LIOTHIER Benoît [Dictionnaire des anarchistes]

Par Yves Lequin et Gérard Raffaëlli, notice complétée par Guillaume Davranche

Né à Saint-Priest-en-Jarez (Loire) le 25 juillet 1883 ; ouvrier métallurgiste ; syndicalise et anarchiste, puis communiste.

Benoît Liothier, pendant son service militaire, avait été condamné à trois ans de prison par le conseil de guerre d’Alger pour violences à supérieur, et envoyé aux compagnies de discipline. En 1910, il était considéré comme un des plus dangereux antimilitaristes de Saint-Étienne et proposé pour l’inscription au carnet B. Militant des Jeunesses syndicalistes, il était en effet un des plus fervents animateurs de la campagne contre les bagnes militaires (voir Émile Rousset) et tenait la caisse du Sou du soldat.

En même temps, il participait activement à la vie du syndicat de la métallurgie, dont il fut le secrétaire en 1910-1911, avant de passer la main à Torcieux.

En 1911, Benoît Liothier proposa à la bourse du travail de Saint-Étienne qu’aucun politicien ne puisse prendre la parole dans les meetings qui se tenaient dans ses locaux.

Auteur dramatique à ses heures, il écrivait des pièces engagées : en mars 1912, l’une d’elles, qui dénonçait Biribi sous le titre Aux Travaux, fut jouée devant près d’un millier de personnes à Roanne par le groupe artistique stéphanois avant d’être interdite par le sous-préfet.

En 1912, il fut le principal orateur d’une série de conférences à Chazelles-sur-Lyon, Grand-Croix, Saint-Chamond et Vienne (Isère) organisées tant par les milieux libertaires que par le Parti socialiste. Il prêcha l’unité nécessaire des révolutionnaires de toutes tendances contre la guerre. Pour y avoir également préconisé le sabotage des lignes télégraphiques en cas de mobilisation, il fut arrêté à la fin de l’année et condamné, le 6 janvier 1913, par le tribunal correctionnel de Saint-Étienne à deux ans de prison ferme ; mais, en juillet, la cour d’appel de Lyon le relaxa.

Du 8 au 11 septembre 1913, il représenta le syndicat des métallurgistes de Saint-Étienne au congrès fédéral des Métaux à Paris, et s’y exprima avec virulence contre la « rectification de tir » dont la fédération était, au sein de la CGT, à l’avant-garde. Il en fit un compte-rendu sévère dans Le Libertaire du 20 septembre 1913.
De retour à Saint-Étienne, il envisagea la création d’une nouvelle Union des métaux, sans Torcieux ni Urbain Malot, accusés de modérantisme.

Au début de 1914, Liothier fit représenter à Saint-Étienne un drame antialcoolique : La Source fatale.

En mai 1914, il était secrétaire du groupe anarchiste stéphanois, qui tenait ses réunions au café Ferriol, sur le cours Victor-Hugo et comptait dans ses rangs, entre autres, Laurent Moulin*, Claude Charrat*, Philippe Goy*, Jean Gardant, Antoine Clemençon et Catherine Bernard.

À la déclaration de guerre, avec Philippe Goy, Jean-Baptiste Rascle* et Nicolas Berthet*, Liothier fut de ceux qui se cachèrent un temps dans les bois du Pilat pour échapper à une arrestation éventuelle. Ayant finalement répondu à l’appel, il fut libéré en novembre et entra chez Lescure à Saint-Étienne. Il ne fit pas parler de lui pendant la guerre, même au plus fort de l’agitation pacifiste de mai 1918. Le commissaire déclarait à son sujet : « Il a mis de l’eau dans son vin. »

Après la Première Guerre mondiale, il adhéra au Parti communiste, et intervint dans des réunions publiques. Jusqu’en décembre 1927, il fut responsable de l’hebdomadaire communiste Le Cri du Peuple. Le 9 février 1928, il demanda des comptes politiques et financiers au comité de rayon, et reçut un blâme le 12 février. Il démissionna aussitôt, puis fut exclu du Parti.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article154032, notice LIOTHIER Benoît [Dictionnaire des anarchistes] par Yves Lequin et Gérard Raffaëlli, notice complétée par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 14 avril 2014, dernière modification le 14 avril 2014.

Par Yves Lequin et Gérard Raffaëlli, notice complétée par Guillaume Davranche

SOURCES : Arch. Nat. F7/13053, 13065, 13570, 13110, 13313. — Arch. Dép. Loire 3 M 70, 19 M 25, 19 M 29, 19 M 33, 93 M 8, 93 M 13, 93 M 17 et 93 M 52 — Le Libertaire du 20 septembre 1913.

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