SORREL Louis [Dictionnaire des anarchistes]

Par Yves Lequin, notice complétée par Guillaume Davranche

Né le 25 mai 1874 au Canada ; menuisier ; anarchiste et syndicaliste.

Louis Sorrel, établi à Grenoble (Isère), milita activement au syndicat des menuisiers et dans la fraction syndicaliste révolutionnaire qui, à partir de 1900, fit la conquête progressive de la bourse du travail.

Anarchiste convaincu, partisan de l’action ouvrière violente, prompt à la polémique contre les socialistes, il devint le bras droit d’Eugène David, secrétaire de la bourse du travail de Grenoble à partir de 1903.

La campagne en faveur des huit heures et de la grève générale, en 1905-1906, donna une formidable impulsion au syndicalisme isérois. La réussite du 1er mai 1905 constitua une étape décisive.

Dès mars 1906, David et Sorrel allèrent galvaniser les milliers de grévistes du textile de Voiron (Isère), tout en soutenant, à Grenoble même, l’agitation des peintres en bâtiment. Le 1er mai était attendu par la bourgeoisie grenobloise avec autant d’angoisse qu’à Paris. Pour la première fois à pareille date, la grève fut générale ; les syndicalistes conduisirent un cortège de 1200 personnes et attirèrent plus de 3000 auditeurs en meeting. Le travail reprit le lendemain, mais l’agitation sociale persista. Dès septembre, métallurgistes et menuisiers se retrouvèrent plus de 3000 en grève. Sorrel joua un rôle central dans l’animation de la lutte, qui se durcit quand les patrons embauchèrent des agents provocateurs à Lyon et tentèrent de constituer des syndicats jaunes. À la suite de bagarres aux portes des usines, les pouvoirs publics concentrèrent à Grenoble sept régiments, sans compter les gendarmes et la police. Les 17 et 18 septembre, Sorrel prit la tête d’une manifestation qui tourna à l’émeute : un soldat fut tué et des locaux furent saccagés. Tandis que huit nouveaux bataillons d’infanterie et deux escadrons de cavalerie s’installaient à Grenoble, les ouvriers grévistes, dont les principaux meneurs avaient été arrêtés, reprirent le travail, découragés. Alphonse Merrheim, envoyé par la CGT, ne put que conseiller la prudence.

Suite à ces événements, Sorrel fut arrêté et condamné à six mois de prison ferme pour « apologie de faits qualifiés de crimes ». En mai, il avait en effet déclaré : « Si on nous offre des balles, nous répondrons par des balles ; si on nous frappe, nous frapperons, car nous serons en état de légitime défense et nous prendrons par la force les usines qui nous appartiennent, car c’est nous qui les avons fait construire... » (commissaire central de Grenoble au préfet de l’Isère, 25 mai 1906, Arch. Dép. Isère, 52 M 76).

Pendant sa détention, la municipalité de Grenoble reprit en main la bourse du travail. Le 13 décembre 1906, Eugène David en fut chassé par la police.

Les syndicalistes révolutionnaires fondèrent alors l’Union des syndicats ouvriers de Grenoble et de l’Isère. Le congrès constitutif se tint en avril 1907, en présence de Victor Griffuelhes et de David, tout juste sorti de prison. En mars, alors qu’il était derrière les barreaux, il avait été élu conseiller prud’homme de sa corporation.
Cependant, l’échec de l’automne 1906 avait affaibli les syndicalistes, et l’Union des syndicats ne retrouva pas l’influence de l’ancienne bourse du travail. Les effectifs avaient fondu, et dès avril 1907, les socialistes menèrent l’offensive contre la direction syndicaliste révolutionnaire, en dénonçant l’impuissance des minorités agissantes. Eugène David lui-même, secrétaire de l’Union des syndicats, semblait quelque peu découragé, et Sorrel passa peu à peu au premier plan.

Relayant toutes les campagnes de la CGT, très actif sur l’antimilitarisme, il fut arrêté préventivement à l’approche du 1er mai 1907, qui fut médiocre : une centaine de grévistes à Grenoble. Après un discours violent lors d’une conférence contradictoire face à Marc Sangnier, le parquet envisagea de l’inculper de nouveau, puis y renonça.

En octobre 1908, il fut dépêché par l’Union des syndicats de l’Isère au congrès confédéral de Marseille (son nom ne figure toutefois que sur la liste des délégués à la conférence).

En mai 1909, il fut l’orateur principal des meetings syndicaux de Voiron et de Grenoble. En juin, le 3e congrès de l’Union des syndicats ouvriers de Grenoble et de l’Isère fit un constat d’impuissance. David ne se représenta pas au poste de secrétaire, et Louis Sorrel fut élu à sa place.

Cette année-là, Sorrel prit une grande part à l’agitation des fonctionnaires, notamment ceux des PTT, mais, dès la fin de l’année, il céda la place au socialiste Jean-Baptiste Badin.

Son retrait coïncidait avec la perte d’influence des idéaux libertaires et révolutionnaires, sur le mouvement ouvrier dauphinois. Sorrel, participa encore à l’agitation en faveur de Jules Durand* et d’Émile Rousset*, et en profita pour inviter à nouveau la classe ouvrière à sortir de la légalité. Mais, à la fin de 1912, il quitta le secrétariat du syndicat des menuisiers, et sa trace se perd.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article154076, notice SORREL Louis [Dictionnaire des anarchistes] par Yves Lequin, notice complétée par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 1er mai 2014, dernière modification le 26 janvier 2019.

Par Yves Lequin, notice complétée par Guillaume Davranche

SOURCES : Arch. Nat. F7/ 12 792 et F7/ 12 908 — Arch. Dép. Isère, 52 M 74, 52 M 76, 75 M 9, 76 M 1, 162 M 9 et 166 M 9 — Pierre Barral, Le Département de l’Isère sous la IIIe République, Armand Colin, 1962 — Jean-Paul Barthélemy, « Les Anarchistes dans le département de l’Isère de 1880 à 1914 », mémoire de maîtrise, Grenoble, 1972.

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