SEGAUD Louis [SEGOT Louis, dit] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Thierry Bertrand

Né le 13 juin 1870 à Châteauroux (Indre), mort le 14 février 1905 à Roanne (Loire) ; ouvrier couvreur ; militant anarchiste et syndicaliste de la Loire.

Venant d’Issoudun (Indre), Segaud s’installa à Roanne (Loire) et s’y maria en 1889 avec une ouvrière caneteuse (ou canetière : chargée de disposer la soie sur les canettes). Il participa activement au groupe anarchiste Les Révoltés, puis fut, avec Claude James*, l’un des fondateurs des Jeunesses antipatriotiques de Roanne dont Louis Thomasson* fut le secrétaire, et l’un des organisateurs du banquet antipatriotique des classes 1890-1891 qui eut un grand retentissement et valut à certains de ses participants d’être envoyés en surveillance dans les corps stationnés en Algérie.

Le 23 janvier 1891, Segaud fut condamné à 4,50 f d’amende pour violences légères. La veille du 1er mai, il fut arrêté avec cinq de ses camarades dont Clovis Demure*, pour paralyser les tentatives de « l’émeute qui aurait pu être provoquée par les anarchistes de Roanne », sous l’inculpation de circonstance « d’affiliation à une société secrète », et condamné à 5 f d’amende. La police considérait qu’il était au courant du lieu où se trouvaient les matières explosives dont Demure, « le chef des Révoltés », aurait été le détenteur. Au cours des perquisitions opérées chez lui, on trouva le timbre d’un nouveau groupe anarchiste en formation, les Sans-Pitié, et une lettre au Père Peinard — journal d’Émile Pouget* dont il était le correspondant — l’informant de la création de ce groupe et du bon fonctionnement des trois autres groupes anarchistes existants. Il ajoutait, non sans exagération sans doute quant aux désertions : « il y a également cinq groupes de socialos à la manque, mais tous les jours des membres de ces groupes désertent leur camp pour venir dans le camp anarcho. Insère cette babillarde trois ou quatre fois dans ton canard. »

Sur intervention du sous-préfet, Segaud devait être envoyé, ainsi que son ami James, au 4e régiment de chasseurs d’Afrique « en raison de ses propos antipatriotiques » et « pour enrayer le mouvement qui commence à se produire » ; mais les deux compagnons désertèrent et se réfugièrent dans un premier temps à Genève. Arrêté à Luxembourg le 8 mai 1892, Segaud bénéficia d’un non-lieu, mais dut quitter Roanne fin juillet et il gagna l’Angleterre grâce au produit de deux collectes. Sa femme l’y rejoignit. Il était signalé comme un des anarchistes devant faire l’objet s’une surveillance aux frontières ; selon la police, il avait "une démarche dandinante".

On retrouve Segaud à Roanne en 1903. En 1911, un Segaud était secrétaire du syndicat CGT des plombiers-zingueurs.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article154071, notice SEGAUD Louis [SEGOT Louis, dit] [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Thierry Bertrand, version mise en ligne le 19 avril 2014, dernière modification le 26 janvier 2019.

Par Jean Maitron, notice complétée par Thierry Bertrand

SOURCES : Arch. Dép. Loire, 19 M 2 à 6. — Arch. Dép. Indre, état civil. — Album photographique des individus qui doivent être l’objet d’une surveillance spéciale aux frontières (Paris, Imprimerie Chaix, septembre 1894), sous le nom de Ségot. — note de Marianne Enckell.

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