le secrétaire de l’union locale de Perpignan de la CNTF.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article153751, notice MONTGON Louis [dit Vérité] [Dictionnaire des anarchistes] par André Balent, Rolf Dupuy, Françoise Morel Fontanelli, version mise en ligne le 1er avril 2014, dernière modification le 14 juillet 2020.

Par André Balent, Rolf Dupuy, Françoise Morel Fontanelli

Louis Montgon
Louis Montgon
Arch. Dép. Bouches-du-Rhône

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, versement du cabinet du Préfet n° 108 n° 184, 171, 185, 31W274 rapport du 6/06/1939, 39W85 rapport du 3/05/1939. — Arch. Nat. Fontainebleau n°200102216 art. 170 5869 Mouvement anarchiste en France 1936-1938. — Arch. Dép.(30) 1M757. — IISG Amsterdam, Fonds Luigi Bertoni, boîtes 108, 110 & 111 — Note de Michel Cadé — L’Insurgé, 22 août 1925 (compte rendu du congrès) — R. Bianco, « Un siècle de presse anarchiste d’expression française », Aix-Marseille, 1987. — Françoise Morel Fontanelli, « I Comitati Pro Vittime Politiche d’Italia à Marseille dans l’entre-deux-guerres : histoire d’une organisation anarchiste en exil », Master II, Aix-Marseille, 2011. — Précisions de son arrière petit-fils (2011).

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