COATMEUR Hervé [COATMEUR Gérard, Hervé] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy, Jean-Yves Guengant, Thierry Bertrand

Né le 28 octobre 1879 à Douarnenez (Finistère), mort sous le bombardement de Brest le 9 septembre 1944 ; anarchiste individualiste.

Fils de Corentin, menuisier (ou pêcheur) et de Marie Françoise Kéraudren, ménagère, demeurant rue Sainte Hélène, à Douarnenez.
Ce fut à l’age de 5 ans que ses parents vinrent s’installer à Brest avec sa jeune sœur afin de fuir la misère. Cependant ils continuèrent de vivre dans une grande pauvreté habitant « dans une écurie, une cave puis d’autres taudis mortels ».
A 10 ans et demi environ il se révoltait contre l’école, les maitres et l’institution. Il en sorti sans « aucun titre même pas un certificat d’études…. ».
Resté jeune à la charge de sa mère, Hervé Coatmeur travailla comme ouvrier à l’Arsenal. Il fut « tour à tour démolisseur de navires, scieur de démolitions, mitron, commis, mousse de navire et marin ». Mais également docker, portefaix à la gare de Brest, livreur de sciure de bois... Pendant six ans il faisait les services de la rade de Brest et ses environs dans des petits vapeurs et des remorqueurs. Il fit également « 44 mois dans la marine de l’État ».

Il fut plusieurs fois condamné et finalement renvoyé en 1910 et inscrit au Carnet B. Anarchiste individualiste, il eut un kiosque à journaux, un magasin de bouquiniste, un étalage volant parmi les forains, ne voulant être ni commerçant, ni fonctionnaire, ni exploiteur, ni exploité. Il propagea un individualisme dérivé de celui de Han Ryner.

En 1905, Victor Pengam, membre du groupe anarchiste brestois et du syndicat des ouvriers du port, était exclu de l’arsenal pour avoir tenu une conférence antimilitariste à l’occasion d’une soirée organisée par le syndicat. Coatmeur intervint lors du grand meeting de soutien organisé à Brest le 2 novembre. Il y apparut excité au point que le président de séance dut le rappeler à l’ordre : pour lui, à la force coercitive, armée, juges et flics, il faut opposer une force aussi grande !
En 1905, toujours, suite à une grève des dockers, tous les dirigeants syndicaux étaient traqués. Il se décida, alors, à reconstituer le syndicat. Il entreprit tout de suite une campagne pour libérer les syndiqués prisonniers. Ce qu’il réussit car ils furent libérés 6 mois après.
En prison à son tour, au droit commun pour 17 mois, il organisa une révolte où tous les prisonniers eurent des améliorations matérielles de détention. Lui en revanche se retrouva « au cachot puis […] à l’isolement ».
Coatmeur subit diverses condamnations jusqu’en 1911, avant d’adopter la non-violence.

Pendant la première guerre mondiale, Coatmeur fut mobilisé un mois et demi à Brest. « J’avais tellement maigri, n’ayant presque jamais mangé durant ce temps (et résolu à ne pas donner en pâture un homme viril à la guerre, mais un cadavre seulement, si elle le voulait), que mes ennemis me croyant d’avance mort, furent « rassurés » et on me réforma proprement – sans quoi j’allai refuser de prendre les armes : je l’avais écrit à Han Ryner ».

Responsable du Foyer Naturien de Brest (85 rue E. Zola), il fut le fondateur, animateur et principal rédacteur du journal Le Sphinx individualiste (Brest) qui connut de nombreuses séries difficiles à reconstituer : 5 n° en 1913, 8 n° en 1914 puis remplacé par L’Echo naturien (n°1, 4 octobre à n°4, 5 novembre 1914), 3 n° de février à avril 1915 puis remplacé par L’œuvre naturiste (1 n°, juin 1915), qui reparut en 1916 sous le titre Contre le chaos – alias le Sphinx paraissant sous forme de feuilles volantes jusqu’en 1919. Une nouvelle série, sous le titre Le Sphinx d’après guerre, parut ensuite d’août 1919 à août 1938 avec d’innombrables variantes de titres.

Pendant la première guerre mondiale, Coatmeur avait collaboré à la revue individualiste Les Glâneurs (n°1, mars 1917 à n°19, septembre 1918) éditée à Lyon par Albin et Virginie Blanchard.

Après la guerre, à deux reprises, il alla travailler dans les régions dévastées comme charpentier avec son frère.
Au début des années 1920, à la suite de sa campagne en faveur de E.Armand et de Gaston Rolland, il était expulsé de son domicile.

Propagandiste, il distribuait tracts et prospectus, fonda un cercle d’études, s’attacha dans les années 1920 à la diffusion de l’En Dehors d’E. Armand auquel il collaborait, devint végétarien, s’alimentant de légumes et de fruits crus et de pain de seigle. Il collaborait également à la revue Le Néo Naturien (Châtillon-sur-Thouet, n°1 novembre 1921 à n°29, août 1927). Coatmeur était inscrit au Carnet B et demeurait 1 rue Monge à Brest.

Il se maria le 6 août 1931 « avec une jeune paysanne qui, après avoir été violée par son père, se réfugia à Brest où elle devint la proie des marins », Emilienne Claudine Bars, de trente ans sa cadette. Il voulut faire d’elle un être nouveau. Mais elle le quitta et revint avec un jeune bébé « à l’état de santé pitoyable ». Elle le quitta à nouveau en emportant « une pile de pièces de cent sous patiemment économisées en vue d’éditer un numéro du Sphinx » (E. Armand, L’Unique, op. cit.). Le divorce fut prononcé le 15 juin 1935.

Hervé Coatmeur vécut ses dernières années dans les conditions les plus misérables : il habitait une cabane où tombait la pluie et couchait sur un lit de sangles : il était vêtu de guenilles et chaussé de spartiates. Le 9 septembre 1944, il périt avec plusieurs centaines de personnes au cours de l’explosion d’un abri civil à Brest, place Sadi-Carnot, lors d’un bombardement de la ville.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article153864, notice COATMEUR Hervé [COATMEUR Gérard, Hervé] [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy, Jean-Yves Guengant, Thierry Bertrand, version mise en ligne le 4 avril 2014, dernière modification le 10 avril 2020.

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy, Jean-Yves Guengant, Thierry Bertrand

ŒUVRE : La Philosophie du bonheur, 1912. — Les vrais individualistes (et les faux), 1914. — Le Sphinx de la vie, 1915.

SOURCES : L’Unique, octobre-novembre 1953. — Archives Armand déposées à l’IFHS. — G. Le Bot, Cahiers des Amis de Han Ryner, n° 34. — Souvenirs personnels de G.-M. Thomas. — R. Bianco, Un siècle de presse, op. cit. — Arch. Dép. Finistère, 4M335. — Notes de F. Fontanelli. — Jean-Yves Guengant, Nous ferons la grève générale, Rennes, Goater, 2019 — Témoignage de Coatmeur dans Les Vagabonds, 6, 1922.

Iconogr. : Portrait sur carte postale (IFHS).

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