JUILLET François [Dictionnaire des anarchistes]

Par Rolf Dupuy

Né à Montceau-les-Mines vers 1864 ; mineur.

Mineur à Brassac les Mines, François Juillet aurait appartenu dans les années 1880, selon la police, à un groupe appelé « la bande noire » suspecté de plusieurs incendies dans les bois autour de Montceau-les-Mines et d’attentats à la dynamite. La police précisait que dès 1882 « on lui connaissait six condamnations entre le Doubs et la Loire » et que c’était « un révolutionnaire exalté capable d’avoir commis les actes » dont il se flattait.

Monceau-les-Mines avait explosé démographiquement avec l’exploitation des mines et dès 1869 des grèves importantes y avaient éclaté, nécessitant l’envoi de 400 hommes de troupe. Aux conditions de travail très pénibles s’était ajouté un quadrillage patronal (réseau de mouchards développé par la famille Chagot, propriétaire de la mine) et religieux : édification de chapelles, croix diverses, contrôle des écoles et des votes, espionnage et surveillance des familles mis en place par des sœurs, dénonciation des ouvriers "mal pensants" à la Compagnie des mines, etc, un système s’apparentant à un univers totalitaire d’où toute liberté de conscience était exclue. Ce fut dans ce contexte que les ouvriers anarchistes et révolutionnaires s’organiserent sous forme d’une société secrète calquée sur les "mariannes" de 1848, voire du carbonarisme, et que se multiplièrent dans la région les attentats à la dynamite contre des chapelles, croix, couvents de sœurs et contre divers mouchards et chefs sadiques de la mine. Beaucoup de ces attentats furent revendiqués sous diverses signatures dans les colonnes du journal Le Révolté (voir Gueslaff).

François Juillet, qui était le président de la chambre syndicale "Sancta Maria" (du nom d’un quartier de Saint Vallier, commune voisine de Montceau) fondée le 29 mai 1882, fut l’un des 23 inculpés poursuivis devant la Cour d’assises de Saône-et-Loire le 18 octobre 1882 à Châlons/Saône puis à Riom le 14 décembre suivant. Un deuxième procès, avec 22 nouveaux accusés, devait se dérouler le 27 mai 1885.

Le 7 janvier 1898, deux engins furent désamorcés devant le domicile du maire de Clermont-Ferrand et dans la nuit du 10 au 11 novembre 1898, un engin explosa devant ce même domicile.

François Juillet fut à plusieurs reprises condamné et participa sans doute aux grèves des mines du début des années 1900 (45 jours de grève à Bouxhors) au cours desquelles un tract saisi à Auzat-sur-Allier (Puy-de-Dôme) mentionnait : « Toi soldat, quand tes chefs te feront marcher contre le peuple, rappelle-toi Fourmies, Châlon, la Martinique ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article153999, notice JUILLET François [Dictionnaire des anarchistes] par Rolf Dupuy, version mise en ligne le 18 avril 2014, dernière modification le 18 avril 2014.

Par Rolf Dupuy

SOURCES : F. Boiron, Le mouvement anarchiste…., op. cit. — F. Koerner « Le mouvement anarchiste et l’Auvergne » in Etudes Bourbonnaises, n°238, 4ème trimestre 1986 — Notes de René Laplanche — R. Beaubernard, Montceau les Mines un laboratoire sociale au XIXème siècle (Ed. de Civry, 1981).

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